Les bars dans l'incompréhension totale - "À 22 heures, les gens iront finir la soirée chez eux entre amis !"

Ces deux reportages de nos envoyés spéciaux à Toulouse et à Paris pointent du doigt les incohérences de la décision du ministre de la Santé de fermer les bars à 22 heures en zone rouge. En plus des gérants de bar, les restaurateurs s'inquiètent de subir le même sort, à l'image du grand chef étoilé, Michel Sarran.

Employés au chômage partiel, protocole sanitaire pourtant respecté et chiffre d'affaires menacé, les restaurateurs sont à bout. (Photo de Philippe Lopez / AFP)

Des reportages de Christine Bouillot et de Grâce Leplat pour Sud Radio.

 

Le tour de vis décrété par le gouvernement mercredi soir a douché tout le secteur de la restauration.  Dans les zones rouges, dès lundi, les bars devront eux aussi fermer à partir de 22 heures.

Dans le quartier populaire des Minimes à Toulouse, Kader tient un bar-tabac très populaire. Et s'inquiète de la mesure prise par Olivier Véran pour son économie.

"Un salarié devra passer en chômage partiel. Une heure (il ferme habituellement à 23 heures, ndlr), c'est beaucoup au niveau chiffre d'affaires. Si ça reste 22 heures, ça peut aller, mais je pense qu'ils fermeront les bars. Et à Marseille aussi.", s'inquiète Kader.

Dans la ville rose, toujours, les restaurants ne seront pas dans l'obligation de fermer rideau mais tous sont abattus par l’enchainement des nouvelles, à l'image de Michel Sarran, le très médiatisé chef étoilé.

Michel Sarran est dans l'incompréhension. "Dans les restaurants, on applique le protocole à la lettre. On met le masque en cuisine, en salle, on fait attention au gel, à la distanciation sociale. Mais alors demain si on nous dit que c'est bien, que nous avons respecté les règles, mais qu'on ferme quand même. Stop, faut arrêter de nous prendre pour des imbéciles !"

Dans l'Hérault, Jacques Mestre, président de l'Umih - Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie - du département, ne s'attend pas non plus à de nouvelles mesures réjouissantes. "C'est une catastrophe économique. Honnêtement, je ne vois pas comment avant 22 heures, on ne peut pas communiquer le virus et après cet horaire, je le communique".

 

50 % du chiffre d'affaires des bars et restaurants le soir après 19 heures

À 680 kilomètres au Nord, dans la capitale, les propos des gérants de bars sont sensiblement les mêmes. La préfecture a la possibilité d'avancer encore l'horaire de fermeture des bars. Jean Castex estime à "trois fois plus de chances d'être contaminé dans un bar plutôt que dans un commerce normal". Mais le Premier Ministre omet de préciser que c'est surtout le soir que les bistrots gonflent leurs revenus.

 

Installé en terrasse, Mehdi sirote son verre de bière. Le jeune homme vient régulièrement ici mais il ne comprend pas cet horaire de 22 heures. "Ce n'est pas logique, il y a 300 personnes dans des mêmes amphitéâtres, et ils n'ont rien dit par rapport à ça." 

Anne, elle, est enseignante et vit à côté du bar en question, elle vient souvent tard le soir, une fois qu'elle a corrigé ses copies. Et s'inquiète de fait pour les petits commerces jusqu'à décider de changer ses habitudes.

Anne a trouvé la parade pour soutenir l'économie des bars. "Je viendrai en début d'après-midi, quand j'aurai fini mes cours, je viendrai même corriger mes copies ici plutôt que chez moi."

Un soutien indispensable après une année catastrophique. Stéphane Malet est le gérant du bar et s'inquiète pour ses employés.

"Les gens, est-ce qu'ils vont s'organiser pour venir prendre leur apéritif plus tôt ? J'ai du mal à y croire. Je vais encore devoir mettre un ou deux employés en chômage partiel. Les gens quand on va leur dire qu'on ferme à 22 heures, ils iront finir la soirée chez eux, entre amis, entre collègues."