"Colère", "peur", "incompréhension", "consternation": à Lens, l'"acte III" de la mobilisation lycéenne était comme anesthésié mardi par le choc de l'incident dans lequel un manifestant de 15 ans a eu la main arrachée la veille par une grenade policière.
"J'étais avec mes copines et j'ai entendu +boum+. Je me suis retournée et j'ai vu un garçon courir sans sa main (...). Il était en panique", raconte Mélina, élève en première dans un lycée de Sallaumines (Pas-de-Calais), près de Lens, encore bouleversée en évoquant la scène mardi matin.
Le lycéen de 15 ans a eu une main arrachée lors d'une manifestation près du lycée Auguste-Béhal de Lens. Les circonstances précises des faits restent encore floues.
Une enquête de l'IGPN est ouverte. Il s'agira notamment d'établir s'il a ramassé la grenade, comme indiqué à l'AFP par une source policière, ou si elle a atterri sur lui.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a indiqué mardi qu'il aurait été blessé par "une grenade assourdissante", après qu'une source syndicale policière a initialement évoqué une grenade de désencerclement.
Selon la conseillère régionale Ecologiste pour le Pas-de-Calais Marine Tondelier, venue à Lens mardi matin, l'adolescent a "perdu l'usage de sa main gauche" outre "deux doigts de sa main droite" et "les médecins s'interrogeraient sur le fait de devoir l'amputer au niveau du poignet ou du coude".
Mardi matin, Mélina dit avoir "peur" de la police "qui tourne partout" alors que des camionnettes de CRS sont déployées à proximité de plusieurs établissements scolaires de la ville. Elle assure vouloir "continuer" à manifester "mais en faisant surtout attention".
"On ne veut pas la violence (...). Tout ce qu'on veut, c'est notre bac, c'est notre réussite", souligne la jeune fille de 16 ans devant le lycée Condorcet de Lens, où quelques dizaines de personnes étaient rassemblées mardi matin.
- "Colère" -
"Je n'avais jamais entendu une explosion pareille", témoigne aussi Thomas (prénom d'emprunt), 17 ans, en terminale à Lens, qui était trop loin pour voir les faits.
Il dit ressentir "de la colère et de l'incompréhension", parce qu'il "n'y a pas lieu d'utiliser des moyens comme ça sur des élèves", c'est "totalement disproportionné".
Il ne connaît pas la victime mais ce "n'était pas un casseur, c'était un manifestant comme tout le monde", assure-t-il.
Selon lui, lors de l'incident, "il y avait environ 50 à 60 CRS face à 150-200 élèves" et les policiers étaient "surarmés".
M. Nuñez a indiqué sur France Inter qu'"au moins un cocktail molotov" avait été lancé par les manifestants.
Le ministre de l'Education nationale Édouard Geffray a qualifié l'incident de "drame", assurant mardi que sa "préoccupation première est que les élèves et personnels soient protégés".
"Pour l'instant c'est encore le choc, la consternation, la colère" qui dominent, déclare en retenant ses larmes une enseignante du Lycée Béhal que fréquentait l'élève blessé.
"C'est un gamin" en seconde pro, "autant dire que son avenir professionnel ça va être compliqué" après avoir perdu l'usage d'une main, souligne-t-elle.
Le lycée Béhal a fermé lundi après-midi et mardi. Une cellule d'écoute et de soutien a été mise en place, et rares étaient les personnes devant les grilles mardi matin.
"Là, je pense que tout le monde a peur," à Lens, ajoute cette enseignante.
- "On se croirait à la guerre" -
Roxane Sauvage, professeure de lettres au lycée Condorcet présente mardi devant son établissement avec quelques autres élèves et enseignants, se dit "en état de sidération", "même si on s'habitue de plus en plus à ces violences policières, malheureusement".
"À partir du moment où il y a des CRS qui sont suréquipés et qui chargent des gamins qui eux n'ont rien sur eux, j'estime que c'est disproportionné", lance-t-elle.
Mike Ryan, 16 ans, en première à Lens, était au collège avec l'adolescent blessé. Lundi, il avait prévu de rejoindre le rassemblement devant le lycée Béhal, mais a renoncé après avoir vu des images de la scène sur les réseaux sociaux.
"Ça m'a choqué, ça fait peur. Une main coupée comme ça, on se croirait à la guerre", dit-il.
Pour Walid, 16 ans, en terminale à Lens, les lycéens doivent "continuer" à faire entendre leurs revendications : "Ce n'est pas en nous arrachant des mains, des pieds ou d'autres parties de notre corps qu'ils vont nous faire arrêter ce qu'on fait".
Par Claire-Line NASS / Lens (France) (AFP) / © 2026 AFP