"On a l'impression d'être dans un cauchemar": sidération et solidarité à Breil-sur-Roya

Ni eau potable, ni électricité. Pas non-plus de réseaux téléphoniques. Prés de la frontière italienne, Breil-sur-Roya est l’une des communes qui paie le plus lourd tribut. Huit personnes portées disparues et un paysage de désolation avec des habitants totalement sidérés.

Une voiture piégée par la coulée de boue dans la vallée de la Roya. (Lionel Maillet / Sud Radio)
Reportage Sud Radio de Lionel Maillet

 

 

À 94 ans, Charles a eu la présence d’esprit de partir bien avant la montée des eaux. Il vit en rez-de chaussée sur les berges de la rivière.

"Une destruction totale de tout ce qui avait été construit depuis pas mal d'années... Une quantité d'eau démentielle ! Cela me rappelle la guerre !"

(Lionel Maillet / Sud Radio)

Et sur le champs de ruines: des arbres déracinées, des voitures prises aux pièges dans la boue, et les yeux remplis de larmes d’habitants qui ont tout perdu. "Du sable jusqu'au plafond au niveau de la moitié du premier étage... Sept-huit mètres de haut !", décrit un habitant tandis qu'une autre sanglote:  "C'est terrible... j'ai jamais vu mon village comme ça, c'est affreux. On a l'impression d'être dans un cauchemar, qu'on va se réveiller". Le travail d'une vie réduit à néant en quelques minutes: "On a travaillé, c'est notre retraite, on se demande ce qu'on va devenir".

 

Des amis, des parents disparus

Beaucoup s’inquiètent encore pour des proches. Au dessus de Breil-sur-Roya, de nombreux hameaux restent totalement inaccessibles: "Des amis qui ont disparu, la mère d'un amie qui a disparu aussi... On n'a plus de nouvelles de personne, on n'a pas de réseau, on ne sait pas ce qui se passe..."

Dans ce paysage apocalyptique, la lueur d’espoir c’est la solidarité qui s’organise:

"On a créé un groupe d'entraide Messenger et Facebook. Les gens de Breil nous ont demandé de ramener surtout de l'eau, des produits pour bébé, de la nourriture non-périssable, de l'essence pour les groupes électrogènes... Pour que les gens puissent survivre, car ils n'ont plus rien du tout !"

 

Breil-sur-Roya, 2300 habitants, où huit personnes manquaient encore à l’appel selon un dernier bilan.

"Je suis monté apporter des vivres à mes parents. Pas d'électricité, je suis avec mes bougies et mes lampes à piles. On est perdus, on ère dans le village" - Propos recueillis dans Breil-sur-Roya

 

"Comment déclarer les dégâts? Je ne sais même pas si ma propriété existe encore"

Madjid habite à une dizaine de kilomètres au dessus de Breil-sur-Roya:

"La route est effondrée à plusieurs endroits. J'ai essayé d'y aller quand-même mais c'est trop dangereux. Ils veulent qu'on déclare les dégâts en une semaine ou six jours mais je sais pas comment on peut les déclarer: on n'a pas accès à la propriété, je sais pas si elle existe encore, je suis au bord de la rivière. Donc je suis reparti à Fontan, mais on est hébergés à 200 sans masque, entassés dans une ancienne colonie. J'ai préféré dormir dans ma voiture. Il manquerait plus que je n'ai plus de maison et que je chope le covid. Je fais quoi, je passe ma vie à l'hôpital??"

(Lionel Maillet / Sud Radio)

 

"C'est une catastrophe, il y a de la boue jusqu'au fond des caves"

Muriel Bonnefous tient le Bar des Alpins qui a été durement touché:

"Il n'y a plus rien qui fonctionne, le matériel est sous la boue. On verra bien avec la suite, mais on est vivant, on a eu de la chance. Beaucoup d'aides, de volontaires. La maison de ma fille est endommagée jusqu'au plafond, la vague est entrée et a tout ravagé"

 

"Faudrait vraiment que les gens puissent venir amener de l'eau, de la nourriture, des couvertures... "

Des habitants se mobilisent pour venir en aide aux sinistrés. C’est le cas d’Alexia qui lance un appel aux bonnes volontés, et à destination des sinistrés obligés de dormir dans l'école.

(Lionel Maillet / Sud Radio)

 

"On a vu la route s'effondrer à un mètre de nous, avec 70 mètres de vide", témoigne un pompier

Parmi les victimes, le corps d’un berger a été retrouvé hier dans le fleuve de la Roya. Il avait disparu dans la région du col de Tende où des pompiers ont tenté de porter secours à cet homme et à son frère. Ils ont eux même été pris au piège par des éboulements. Récit de l’un de ces pompiers, Philippe Zugmeyer:

"Avec mes trois collègues pompiers, on a récupéré un berger, qui était là avec ses deux chiens, et qui a malheureusement perdu son frère emporté par une vague. Comme on était bloqués, on a stoppé le véhicule et on s'est réfugiés dans le tunnel, et on a vu la route s'effondrer à un mètre de nous, avec 70 mètres de vide. Comme dans les films, on a vu les morceaux de route partir par blocs au fur et à mesure, des arbres complets, des rocher... La rivière qui montait, qui montait.... ! Et c'est des plongeurs sapeur-pompiers d'Italie qui sont venus nous récupérer à 2h du matin"