Élisabeth Lévy - "N'oublions pas que plus la machine est intelligente, plus nous sommes idiots"

L'OMC s'inquiète de voir que les peuples veulent disposer d'eux-mêmes et de leurs propres données numériques. Encore heureux. À titre personnel, je préfère être gouvernée par des humains moins performants que par des Frankenstein numériques que personne n’a élus et qui seront contrôlés par les plus forts : les GAFAM.

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

L’Organisation mondiale du commerce s’inquiète du protectionnisme numérique. On aura tout vu.

La demande de frontières monte de toutes parts, mais le parti de la mondialisation heureuse existe toujours à Genève, au siège de l’OMC. Née dans sa forme actuelle en 1995, celle-ci vise à « assurer l'ouverture du commerce dans l'intérêt de tous ». Elle est devenue à la fois l’un des symboles honnis et l’un des vecteurs du néo-capitalisme planétaire, donc du Monopoly des délocalisations. On se doute donc que s’il y a une chose que l’OMC déteste, c’est le protectionnisme, autrement dit toutes les barrières qui perturbent la fluidité des échanges et permettent à un État ou à un groupe d’États de protéger certaines industries. 

La mondialisation numérique est déjà une réalité.

Oui, sous le règne des GAFA, nous utilisons les mêmes réseaux et logiciels. Mais cet avenir radieux d’une planète intégralement connectée s’assombrit.

  • Avec le conflit Chine / États-Unis
  • En Europe et en France, la montée du thème de la souveraineté numérique. Contre Amazon et les autres, on rêve de plateformes made in France mais ce ne sera pas pour demain. Le projet de taxe numérique reste ensablé, faute d’accord américain. 
  • Surtout, ce qui inquiète l’OMC, ce sont les entraves à la circulation des données numériques, demandées par les citoyens qui ne veulent pas être espionnés par Google et les autres. Or, ces données sont le premier carburant de l’intelligence artificielle. Schématiquement, l’IA n’invente rien, elle mouline des quantités astronomiques d’informations pour faire mieux et plus vite que le cerveau humain. Plus vous fournissez de données à une IA, plus elle est performante. 

Il faudrait donc favoriser la circulation mondiale des données ?

Oui, si vous rêvez d’une super IA. À titre personnel, je préfère être gouvernée par des humains moins performants voire carrément médiocres que par des Frankenstein numériques que personne n’a élus et qui seront contrôlés par les plus forts.

De plus, une étude très inquiétante de l’Agence nationale de sécurité sanitaire sur les 11-17 ans vient de paraître. La moitié passent plus de 4h30 par jour devant un écran et font moins de 20 minutes d’activité physique. Bref, ils font du gras devant Instagram et Tiktok, devenant de bons candidats à l’obésité, diabète et autres maladies. Surtout, les écrans à haute dose restent très mauvais pour le cerveau. Alors non, ce n’est pas une urgence de créer des machines à qui nous déléguerons la fatigue de penser. Parce que plus nos machines sont intelligentes, plus nous sommes idiots.