François Braun : "Cet enregistrement est terrible pour tous les professionnels du Samu"

Véhicule du SAMU à Paris (©MATTHIEU ALEXANDRE - AFP)

Président de Samu Urgences de France, François Braun était l’invité du 18h Sud Radio ce mercredi pour revenir sur le tragique décès de Naomi Musenga après avoir tenté en vain d’obtenir de l’aide du Samu.

Le drame remonte au 29 décembre dernier, mais défraye la chronique depuis cette semaine. Ce jour-là, Naomi Musenga, une jeune maman de 22 ans, décède à Strasbourg après s’être plaint d’un terrible mal de ventre à l’opératrice du Samu avec qui elle était en liaison téléphonique. Mais loin de lui venir en aide, celle-ci semble au contraire se moquer d’elle, l’enjoignant par ailleurs d’appeler SOS Médecins. Alors que cette dernière a été suspendue et qu’une enquête administrative est en cours, François Braun, président de Samu Urgences de France, regrette au micro de Sud Radio "une affaire absolument dramatique ne répond pas au protocole et aux procédures". "Les règles sont simples : tout appel relatif à un problème de santé doit être passé à un médecin régulateur. Ça ne peut pas être quelqu’un qui n’est pas médecin qui prend une décision médicale, parce que c’était bien une décision médicale de décider d’envoyer cette jeune femme vers SOS Médecins plutôt que de la prendre en charge", ajoute-t-il.

"Le nombre d’appels au Samu augmente de 8 à 10% chaque année"

Alors que les conditions de travail du personnel du Samu sont aujourd’hui pointées du doigt, François Braun rappelle quelques chiffres éloquents. "Le nombre d’appels au Samu ne cesse d’augmenter, de 8 à 10% par an, et le nombre de personnels reste stable depuis plusieurs années. Depuis cinq ans, il n’y a pas eu de modification. Il y a environ 30 millions d’appels par an, pour environ 2500 assistants de régulation médicale, et autant de médecins régulateurs", fait-il remarquer. Toutefois, il n’appelle pas pour autant à moins appeler le Samu. "Je pense au contraire que les gens devraient encore plus l’appeler ! Plutôt que de se précipiter dans un service d’urgence et participer à cette surcharge dont on parle tout le temps, il vaut mieux appeler le Samu avant, car il y a peut-être une solution plus adaptée à votre état de santé plus près de chez vous. Donc si on veut avoir un système de santé moderne, le Samu, qui est à la croisée des chemins entre la ville, l’hôpital, la médecine générale et les médecines spécialisées, doit être encore plus développé et avoir les moyens de répondre aux besoins de la population", réclame-t-il.

"J’espère qu’il y aura aussi une enquête au ministère de l’Intérieur"

Quant au manque d’empathie affiché par la régulatrice en question, François Braun ne veut pas généraliser le phénomène. "Cet enregistrement est terrible pour tous les professionnels du Samu parce qu’il ne reflète absolument pas ce qu’ils font tous les jours. Ce sont des gens extrêmement dévoués et empathiques, et cet appel n’est pas dans le standard des prises en charge. On ne peut donc pas dire que nos personnels manquent d’empathie", assure-t-il. "Il est également important de bien mettre en lumière le fait que cet appel a d’abord été fait aux sapeurs-pompiers. Là aussi, on doit considérer qu’il y a un réel manque d’empathie et des procédures qui ne sont pas respectées. Le problème est donc beaucoup plus global et j’espère que l’enquête diligentée se fera du côté du ministère de la Santé mais aussi de celui du ministère de l’Intérieur", ajoute-t-il par ailleurs.

Réécoutez en podcast toute l’interview de François Braun dans le 18h Sud Radio

 

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