Congé paternité doublé à 28 jours: une bonne nouvelle, mais il y a encore beaucoup de chemin selon les féministes

Emmanuel Macron s'apprête à l’annoncer ce mercredi: le congé paternité va doubler dès le premier juillet, passant de 14 à 28 jours.

Pierre, premier père à prendre son congé de paternité, pose, le 31 décembre 2001 à l'Institut mutualiste Montsouris à Paris dans le 14e arrondissement, en compagnie de Virginie et de son fils Evan, au côté de la ministre de la Famille de l'époque, Ségolène Royal. Le congé de paternité, qui était entré en vigueur le 1er janvier 2002 et qui s'ajoutait à l'absence de trois jours autorisée par le code du travail, était de 11 jours consécutifs et de 18 jours en cas de naissances multiples. La France, précurseur à l'époque, a depuis été distancée par plusieurs voisins européens plus généreux. (JOEL SAGET / AFP)

Une part de ce congé sera même "obligatoire" : le parent ne pourra pas y renoncer, ni se le voir refusé par son employeur. Aujourd'hui, il existe deux congés cumulables après la naissance d'un enfant : le congé de naissance de trois jours, financé par l'employeur auquel tout parent a droit, et ce congé de paternité et d'accueil de l'enfant, indemnisé par la Sécurité sociale et jusqu’ici facultatif. 70 % des pères demandent à en bénéficier actuellement. Cette mesure devrait donc permettre à la France de combler une partie de son retard par rapport aux meilleurs élèves européens. De 14 à 28 jours désormais: c'est une bonne nouvelle pour la présidente de l'association Parents et féministes, Amandine Hancewicz, qui estime toutefois qu'il faudrait aller encore plus loin:

Propos recueillis par Mathilde Choin

 

"Cela ne va pas permettre de modifier la répartition des tâches et la discrimination à l'embauche que subissent les femmes, du fait de la présomption de maternité. Pour aller vers une mesure égalitaire, il faut être beaucoup plus ambitieux, et fixer une date butoir, s'engager politiquement pour un congé d'égale durée. Ce mois là, c'est une étape, mais en aucun cas une fin" - Amandine Hancewicz, Parents et féministes

 

L'arrivée d'un enfant accroit nettement l'inégalité de salaires dans le couple

Et il y a urgence à prendre ce dossier à bras le corps: "c'est souvent à l'arrivée d'un enfant qu'un certain nombre de répartitions inégales de la prise en charge des tâches parentales et domestique s'installe. On voit souvent les carrières des femmes décrocher à l'arrivée d'un enfant", explique Céline Piques, économiste, et porte-parole d'Osez le féminisme et économiste:

"L'écart des salaires est de 26% entre les femmes et les hommes. Mais entre les femmes et les hommes ayant des enfants, c'est 42%" - Céline Piques, Osez le féminisme

Propos recueillis par Félix Mathieu

"La prise en charge des enfants doit être faite de façon beaucoup plus égalitaire, par souci de justice, d'égalité entre femmes et hommes, et pour permettre aux femmes de mieux s'impliquer dans leur carrière", insiste Céline Piques. Pour que les pères prennent enfin toute leur place dans l'éducation des enfants, "c'est extrêmement important que des mécanismes et des prises en charge par les pères se mettent en place dés le début et dés l'arrivée d'un enfant. C'est assez structurant pour ensuite envisager une répartition plus égalitaire de l'éducation des enfants".

 

La France a perdu son avance sur le sujet

Avec ce doublement à 28 jours, la France comble une partie de son retard par rapport aux meilleurs élèves européens: lorsqu’elle a créé le congé paternité en 2002  (11 jours à l’époque qui s'ajoutaient aux trois jours du congé de naissance), elle était en avance sur la plupart de ses voisins. Mais depuis, de nombreux pays européens ont adopté des dispositifs plus généreux.

"Il y a encore beaucoup à faire, au delà du congé de maternité/paternité. On a encore beaucoup de chemin à faire par rapport à des pays comme la Suède, qui non-seulement ont des congés très bien rémunérés dans la première année de l'enfant, mais aussi des congés 'd'éducation' jusqu'aux trois ans de l'enfant, qui sont aujourd'hui en France très mal rémunérés et pris à 98% par les mères" - Céline Piques

 

Prendre des congés d'éducation de manière paritaire jusqu'aux trois ans de l'enfant, développer des solutions et des modes de garde, développer les places en crèche... Autant de pistes à explorer, selon ces associations féministes, pour mieux réduire les inégalités entre les deux parents.