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Meurtre de Thomas Perotto : onze jeunes renvoyés devant les assises

Près de trois ans après la mort de Thomas Perotto dans le village drômois de Crépol, la justice a renvoyé onze jeunes hommes devant les assises pour meurtre aggravé par des propos portant atteinte à "la race blanche et la nation française".

Entrée de la salle des fêtes où a eu lieu le drame concernant Thomas Perotto.
OLIVIER CHASSIGNOLE - AFP/Archives

Près de trois ans après la mort de Thomas Perotto dans le village drômois de Crépol, la justice a renvoyé onze jeunes hommes devant les assises pour meurtre aggravé par des propos portant atteinte à "la race blanche et la nation française".

L'un d'eux étant âgé de 17 ans au moment des faits, les juges d'instruction ont demandé qu'ils soient tous jugés par la cour d'assises des mineurs de la Drôme, avec un douzième jeune accusé, lui, de violences volontaires avec arme, selon leurs conclusions consultées par l'AFP.

Compte tenu des recours possibles, le procès ne devrait pas se tenir avant plusieurs mois.

Au total, quatorze jeunes hommes avaient été mis en examen dans cette enquête, mais deux ont bénéficié d'un non lieu notamment car leur présence sur les lieux n'a pas été établie.

En raison d'une "loi du silence" forte dans ce dossier, les investigations n'ont pas permis de déterminer quel accusé a porté le coup mortel au rugbyman de 16 ans à la fin du bal de l'hiver du petit bourg de Crépol.

Les juges d'instruction ont donc retenu le concept pénal de "scène unique" qui permet de juger tous les membres d'un groupe pour un crime, au motif qu'ils ont tous pris part aux violences.

Et ils ont retenu la circonstance aggravante de "discrimination objective" envers "la race blanche et la nation française" sur la base des déclarations de témoins qui assurent notamment avoir entendu : "on est là pour planter des Blancs et tuer des Français" ou "sale Français de merde".

Relevant que ces témoignages étaient "minoritaires", "imprécis" et "contradictoires", le parquet s'était opposé à l'ajout de cette circonstance aggravante.

Mais pour les juges d'instruction, 19 témoins "directs" ont rapporté ces propos hostiles, quelques heures seulement après les faits, ce qui a limité le risque de concertation.

"Ce renvoi soulève une question majeure: comment peut-on renvoyer notre client pour meurtre aggravé par une circonstance de racisme lorsque ni le coup mortel ni aucun propos raciste ne lui sont personnellement imputés ?", ont réagi Me Seydi Ba et Diala Al-Shaman, qui défendent l'un des accusés.

"Nous contestons cette logique d’imputation collective : chacun doit répondre de ses propres actes, et de rien d’autre", ont-ils ajouté.

- "Détourner le regard" -

Dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, des jeunes venus pour certains du quartier populaire de la Monnaie à Romans-sur-Isère s'étaient battus avec un groupe de jeunes de Crépol, à l'issue du "bal de l'hiver" du village.

Dans un contexte confus, ils avaient sorti des couteaux et blessé grièvement quatre personnes, dont Thomas Perotto, lycéen de 16 ans et amateur de rugby, décédé lors de son transport à l'hôpital.

Interpellés après les faits, 14 jeunes hommes avaient été mis en examen, tous pour meurtre et tentatives de meurtre en bande organisée. Aucun n'a jamais admis avoir porté le coup mortel, même lors de la reconstitution virtuelle organisée il y a un an.

Ce drame avait suscité une forte émotion et de nombreux commentaires dans les médias et la sphère politique. La droite et l'extrême droite s'étaient notamment emparées du meurtre pour dénoncer une insécurité croissante dans les campagnes, venue, selon elles, des banlieues sensibles, ainsi qu'un racisme anti-Blancs prégnant dans les banlieues.

Une manifestation de l'ultradroite aux allures d'expédition punitive a même eu lieu à Romans-sur-Isère dans le quartier de la Monnaie peu de temps après le drame.

Aux élections législatives de 2024, Crépol a placé le candidat RN Thibaut Monnier en tête dès le premier tour des législatives anticipées. Il a ensuite remporté la circonscription.

Vendredi, le chef des députés LR Laurent Wauquiez a immédiatement commenté sur X la décision des juges d'instruction. "La justice jugera des accusés avec des circonstances aggravantes liées au racisme anti-Français. Pendant trop longtemps, certains ont préféré détourner le regard plutôt que d’affronter cette question", a-t-il écrit.

L'euodéputé RN Pierre-Riomain Thionnet a lui salué "un énorme coup porté à l’antiracisme idéologique historique".

Par Charlotte PLANTIVE / Lyon (AFP) / © 2026 AFP

#ThomasPerotto #Justice #France #Racism #Crime

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