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Le regard libre d'Élisabeth Lévy - Le non-lieu pour Closer sur l’affaire Castaner

Par La Rédaction

Notre éditorialiste Élisabeth Lévy revient sur une décision de justice qui a relaxé le magazine Closer après les photos publiées montrant le Ministre de l'Intérieur, ivre en soirée, proche d'une autre femme que son épouse.

Le regard libre d' Élisabeth Levy

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Une décision de justice qui n’a pas fait grand bruit, et pourtant...

Celle-ci a été révélée par le Point la semaine dernière mais date du 26 septembre. Le Tribunal de Grande Instance de Nanterre a estimé que Closer avait le droit de révéler que Christophe Castaner avait une liaison ainsi que l’identité de l’heureuse élue

L’image, publiée le 14 mars dans le journal people, avait fait scandale. Au terme de la dix-septième journée de mobilisation des Gilets jaunes, pénible pour les forces de l’ordre, le ministre de l’Intérieur était immortalisé en train d’enchaîner les shots de vodka en galante compagnie au Noto, une boite branchée de la capitale. L’information avait suscité des réactions outrées de l’ensemble de la classe politique et des syndicats de policiers.

 

La jeune femme concernée a porté plainte

C’est en effet la jeune femme avec laquelle il se trouvait au Noto qui poursuivait Closer. Le premier article parlait seulement d’une soirée avec une inconnue. Mais une semaine plus tard, le magazine publiait « Christophe Castaner – Avec Clara, ça dure depuis trois ans ». L’inconnue a alors un prénom et on apprend qu'elle était une collaboratrice de Christophe Castaner depuis des années. 

Elle réclamait donc 50.000 euros de dommages et intérêts au journal. « Chacun a droit au respect de sa vie privée », affirme l’article 9 du Code civil. Habituellement, l'atteinte à ce droit est condamnée presque automatiquement. 

Seulement, le juge en a décidé autrement. Il rappelle d’abord le climat : « Les dégradations matérielles et les violences physiques émaillant régulièrement les manifestations ont soulevé de légitimes interrogations sur l’action du ministre de l’Intérieur ».  C’est dans ce contexte que celui-ci s’est retrouvé « en compagnie d'une jeune femme avec laquelle il échangeait des gestes de tendresse et de complicité amoureuse, ladite jeune femme s'étant avérée être non l'épouse de Monsieur Castaner, mais Madame Clara S. » 

En conséquence, divulguer la liaison extra-conjugale du ministre et le nom de l’heureux élu se justifiait tout à la fois « par une légitime information du public sur un événement d'actualité et par un débat d'intérêt général sur la politique de sécurité publique. »

 

Que le ministre de l’Intérieur aille en boite a-t-il un intérêt politique ?

En effet, sa présence au Noto est bel et bien une information, et même un fait susceptible d’éclairer le public. Mais en quoi le nom et le statut marital de la personne qui l’accompagnait nous regardent-ils ? Le problème aurait-il été différent si Castaner avait fait la bringue avec son épouse légitime ? 

En décembre 2018, Closer était condamné à 20.000 euros pour avoir publié une photo de Florian Philippot et de son compagnon. Le juge avait estimé que « la vie privée du numéro deux du FN « n'était nullement notoire et que le demandeur n'avait jamais entendu la révéler publiquement. » En réalité, l’homosexualité de Philippot était beaucoup plus notoire que la vie extra-conjugale de Castaner. 

Aujourd’hui, chacun, armé de son téléphone portable, se pense autorisé à être le flic de son frère. On peut vous espionner au café ou dans le métro. La justice est la seule digue qui protège notre droit à l’intimité. Aucune loi morale ou écrite n’oblige quiconque, même un ministre, à dire à ses contemporains qu’il couche avec son assistante, à moins qu’elle ne s’avère être une espionne russe. En relaxant Closer, le juge nous invite à espionner par les trous de serrure. Sous couvert du droit d’informer, il impose aux gouvernants un devoir de transparence totale qui est l’un des noms de la barbarie. 

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