Drame de la rue d'Aubagne à Marseille : "la ville a une liste très précise de marchands de sommeil, qu'elle ne veut pas publier et qu'elle n'utilise pas"

Le 5 novembre 2018, il était 9h05 lorsque deux immeubles disparaissaient dans un nuage de fumée rue d'Aubagne à Marseille. Cette catastrophe, qui a fait huit morts, révélait l’ampleur de l’habitat indigne dans la cité phocéenne. Un an après, rien n’a vraiment changé : 100.000 Marseillais vivent toujours dans des taudis selon la Fondation Abbé Pierre. Lionel Maillet de Sud Radio a pu visiter l’un d’entre eux.

Un an après le drame de la rue d'Aubagne, Marseille pleure ses 8 morts. AFP

 

"Des morceaux de plafond tombent et il pleut dans la maison"

Des champignons sur tout le plafond de la cuisine : un des multiples problèmes dans ce petit 2 pièces du quartier de la Belle de Mai. "Des morceaux de plafond tombent et il pleut dans la maison explique Kaouter Ben Mohamed du collectif Marseille, en colère, au micro de Lionel Maillet de Sud Radio. "Il y a des fissures sur le mur du salon, du couloir, le sol qui s'affaisse dans la salle de bain poursuit-elle. Potentiellement, ça peut s'effondrer".

C’est une vielle dame de 84 ans, Ouaria Belachem, qui vit ici depuis 2016 et sa santé se dégrade sérieusement : "j'ai peur, parce que je ne peux pas respirer ! confie-t-elle à Lionel Maillet. Je paie 260 euros de ma poche et la CAF donne 260 euros". 520 euros et ce n’est pas faute de se plaindre au propriétaire depuis un an. "Le syndic de copropriété s'est contenté de venir récupérer le volet qui pendait et qui allait tomber chez la voisine du dessous et n'est plus jamais revenu".

 

"La ville a une liste très précise de marchands de sommeil, qu'elle ne veut pas publier et qu'elle n'utilise pas"

100.000 personnes vivent dans des logements insalubres à Marseille et depuis le drame de la rue d’Aubagne, il y a toujours autant de marchands de sommeil déplore Patrick Lacoste de l’association un centre ville pour tous : "il y a des immeubles dégradés achetés par des marchands de sommeil, qu'ils remettent en location plus ou moins au black. Il y a toujours des gens très pauvres qui ont besoin d'un logement et malheureusement, ils continuent de les loger dans des conditions indignes" regrette-t-il.

 

 

"La ville a une liste très précise de marchands de sommeil, qu'elle ne veut pas publier et qu'elle n'utilise pas. Si la volonté était là, ce serait transmis aux autorités de l'État, et l'État pourrait commencer à faire son travail".

Le gouvernement a annoncé la création d’une société de rénovation pour racheter et remettre en état les immeubles insalubres à Marseille.

 

"J'étais plus ou moins endormi, lorsque je ressens comme un mini-tremblement de terre. J'ouvre ma fenêtre: une montagne de gravats, un film d'horreur"

Fréderic Tchalian  vivait  juste en face des immeubles qui se sont écroulés. Impossible pour lui de retourner y vivre. La peur, le traumatisme et le souvenir  encore très douloureux de ce 5 novembre

 

400 procès verbaux, 130 auditions,  50 perquisitions. L’enquête menée par trois juges d’instruction progresse, et les premières mises en examen devraient tomber au printemps d'après l’avocat Brice Grazzini, qui  défend trois familles de victimes.

 

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