Jean-Luc Moudenc - "Fournir l'ensemble des Toulousains en masques en tissu lavables cinquante fois"

Commande de masques par la métropole, dérogation autorisant les fleuristes à livrer en ce 1er mai et reprise timide pour les écoles, retrouvez l'intégralité de l'interview du maire de Toulouse et président de la métropole. Par ailleurs, voilà que des associations d'aide aux plus pauvres attaquent les autorités de la ville pour "atteinte à la dignité humaine" entre autres, une plainte qualifiée de "politique" par Jean-Luc Moudenc. Entretien.

(Photo ERIC CABANIS / AFP)

Jean-Luc Moudenc, maire Les Républicains de Toulouse et président de Toulouse Métropole, était l'invité de "C'est à la Une" dans le Grand Matin Sud Radio de Laurence Garcia.

 

"Si les élus locaux n'étaient pas là, on ne saurait pas trop comment le déconfinement s'organiserait". Le ton est posé, ce sont donc aux maires et aux départements de s'organiser localement, notamment sur la question de l'approvisionnement en masques. Mais aussi sur la gestion de la ville au sens littéral, entre reprise des écoles et aménagement pour les cyclistes.

 

À Toulouse, les fleuristes indépendants pourront ouvrir en ce 1er mai

"Sur la question des fleuristes, je ne comprends pas. Quand vous êtes fleuriste indépendant, avec un tout petit magasin, vous ne pouvez pas provoquer d'attroupement de personnes par définition. Les clients viennent de manière très ponctuelle, gardent les distances sur le trottoir. Les conditions sanitaires sont respectées. J'ai donc autorisé la vente à emporter pour les fleuristes et la mairie ne percevra pas de droits, ce sont déjà des professions très abîmées en ce moment."

La vie reprendra-t-elle comme avant même dans les départements "verts" ?

"Les grandes lignes du déconfinement à Toulouse suivront celles du gouvernement. Nous ne sommes pas l'autorité sanitaire, l'autorité sanitaire, c'est l'Etat qui détermine les règles en fonction des consignes du Conseil scientifique. Comme nous sommes un département classé vert, nous allons parler de la réouverture des parcs et jardins, des écoles et des crèches, des cimetières, de la reprise progressive des services et transports publics. Mais tout ne sera pas comme avant le 17 mars."

Des pistes cyclables temporaires et "si cela marche, on pérennisera"

"On a commencé cet aménagement depuis une dizaine de jours déjà. L'idée est que les gens vont revenir au travail à partir du 11 mai et resteront prévenants à l'égard des transports en commun dont la fréquentation devrait être bien en-deça des chiffres habituels. Nous ne voulons pas une ville encombrée, nous profitons de ce déconfinement pour donner plus de place et de sécurité aux piétons et aux vélos. Ces pistes éphémères sont signalés de manière sommaire, avec une signalétique jaune. Si cela marche, on pérennisera."

Tous les Toulousains auront-ils des masques ?

"Avec mes collègues de la métropole - nous sommes 37 maires -, nous avons fait une commande groupée qui doit arriver légèrement avant le 11 mai. L'idée est de fournir l'ensemble de la population. Le déconfinement allait obliger beaucoup de gens à prendre des précautions inhabituelles, nous ne sommes pas dans une société asiatique donc beaucoup de gens auraient été pris au dépourvu sur la question des masques. Le marché est en train de monter en puissance et les prix aussi, malheureusement. Ce sont des masques en tissu, lavables cinquante fois, conformes aux normes de l'Afnor (Association Française en charge des normes). Lorsque ces masques ne pourront plus être utilisés, j'espère que l'Etat aura trouvé des solutions de son côté, d'autres prendront le relais."

Seulement un tiers des écoles de la métropole rouvriront

Au total, la métropole de la Ville Rose ne compte pas moins de 206 écoles, mais parmi celles-ci, seules 68 seront rouvertes. Rationnel d'autant que "une partie de notre personnel n'est pas disponible ! Tout le monde n'a pas forcément de solution de garde, certains ont des pathologies, on a des situations diverses qui font qu'on a décidé d'être très très stricts. On ne pourra donc pas déployer pleinement nos services comme d'habitude."

Des associations reprochent un manque d'aide aux plus démunis : cela ira jusqu'au tribunal

Cinq associations - Médecins du monde, Secours catholique, Fondation Abbé Pierre, la Cimade et Utopia 56 - attaquent la préfecture, la mairie et la métropole de Toulouse en justice pour "atteinte à la dignité humaine et aux libertés fondamentales des personnes précaires, faute d'accès à l'eau et à l'hygiène".

"J'ai été extrêmement étonné. Pour attaquer quelqu'un en justice, il faut un désaccord profond. La vérité, c'est que nous travaillons avec ses associations tout au long de l'année. Depuis le début de la crise, on a porté une attention toute particulière aux personnes précaires : on a créé des points d'eau dans des zones d'occupation illégale, on a quand même été ouvert. Puis il y a un endroit où nous n'avons pas pu créer un point d'eau pour des raisons techniques et donc nous livrons nous-mêmes des bouteilles d'eau minérale. Quand on n'a pas de réponse, on peut éventuellement attaquer en justice, mais là c'est - je pense - une volonté d'hostilité politique que je déplore. Ce n'est pas le moment de se diviser. La question des plus précaires, des bidonvilles, nous ne l'avons pas oublié. On a rapidement mis en place des dispositifs, des solutions alimentaires. Je crois que c'est une attaque politique."