Selon une récente enquête, les adolescents consultent de plus en plus de contenus à caractère pornographique, parfois même quotidiennement. Reportage.

Si l'on en croit une étude très sérieuse - dont se fait écho le Parisien - menée par la Fondation pour l'innovation politique, le Fonds actions addictions ainsi que la fondation Gabriel-Péri, les adolescents sont de plus en plus accrocs à la pornographie. Ainsi, 21 % des 14-24 ans affirment regarder des films ou des photos à caractère pornographique au moins une fois par semaine, quand 9 % d'entre eux déclarent même le faire au quotidien. Un chiffre qui pourrait, de prime abord, prêter à sourire mais qui révèle, de fait, une inquiétante dérive. Reportage.

"Le premier porno, je trouvais ça dégueulasse mais, après, on s'habitue"

Jadis, la pornographie restait un interdit que les plus jeunes parvenaient difficilement à braver mais aujourd'hui, elle semble peu à peu devenir habituelle et presque un rite de passage obligatoire à l'adolescence. Le visionnage de contenus pornographiques, rendu possible en raison de l'explosion des sites spécialisés et gratuits sur la toile, est en effet devenu monnaie courante et le premier contact intervient dès le plus jeune âge, dans les cours d'école. Maxime, Baptiste et Adrien, tous les trois âgés de 16 ans, n'échappent pas à la règle. Sans le moindre complexe, les trois ados nous avouent qu'ils regardent "souvent" des films pornos, "comme tout le monde". Une "consommation" que les trois amis ont commencé dès l'âge de "11/12 ans". Tous s'accordent à dire que la facilité d'accès via leur téléphone portable y a grandement contribué. "Avec les réseaux sociaux, on tombe souvent sur des spams, des affiches pornos, donc ça peut inciter à y aller", nous confie ainsi l'un deux. "On en parlait avec des amis et à cette époque là, quand t'es au collège, c'est quelque chose que tout le monde va faire parce que les autres le font", ajoute l'un de ses camarades. Baptiste avait 12 ans lorsqu'il a franchi le pas et comme toutes les premières fois, il ne l'a pas oublié. "Le premier truc, je trouvais ça dégueulasse mais, après, on s'habitue", se remémore-t-il, dans un mélange de nostalgie et d'amusement.

"Quand on équipe son enfant d'un téléphone, on lui laisse la possibilité d'aller dans un monde sans limites, ni régulations"

Qu'on se le dise, le porno est devenu banal chez les adolescents et ce, dès le collège. Une banalisation qui inquiète Marc, jeune homme que nous avons rencontré lors de notre reportage. "Ça m'est déjà arrivé de parler à des petits de 8/9 ans et ils me parlent déjà de 'branlette', c'est choquant !", fait-il ainsi remarquer, non sans un certain dépit. "Il y a quand même quelques barrières à poser", peste-t-il encore. Un constat que partage Cyril Di Palma, qui travaille au sein de l'association "Génération Numérique", dont le but est de sensibiliser parents et enfants sur les dangers d'internet. "Il faut que les parents prennent conscience que quand on équipe son enfant d'un téléphone portable, on lui laisse la possibilité d'aller dans un monde sans limites, sans frontières et quasiment sans régulations", rappelle-t-il, insistant sur le fait qu"il serait préférable de donner aux enfants un accès à internet, uniquement lorsque leur âge le leur permet.

Le contrôle parental existe pourtant déjà et des applications ont été créées à cet effet, mais force est de constater que ces gadgets ne suffisent pas à limiter l'accès à la pornographie pour les plus jeunes, de plus en plus touchés par cette nouvelle forme d'addiction.

Un reportage de Juliette de Noyelle

 

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