éditorial

L'édito de Natacha Polony

Natacha Polony ©Anthony Ghnassia
Politique

Les propos du professeur Wauquiez illustrent sa conception effarante de la parole politique

Laurent Wauquiez (©Boris Horvat - AFP)

Alors que les propos d’Emmanuel Wauquiez devant des étudiants lyonnais ont, sans aucune surprise, très rapidement fuité, la violence et la gravité de ces mots en disent long sur le personnage.

Gérald Darmanin en Cahuzac puissance 10, donc accusé de mentir devant un journaliste. Emmanuel Macron accusé d’avoir organisé la chute de François Fillon… De tels propos sont graves. En poussant un peu, elles pourraient valoir des attaques en diffamation. Mais le problème n’est même pas là. Il est dans ce que tout cela révèle de la conception que Laurent Wauquiez se fait de la politique et de ce que cela peut éveiller parmi les électeurs, les siens et ceux qu’il espère conquérir. On voit bien le débat se concentrer autour de la question de savoir s’il pouvait ignorer que ces propos seraient révélés au grand public.

Premier point : Laurent Wauquiez peut-il ignorer qu’à partir de deux personnes, un propos privé n’est plus un propos privé ? Les moyens technologiques et la rapidité du partage d’information ont brouillé la frontière entre espace public et espace privé. C’est l’une des données essentielles de l’époque. Et l’ignorer prouve que l’on n’a pas beaucoup réfléchi aux évolutions qui sont en train de mettre en danger la démocratie, laquelle repose justement sur la séparation entre espace privé et espace public.

Second point : que cette saillie soit une preuve de naïveté ou un calcul cynique, il démontre une conception assez effarante de la parole politique. Donc Laurent Wauquiez, quand il est sur un plateau télé, nous sert du bullshit ? On appréciera la finesse du vocabulaire choisi. Mais surtout, il y a ce crédit donné à l’idée que les politiques seraient forcément en représentation, que jamais ils ne diraient la vérité au peuple. On fait le spectacle, mais il y a une vérité cachée. Et cette vérité ne peut être que violente, brutale, caricaturale.

Laurent Wauquiez est très fier de dire à ces étudiants qu’il va leur parler en toute sincérité. Il s’imagine visiblement que le simplisme, les mots de franglais, façon jeune, ça fait moderne. Il ne lui vient pas une seconde à l’esprit qu’un homme d’État évite de jamais prononcer des mots qu’il ne pourrait assumer en public, qu’il livre des analyses, pas des confidences de comptoir. Au contraire, les propos de Laurent Wauquiez, comme ceux qu’il tient dans ses meetings, sont surtout de nature à renforcer les réflexes de ses électeurs et à prouver à tous que lui ose dire ce que le peuple penserait. Car c’est bien l’idée qu’il se fait du peuple.

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