Notre-Dame : entretient-on assez notre patrimoine ?

Cathédrale Notre Dame de Paris
FRANCOIS GUILLOT / AFP

Les spécialistes du patrimoine sont en colère. Ils disent que le drame aurait pu être évité. La France prend-elle bien soin de son patrimoine ? C’est le débat du jour avec Véronique Jacquier dans "Info vérité" sur Sud Radio le 18 avril 2019. Avec pour invités :
- Brigitte Kuster, députée LR et conseillère de Paris, membre de la commission des Affaires culturelles de l’Assemblée nationale ;
- Didier Rykner, directeur de la rédaction de La tribune de l’art ;
 - Xavier Louy, délégué général du réseau "Les plus beaux détours de France" et président de la fondation pour Sarlat et le Périgord noir ;
- Thomas Pucci, membre de la CGT Culture, ancien représentant du personnel au conseil d’administration du Centre des Monuments nationaux.

"Info Vérité" est diffusée tous les jours à 7h10 et 9h15 dans la matinale animée par Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

L'élan de générosité pour reconstruire Notre-Dame de Paris est sans précédent. Mais au-delà de ces dons tout simplement phénoménaux, entretient-on assez notre patrimoine ?

Toutes les précautions ont-elles été prises ?

"Concentrons-nous sur Notre-Dame de Paris. Les mesures pour sécuriser le chantier de rénovation de la flèche étaient-elles suffisantes ? La société en charge des travaux dément tout travail de soudure", précise Véronique Jacquier. La piste d’un court-circuit sur les ascenseurs installés pour accéder aux échafaudages est envisagée. Mais historiens et architectes s’alarment de la surveillance insuffisante sur les chantiers de restauration des monuments historiques. Certains réclament des rondes plusieurs heures après l’intervention des ouvriers et déplorent qu’il n’y ait pas de règlement à suivre scrupuleusement. "Plus de 60% des drames sur des chantiers de restauration sont dus à des départs de feu", rappelle Véronique Jacquier. On pense à l'embrasement de la toiture de la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul à Nantes, en 1972. Le même drame s'est déroulé en 2015 en l’église Saint-Donatien, toujours à Nantes. Il y a trois ans, à Paris, la Bibliothèque nationale de France avait, elle aussi, failli partir en fumée.
 
À Notre-Dame de Paris, toutes les précautions ont-elles été prises ? Le ministère de la Culture avait procédé à de gros investissements en termes de sécurité, il y a quelques années, avec un PC sécurité incendie, du personnel 24h/24 et des détecteurs. "Ce qui explique que la cathédrale ait été évacuée en trois minutes, détaille Véronique Jacquier. Mais le départ de feu n’a pas pu être maîtrisé". Pour éviter le drame, sans doute aurait-il fallu s'en donner les moyens. La cathédrale d’Albi, dans le Tarn, constitue un bon exemple de ce qui aurait pu être fait : de gros travaux ont été menés en 2013. Une prouesse technique.... Des briques de la cathédrale ont été retirées pour faire passer un tuyau en métal afin d’amener l’eau au sommet de l’édifice. Les pompiers ont également appris à reconnaître les œuvres afin de les évacuer.

L'État ne finance pas l'entretien de son patrimoine

"Notre-Dame de Paris n’a malheureusement pas été chouchoutée comme Sainte-Cécile à Albi, souligne Véronique Jacquier. Avant l’incendie, elle était une vieille dame fragile. 150 millions d’euros budgétés sur trente ans pour sa rénovation. L’État faisant la sourde oreille, les prêtres de la cathédrale ont traversé l’Atlantique pour solliciter les Américains. Il y a quelque chose d’indécent dans cette démarche".

Le budget du ministère de la Culture : presque 10 milliard d’euros. Or le budget pour la rénovation du patrimoine ne s'élève qu'à 362 millions d’euros par an. "La rénovation du Grand Palais a coûté 500 millions d’euros et il faut malheureusement attendre une catastrophe pour qu’un milliard d’euros tombe du ciel pour Notre-Dame. L’État s’est déchargé de l’entretien du patrimoine. Il compte sur les fondations, les mécènes et le loto. Pourquoi ? Parce qu’il ne peut pas tout faire ! 44.000 monuments historiques dans notre pays, dont un tiers de bâtiments religieux. Seulement 1.300 appartiennent à l’État. Il ne peut pas tout faire, mais il pourrait faire le minimum, donner l’exemple. Ce qui n’est pas le cas."

"L’État ne se donne pas les moyens de protéger le patrimoine, estime Brigitte Kuster, députée LR et conseillère de Paris, membre de la commission des Affaires culturelles de l’Assemblée nationale. Sur les bâtiments, comme le Grand Palais, ce n’est pas seulement l’État qui finance. La politique de mécénat est particulièrement importante. il faut aussi rappeler que, sur les 7 milliards de dons versés en 2017, seuls 15 millions étaient allés à la fondation du patrimoine. Le budget de 300 millions pour l'entretien et la restauration des monuments est insuffisant. Le Loto du patrimoine n’a bénéficié que de 30 millions pour 18 sites. Il avait fallu aller à l’étranger pour obtenir les sommes nécessaires pour le chantier de Notre-Dame. Peut-être que ce traumatisme va permettre de prendre davantage conscience de l’attachement des Français à leur patrimoine".

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