Les corps de deux femmes disparues en Aveyron ont été retrouvés enterrés mercredi dans un lieu isolé au Portugal, après cinq jours de recherches et l'arrestation mardi soir d'un ancien policier, ex-conjoint de l'une et compagnon de l'autre, soupçonné de les avoir enlevées et séquestrées.
Depuis la disparition constatée vendredi, Cédric Prizzon, un Français de 42 ans résidant à Savignac, village de l'Aveyron, ancien policier aujourd'hui sans emploi, faisait figure de principal suspect.
Sa cavale s'est achevée mardi quand il a été interpellé lors d'un contrôle routier par la police portugaise en compagnie de ses enfants, âgés de 12 ans et un an et demi, retrouvés sains et saufs.
Au lendemain de son arrestation, les autorités portugaises ont retrouvé "deux corps (...) enterrés dans un lieu isolé".
Il s'agirait de "ceux de la compagne et de l'ex-compagne" du suspect, mais "les démarches nécessaires à l'identification des victimes et à la consolidation des preuves se poursuivent", a précisé la police judiciaire portugaise dans un communiqué.
Dans son véhicule, les policiers ont retrouvé un fusil à pompe, plusieurs fausses plaques d'immatriculation et 17.000 euros en liquide.
La thèse d'un "départ préparé" vers l'étranger a rapidement été privilégiée par les gendarmes de la section de recherche de Toulouse, en charge des investigations, a précisé le parquet de Montpellier.
- Rapports très conflictuels -
Une information judiciaire pour "enlèvement et séquestration de plusieurs personnes" avait été ouverte lundi par ce parquet à la suite de la disparition du garçon de 12 ans et de sa mère, 40 ans, de leur maison de Vailhourles, un village aveyronnais de 650 habitants, immédiatement jugée inquiétante par les enquêteurs.
Un avis de recherche avait aussitôt été transmis aux pays limitrophes.
La compagne de 26 ans de l'ancien policier et leur fille d'un an et demi, résidant avec le suspect à Savignac, étaient également introuvables, comme Cédric Prizzon lui-même.
L'interpellation de Cédric Prizzon a eu lieu à Mêda, petite ville d'environ 7.000 habitants à près de 200 km à l'est de Porto, non loin de la frontière espagnole. Il a été placé en garde à vue, a indiqué le procureur de Montpellier Thierry Lescouarc'h dans un communiqué.
L'homme, déchu de son droit de garde, joueur de rugby à XIII de bon niveau, entretenait un rapport très conflictuel avec son ex-compagne, qu'il accusait sur les réseaux sociaux de mettre leur fils "en danger". Il avait notamment dénoncé en 2023, auprès du quotidien aveyronnais Centre Presse, de supposées "pressions" que la victime aurait exercées sur leur enfant.
En 2021, il s'était déjà rendu illégalement en Espagne avec son fils pendant plusieurs semaines, alors qu'il avait été déchu de son droit de garde.
Les investigations avaient débuté vendredi après un signalement effectué par un membre de la famille de la mère de l'adolescent. Celle-ci, qui travaillait pour une compagnie d'assurances, ne s'était pas présentée à son travail, ni son fils au collège.
- Déjà condamné -
Le suspect "a déjà été condamné pour non-représentation d'enfant et harcèlement sur ex-conjoint", avait indiqué le procureur de Rodez, Nicolas Rigot-Muller, avant que le pôle criminel du parquet de Montpellier ne reprenne le dossier.
Selon une source proche du dossier, il avait participé en 2023, avec d'autres pères ayant perdu la garde de leurs enfants, à une grève de la faim devant le tribunal de Rodez et à des manifestations devant la mairie de Villefranche-de-Rouergue, proche de Vailhourles.
Sur son compte Facebook, qu'il dédiait presque entièrement à son combat contre son ex-conjointe, il dénonçait fiévreusement une supposée "corruption" de la justice française en général et du tribunal de Rodez en particulier, et accusait la mère de son fils de "force(r) (leur) enfant à mentir et de le frappe(r) quand il veut pas", selon des messages consultés par l'AFP.
Dans cette affaire, d'importants moyens ont été déployés dès le jour de la disparition pour ratisser l'Aveyron ainsi que le département voisin du Tarn-et-Garonne. Une soixantaine de gendarmes ont été mobilisés depuis le week-end, aidés de drones, d'hélicoptères, d'équipes cynophiles et de plongeurs qui ont sondé lacs et rivières, sans rien trouver de déterminant.
A Vailhourles et Savignac, les rares personnes ayant accepté de s'exprimer ont demandé à rester anonymes.
Selon une habitante de Vailhourles d'une trentaine d'années, il y a dans le village une "colère doublée d'une tristesse énorme". "Il y a deux familles endeuillées (...) Ça glace le sang", a-t-elle déclaré à l'AFP.
Une autre habitante de ce village, âgée d'une soixantaine d'années, tout en trouvant Cédric Prizzon "détraqué", "ne pensait pas qu’il irait jusque-là".
Un étonnement partagé, une dizaine de kilomètres plus loin, par des habitants de Savignac.
"C'est le choc", a affirmé un homme de 68 ans ayant également connu l'ancien policier. "Ce n'était pas un gars agréable, il était violent, mais je ne m'attendais pas à une chose pareille", a-t-il déclaré à l'AFP.
"Pour moi c'était inimaginable qu'il fasse une chose pareille", a aussi dit un jeune âgé de moins de 20 ans.
ap-vgr-tsc-dmc/dch
Par Thomas CABRAL avec Daniel MARTINEZ à Vailhourles / Lisbonne (AFP) / © 2026 AFP