Gilets Jaunes : faut-il mettre l'ancien boxeur Christophe Dettinger en prison ?

Christophe Dettinger
La communauté des Gens du voyage appelle à manifester samedi à Paris. AFP

L’ancien boxeur Christophe Dettinger comparait aujourd’hui devant les juges du tribunal correctionnel de Paris. Faut-il le condamner à de la prison ? C’est le débat du jour avecVéronique Jacquier dans "Info vérité" sur Sud Radio le 13 Février. Avec pour invités :
- Hugues Vigier, avocat de Christophe Dettinger ;
- Régis de Castelnau, avocat  ;
- Johann Cavallero, délégué national CRS pour Alliance Police Nationale
- Perrine Sallé, porte-parole de l’association des Femmes des Forces de l’Ordre en Colère (FFOC).

 "Info Vérité" est diffusée tous les jours à 7h10 et 9h15 dans la matinale animée par Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

L’ancien boxeur Christophe Dettinger comparait aujourd’hui devant les juges du tribunal correctionnel de Paris. Il risque sept ans de prison et 100.000 euros d’amende pour avoir frappé deux gendarmes lors de l’acte 8 des Gilets Jaunes, le 5 janvier dernier. Des Gilets Jaunes ont fait de cet homme un symbole de leur lutte. Mérite-t-il la prison ?

Les peines de moins d'un an sont aménageables

"En temps normal, hors crise sociale, Christophe Dettinger ne ferait sûrement pas de prison, décrypte Véronique Jacquier. Les agresseurs de policiers vont rarement derrière les barreaux. 50% d’entre eux sont pourtant condamnés à de la prison ferme, en moyenne à cinq mois. Mais toute peine de moins d’un an est aménageable." Ainsi à Rennes, en 2017, deux manifestants qui avaient agressé des policiers ont écopé pour l’un de travaux d’intérêt général et pour l’autre du port d’un bracelet électronique. Pourtant, ils avaient été condamnés à 12 et 9 mois de prison ferme. "On ne peut pas forcement incriminer les juges. Ils sont un peu plus sévères qu’il y a dix ans, où la condamnation pour l’agression d’un membre des forces de l’ordre était en moyenne de trois mois de détention. Si Christophe Dettinger est condamné aujourd’hui à une "vraie" peine de prison, on pourra donc penser que la justice tient à se montrer sévère dans le contexte des Gilets Jaunes."

Mais l’homme a tout de même boxé à trois reprises l’un des deux gendarmes et lui a asséné des coups de pied dans le ventre. "Si le juge l’a placé en détention provisoire, c’est parce qu’il ne doutait pas de sa détermination à se montrer encore dangereux lors d’une nouvelle mobilisation des Gilets Jaunes. Si à ce moment là, en janvier, l’homme était sorti libre, le symbole aurait été insupportable pour les forces de l’ordre essorées par des semaines de tensions", estime Véronique Jacquier. 

Un sentiment du "deux poids deux mesures"

Christophe Dettinger constitue également un symbole pour les Gilets Jaunes. Du coup, sa peine peut-elle vraiment être neutre ?  "Si elle est inférieure ou égale à un an ferme, les gendarmes et policiers crieront au laxisme. Si l’ancien boxeur est condamné à passer réellement quelques mois derrière les barreaux, les Gilets Jaunes seront furieux. Pourquoi Alexandre Benalla est-il libre ? Pourquoi Christophe Dettinger est-il en prison ? Evidemment ce sentiment du deux poids deux mesures est compliqué." Dans le cas de Christophe Dettinger il faut en tout cas qu’il soit soit jugé pour ses actes, qui sont graves : l’un des deux gendarmes frappés n’a toujours pas repris le travail. En comparution immédiate, l’ancien boxeur avait reconnu des erreurs et émis quelques regrets.

Sa défense plaidera le dérapage. "Les juges feront la part des choses mais, pour l’exemple et parce que la scène de violence a été ultra-médiatisée, il faut une réponse sévère. Quel signal sinon pour tous ceux qui prônent en ce moment l’anarchie ! estime Véronique Jacquier. Le contexte appelle de toute façon à de la sévérité. Hier Edouard Philippe a annoncé 1.800 condamnations de gilets jaunes en deux mois et demi. C’est énorme. Christophe Dettinger risque d’être sur le grill..."

Casier judiciaire vierge

"D’abord, sur l’homme, il a été dit et c’est inexact qu’il était connu des services de police pour vol d’armes en 2000, souligne Hugues Vigier, son avocat. Cet homme a un casier judiciaire vierge, a 37 ans, est ancien boxeur professionnel ex champion de France poids lourds. Il n’a jamais été condamné pour quoi ce soit. Ensuite, tout est dit quand on dit qu'il faut en somme une condamnation pour l’exemple. C’est exactement ce qu’il ne faut pas. Si le juge se sent investi d’une mission d’exemplarité, il ne fera pas son travail Ce serait faire fausse route et c’est pourtant le risque. S’en prendre aux forces de l’ordre est une circonstance aggravante, ce que dit Christophe Dettinger n’est pas « je ne suis pas coupable »

Il faut d’abord comprendre les circonstance précises qui conduisent cet homme, qui n’est pas un casseur, qui vient en famille, huit fois, sans le le moindre incident, à visage découvert, à se retrouve dans les conditions que l’ont sait. Il faut juger un dérapage avec une infinie prudence, imaginer comment vous réagirions dans de telles circonstances. Il sera condamné, mais notre objectif est que, ce soir, il sorte, peut-être sans doute avec de la prison ferme, mais immédiatement aménageable et aménagée."

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