Marseille : faut-il interdire les animaux dans les cirques ?

William Kerwich, directeur du Cirque Royal Kerwish, président du syndicat des capacitaires et des animaux de cirques, et Julie Lasne, éthologue de terrain et conservationniste des animaux sauvages, spécialisée dans les grands fauves et les éléphants, étaient les invités du débat du jour sur l’antenne de Sud Radio le 29 juillet, avec Benjamin Glaise et Laurence Garcia.

Faut-il interdire les animaux sauvages dans les cirques ? © AFP

Le premier adjoint à la mairie de Marseille a fait savoir qu’il allait interdire les cirques avec des animaux. Paris, Montpellier, Lille, Marseille… De telles interdictions semblent se multiplier.

 

Une réglementation exemplaire en Europe

Alors que bon nombre de représentations ont été annulées du fait de l’épidémie de Covid-19, quel accueil est réservé au cirque quand il arrive en ville à l’heure actuelle ? "C’est très tendu, confie William Kerwich, directeur du Cirque Royal Kerwish, président du syndicat des capacitaires et des animaux de cirques. Le cirque subit la crise du Covid, un arrêt de nos activités. Un décret nous a autorisé à les reprendre début juin. Mais mon cirque est à l’arrêt, à cause des maires qui prennent des arrêtés illégaux."

En effet, comment est-il possible d’interdire la venue d’un cirque ? "Nous sommes face à des enjeux politiques et financiers, des maires qui ont gagné les élections sans avoir de programme", estime William Kerwich. Retirer la présence des animaux serait-il purement électoraliste ? "Des maires prennent des arrêtés qui n’ont pas de valeur. L’Association des Maires de France dénonce ces pratiques, arrêtés et vœux. Ces maires disent que l’on met des animaux dans de petites cages et qu’on les exploite. C’est faux. Aujourd’hui, en France, nous avons une réglementation exemplaire en Europe par rapport au transport, à la détention, à l’exploitation des animaux. Nous avons des contrôles. Je suis de Marseille, rattaché à la commune et au département. Aujourd’hui, les autorisations et les contrôles que nous avons sont faits. Je ne vois pas pourquoi on nous ferme les portes des communes. Les maires n’ont pas à faire la loi."

 

Aucun animal n'est dressé que par la récompense

Julie Lasne, éthologue de terrain et conservationniste des animaux sauvages, spécialisée dans les grands fauves et les éléphants, ne partage pas ce regard sur le cirque et ses animaux. "Le gouvernement pourrait décider d'interdire mais ne le fait pas. Aucun des animaux sauvages communément détenus dans les cirques, grands fauves, éléphants, primates, ne peuvent avoir une réponse satisfaisante à leurs besoins biologiques. Les besoins grégaires des éléphants d’être en groupe, les besoins exploratoires des fauves. Ce sont des animaux migratoires, qui se déplacent."

"Les éléphants font entre 18 et 40 km par jour et ont besoin de se déplacer pour l’usure de leurs pieds, explique par exemple Julie Lasne. Les problèmes de pieds, qui entraînent 50% des cas d’euthanasie, sont liés à la captivité. Il y a aussi les numéros appris par la coercition. Tous les repentis du cirque, car c’est vraiment la mafia, ont reconnu que pour ces animaux, on ne peut pas obtenir ces numéros par la récompense. Tous les animaux qui arrivent en France sont déjà dressés, par les coups, la famine. Je parle du principe même de dressage : il n’y a aucun animal sauvage, fauve, éléphant ou primate, qui ne soit élevé que par la récompense. Ils sont dressés psychologiquement, ce que l’on appelle la technique de l’écrasement."

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