Alain Bauer : "Les homicides ont atteint leur plus haut niveau historique en 2019"

Pour Alain Bauer, professeur de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers et membre du Réseau international de gestion des crises, la crise sanitaire que traverse la France est due à la prédominance d'une approche comptable dans la gestion du pays, à savoir que la vie humaine est considérée uniquement comme un coût et pas comme un investissement.

Alain Bauer, interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio, à 8h10, dans "C'est à la une".© AFP

Alain Bauer vient de co-écrire, avec Roger Dachez, un livre intitulé "Comment vivre au temps du coronavirus - Un manuel pour comprendre et résister" (éditions du Cerf). Il était l'invité de Patrick Roger le 1er septembre 2020 dans l’émission "C’est à la une" sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 8h10.

 

"Depuis 2012, notre pays n’est plus géré en fonction des enjeux stratégiques de souveraineté"

Interrogé sur sa vision de ce qui a permis à cette crise sanitaire de s’éclater, Alain Bauer a répondu : "c’est un problème d’acceptation de la réalité. On ne manque pas d’information, mais on est tellement submergés par l’information qu’on n’arrive plus à la hiérarchiser. Les gouvernements passent rapidement du mode sceptique au mode panique, avec une incapacité à gérer l’entre-deux. Cela a été la même chose pour le terrorisme. Rappelez-vous, en 2000, lors des débats pour la présidentielle américaine, il n’y a eu ni une question, ni une réponse, ni une prise de position sur des questions terroristes. C’était quelques mois avant le 11 septembre 2001. Autant dire que ce n’est pas nouveau, mais cela ne s’améliore pas non plus.

Les politiques – Xavier Bertrand, Roselyne Bachelot, Nicolas Sarkzoy – ont parfaitement fait leur métier. Pour une fois, ce ne sont pas les politiques qui sont mis en cause, ce sont plutôt les comptables. Depuis 2008 ou 2012, notre pays n’est plus géré en fonction des enjeux stratégiques de souveraineté mais uniquement en fonction de la comptabilité. La vie humaine est considérée uniquement comme un coût et pas comme un investissement, ce qui explique le long délitement de l’hôpital public.

En 2008, on était prêts pour la crise du H1N1, chacun avait fait son métier. (Mais cette crise n’a pas eu lieu.) Mais entre 2012 et 2020, on a déconstruit le système de soins de manière volontaire et structurée. C’est une politique d’intermédiaires bureaucratiques avec des élus qui ont perdu la visibilité des enjeux. L’État, pour des raisons mystérieuses, a décidé que la réalité était ce qu’il voulait. Mais la réalité gagne toujours".

"Il n’y a jamais eu autant d’homicides"

En tant que criminologue, Alain Bauer a aussi répondu à quelques questions sur son domaine d’activité principal. Le risque terroriste, est-il toujours là ? "Plus d’un millier de personnes sont mis en détention, de manière préventive pour beaucoup et condamnés pour d’autres. Il y a une très grosse activité du renseignement intérieur, qui depuis 2015 fait beaucoup d’opérations préventives pour éviter des attentats. Après 2015 on a changé de focale : au lieu de réagir, on anticipe. Le risque est réel, même s’il est latent. C’est plus du micro-terrorisme que de l’hyperterrorisme."

Et la délinquance, a-t-elle augmenté récemment ? "D’une part, la délinquance est plus visible aujourd’hui, avec les images qui sont véhiculées par les réseaux sociaux. D’autre part, il y a l’aggravation d’un indicateur stable depuis 1972, celui des homicides. En 2019, les homicides avec blessures volontaires et ayant entraîné la mort de la victime ont atteint leur plus haut niveau historique depuis qu’on les compte (1972)."

 

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