Harcèlement de rue : "ce n'est pas à la police de régler les maux de la société"

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(image d'illustration)

Au lendemain de l'adoption définitive par le Parlement de la loi contre les violences sexuelles et sexistes, le secrétaire régional Occitanie d’Unité SGP Police FO Didier Martinez était l'invité de Sud Radio pour parler d'une loi qu'il juge comme un "coup de communication". 

Hier, le Parlement a définitivement adopté la loi contre les violences sexuelles et sexistes. Ce texte contient notamment la définition du harcèlement de rue et prévoit des amendes allant de 90 à 750 euros pour les auteurs. Et alors que la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa, s’est réjoui de son adoption définitive, certains policiers craignent une loi quasi inapplicable.

Pour Didier Martinez, secrétaire régional Occitanie d’Unité SGP Police FO, il ne fait aucun doute que cela va être très compliqué. "Il faut que le policier assiste à l’événement pour qu’une contravention puisse être établie. Personne ne pourra saisir un policier pour lui dire "j’ai subi des regards appuyés, j’ai reçu(e) des insultes...", l’agent doit le constater par lui-même et malheureusement la police nationale a déjà énormément de difficulté à faire face à la criminalité globale... " explique Didier Martinez. Pas défaitiste mais un peu dubitatif, celui qui juge cette loi comme un "coup de communication du gouvernement" estime qu’il aurait été peut-être plus opportun de sanctionner par un délit que par une contravention : "Un délit peut donner lieu à une interpellation, un dépôt de plainte, une enquête… C’est tout un processus alors qu’une contravention, c’est simplement la constatation d’un agent".

Un problème d’interprétation se pose également pour le policier. Si l’on prend l’exemple du député FI Ugo Bernalicis qui aurait "envoyé des baisers" durant une intervention de la députée LREM Brune Poirson, Didier Martinez se questionne : "Est ce que le policier qui assiste à ça, va interpréter ce geste comme sexiste ? Quand vous grillez un feu rouge, la constatation est simple, mais quand vous envoyez un baiser à une femme, c’est libre à interprétation et forcément, la personne mise en cause va se défendre pour dire que ce n’est pas ce qu’elle a voulu provoquer...".

Persuadé que le gouvernement est allé "plus vite que la musique", beaucoup de cases sont encore à éclaircir pour Didier Martinez. Le cas de Marie par exemple, jeune fille qui s’est fait agresser verbalement et physiquement dans la rue et dont la vidéo de son agression cumule des centaines de milliers de vues sur les réseaux sociaux, pourrait ne mener à aucune interpellation ou amende : "Comment on fait pour identifier cette personne ? Un processus d’enquête ne va pas être mis en place pour une contravention…" soupire le policier qui ajoute "Cette loi, elle peut rassurer certaines personnes et elle montre l’intérêt du gouvernement pour les atteintes sexuelles auprès des femmes mais concrètement, sur le terrain pour la police c’est vraiment pas un cadeau qu’on nous donne".

La police, qui souffre d’un manque cruel de moyens, aura également du mal à poster un agent à chaque coin de rue pour surveiller, dissuader ou sanctionner. Et de toute façon pour Didier Martinez : "dans l’esprit des policiers actuels, on se dit que ce n’est pas à la police de régler les maux de la société et de faire en sorte que les hommes aient une approche un peu plus correct avec les femmes".

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