"Par pitié, arrête !" : l’appel d’un infectiologue à Didier Raoult

Gilles Roche, médecin infectiologue retraité à Montpellier, était l’invité de Patrick Roger le 30 septembre dans l’émission « C’est à la une » sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 8h10.

Une lettre de Gilles Roche, médecin infectiologue retraité à Montpellier, a été publiée par Midi Libre. Que reproche-t-il exactement au professeur Raoult ?

 

Une opinion publique qui s'y perd

"Il y a eu un affichage médiatique qui dépassait ce que j’imaginais, reconnaît Gilles Roche, qui n’a souhaité répondre qu’à la sollicitation de Sud Radio. Je n’ai pas de problème avec Didier Raoult, pour qui j’ai énormément d’estime. C’est un garçon extrêmement intelligent, cultivé, grand travailleur, au leadership extraordinaire, avec beaucoup de créativité. Rien à dire là-dessus."

"Je lui dis de faire attention à la nocivité de ses déclarations, confie le médecin infectiologue retraité. Il faut savoir s’arrêter. Je pensais qu’après l’été, cela serait le cas. On est en pleine deuxième vague. Les gens meurent moins pour des raisons pas forcément claires, aussi beaucoup parce que les équipes de réanimation ont amélioré leurs méthodes. On ventile moins, on a bien travaillé. Là, il redémarre et déstabilise encore. Il a toujours minimisé l’épidémie, depuis le début, et là, c’est le fameux rétropédalage. Il faut attendre un peu pour faire des déclarations et montrer que l’on existe. Comment voulez-vous que l’opinion publique arrive à suivre cela ?"

 

L'IHU, un outil extraordinaire, mais pour quoi faire ?

"Ce qu’il a entre ses mains est un outil extraordinaire, rappelle Gilles Roche. Ce projet d’IHU a au départ été financé par le grand emprunt. Pour qu’il soit agréé, ce projet a été étudié par différentes instances. L’une d’entre elles m’avait demandé d’en être le rapporteur. J'ai émis un avis très favorable, il nous fallait un pôle de ce type, de taille mondiale. Je connaissais Didier Raoult. Ce n’est pas une personnalité modeste ou timide. Mais on ne peut pas avoir un outil pareil sans une locomotive."

"Après, on fait quoi de cet outil ? C’est la Mecque de la pathologie infectieuse, il n’y a pas d’équivalent. On y trouve un concentré de compétences variées qui permet de faire des choses fabuleuses, les autres étant en ordre dispersé, rappelle ce médecin infectiologue retraité. Que fait-on de ce pouvoir extraordinaire ? Mon reproche est sur la façon de communiquer quand on a une responsabilité à la tête d’un outil pareil. Tout ne peut pas se passer à Paris. Après, il y a la façon. On entend des choses contradictoires. Les médecins s’étripent alors que ce sont des sujets très compliqués. Cette pagaille nuit à la conduite d’une stratégie : c’est bien de se singulariser, c’est stimulant, mais pas en situation de crise. Maintenant, c’est un conseil scientifique à Marseille ! Cela veut dire que tous les autres infectiologues et virologues sont incompétents ?"

 

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