Amis, politiques, journalistes : ils racontent leur "Giscard" pour Sud Radio

Il fut le troisième président de la Ve république, de 1974 à 1981: Valéry Giscard d’Estaing est mort ce mercredi dans sa maison du Loir-et-Cher, des suites du covid-19. Sa famille l’a annoncé dans un communiqué. Il avait placé son septennat sous le signe de la modernisation de la France, après son élection à l’âge de 48 ans. Le président Macron s'adressera aux Français ce jeudi soir à 20h, suite à cette disparition.

Valéry Giscard d'Estaing en 1982. (PHILIPPE WOJAZER / AFP)

Lors de l'accession de Valéry Giscard d'Estaing, 48 ans, à la magistrature suprême en 1974, la France se dote de son plus jeune président depuis Louis-Napoléon Bonaparte. Pur produit de l'élite française, diplômé de Polytechnique et de l'ENA, il s'est imposé dans le paysage politique dès les débuts de la Ve République : plusieurs fois ministre (notamment des finances) sous les présidences du général de Gaulle et de Georges Pompidou, il s'impose à la présidentielle sous les couleurs du centre-droit, doublant le gaulliste Jacques Chaban-Delmas pourtant favori des sondages, puis en battant sur le fil le candidat socialiste François Mitterrand.

Le débat d'entre-deux tours de 1974. (POOL / AFP)

 

Modernisation

Son septennat ponctué de réformes sociétales, voit l'adoption de la majorité à 18 ans, la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse, la création d'un secrétariat d'Etat à la Condition féminine avec Françoise Giroud, la création du divorce par consentement mutuel ou encore et la construction européenne et les prémices de la monnaie commune avec le chancelier allemand Helmut Schmidt.

Hervé Morin: "La plus grande intelligence que j'ai rencontré dans ma vie"

Pour le président de la région Normandie, on lui doit la modernisation de la démocratie française:

"Un homme qui avait une capacité de réflexion, une vision, une perception des évolutions des grandes tendances de la société comme on en rencontre peu dans sa vie. J'ai eu la chance de partager des petits déjeuners auxquels il m'invitait quand j'étais ministre de la Défense, et c'était toujours pour moi des moments extrêmement privilégiés, car j'avais face à moi quelqu'un qui pensait beaucoup plus vite et puissamment que tous les hommes politiques que j'ai pu rencontrer" - Hervé Morin (joint par Mathilde Choin)

 

Communication

Un style nouveau aussi : l’accordéon, les dîners chez les Français... Pourtant jugé un peu guindé, le jeune président affiche une volonté d’alléger la fonction présidentielle. Mais c'est surtout la deuxième moitié de son septennat qui plombe son image: la crise économique et sociale suite aux chocs pétroliers fait resurgir le spectre du chômage. Pourtant donné gagnant dans les sondages face à François Mitterrand avec près de 60 % des voix, l’affaire de diamants de Bokassa entame la crédibilité du président, tout comme l'affaire dite des "avions renifleurs". En 1976, son Premier ministre Jacques Chirac démissionne et devient son ennemi politique à droite. "Il n'a jamais pardonné à Chirac ses coups bas", se souvient Patrick Poivre d'Arvor au micro de Sud Radio.

Avec le président des Etats-Unis Gerald Ford, lors d'un sommet en Martinique. (STF / AFP)

 

La volonté de transformation à l'épreuve de la crise économique

Pour Jean Garrigues, historien, professeur à l'université d'Orléans et président du Comité d'histoire parlementaire, Valéry Giscard d'Estaing incarne une présidence du renouveau confrontée aux contingences des chocs pétroliers:

"Valéry Giscard d'Estaing est le président qui avait compris ce qui était en train de se transformer dans la société française des années 60, qui a tiré les leçons de Mai 68 en se présentant comme le candidat de la jeunesse, du renouveau et puis avec des réformes sociétales très importantes. Tout un ensemble de projets, qui malheureusement se sont heurté à la crise économique, qui a déferlé sur le monde à partir de 1973-74, ce qui quand-même beaucoup empêché Giscard de mener ses projets" - Jean Garrigues (joint par Mathilde Choin)

En 2003. (JACQUES COLLET / BELGA / AFP)

 

"L'après-81"

Délogé de l’Elysée (à se grande surprise) par François Mitterrand, Valéry Giscard d'Estaing ne parviendra jamais à se représenter à l'élection présidentielle. Pour autant il reste dans le paysage : député européen, président de la région Auvergne, rédacteur du projet de constitution européenne rejeté en 2005... A propos de sa non-réélection en 1974, "ce que je ressens, ce n'est pas de l'humiliation, écrit-il en 2006 dans Le pouvoir et la vie, mais quelque chose de plus sévère: la frustration de l'œuvre inachevée".

En tenue d'Académicien en 2004. (Eric Feferberg / AFP)

 

"PPDA", de fervent soutien de Giscard à intervieweur du président

Tout juste majeur, Patrick Poivre d'Arvor s'engage avec les Jeunes giscardiens pendant un an et demi. "C'est vrai qu'il était très séduisant, il apportait une rupture totale avec ce qui se faisait à l'époque. Et même en rupture avec ce que souhaitait son camp, la droite : la réforme de l'IVG, le divorce, le droit de vote à 18 ans, c'était en direction de la jeunesse", argumente le principal intéressé dans le Grand Matin Sud Radio.

Une fois journaliste, PPDA a dû enfiler la toge de l'interview devant faire fi de ses convictions politiques. "Il était très, très brillant, impressionnant, avait d'excellentes intuitions. Souvent, les gens avaient l'impression d'être un peu plus intelligents après avoir discuté avec lui. Pour autant, il avait un peu un côté donneur de leçons parfois, un peu arrogant, c'est le propre des gens qui montrent d'où ils parlent."

"Parfois, il avait aussi des comportements un peu outrés, il en rajoutait. Quand il reçoit les éboueurs chez lui après la collecte des ordures, quand il va une fois par mois chez les Français, c'est bien mais là, ça devenait un peu répétitif, on sentait quelque chose d'un peu forcé chez lui."

Sur un plan médiatique, Valéry Giscard d'Estaing contribue également en 1974 à une révolution dans le paysage audiovisuel français : l'éclatement de l'ORTF. "Il a rompu avec un fonctionnement un peu soviétique, a libéré la parole et permis l'indépendance des journalistes. Avant, c'était Alain Peyreffite qui allait annoncer la réforme du journal chez le journaliste intéressé, à savoir Léon Zitrone".