éditorial

L'édito de Henri Guaino

Henri Guaino ©Anthony Ghnassia
Politique

"Fainéants", le mot de trop pour Emmanuel Macron

Henri Guaino : "Fainéants", le mot de trop pour Emmanuel Macron

Dans sa chronique quotidienne, Henri Guaino revient sur la polémique autour du mot "fainéant" prononcé par Emmanuel Macron lors d'un discours officiel en Grèce.

Emmanuel Macron a prononcé le mot de trop ! En lâchant le mot "fainéant", le président de la République vient d'offrir un formidable cri de ralliement à toux ceux que la réforme du marché du travail révoltent ou inquiètent.

Un mot faisant écho à une phraséologie ultralibérale

Alors, peut être ne parlait-il pas des salariés inquiets mais de ces prédécesseurs à l'Élysée qui, comme le dit le porte-parole du gouvernement (Christophe Castaner), se seraient tourné les pouces tout au long de leur mandat au lieu d'éradiquer les derniers vestiges de l'État providence. Certes, les mots de la politique ont de plus en plus maille à partir avec la réactivité instantanée des réseaux sociaux, qui frôle parfois l'hystérie. Certes, les médias, dans l'espoir de faire parler, coupent parfois les phrases pour qu'elles deviennent plus polémiques... On se souvient du "racaille" de Nicolas Sarkozy qui répondait à une interpellation d'une habitante mais on a gardé que sa réponse. Certes encore, il y a la mauvaise foi qui tord le sens des mots et aussi les mots que l'on prête à des présidents en privé. Propos le plus souvent invérifiables, on se souvient du "sans dents" de François Hollande.

Mais ici, les mots sont ceux d'un discours officiel. Ils viennent après les "illettrés", après "ceux qui ne sont rien" et surtout, ce mot "fainéant", dans le contexte de la réforme du droit du travail et bientôt de l'assurance chômage, prend une raisonnance particulière parce qu'il fait écho à une phraséologie ultralibérale qui depuis toujours considère que la protection pousse les travailleurs à tirer au flan et que le chômage est volontaire, pour l'essentiel le fruit d'un arbitrage entre le travail et le loisir. Ainsi, s'il y a des chômeurs, c'est parce qu'ils ne veulent pas accepter n'importe quel travail, dans n'importe quelle condition et à n'importe quel prix.

Alors bien sûr, il y a toujours des gens qui profitent du système mais c'est une petite minorité. Dans certains milieux pourtant, l'idée est très répandue que le chômage de masse serait le fruit d'une grande crise de paresse encouragée par l'État à travers les allocations chômage, les indemnités de licenciement, le salaire minimum, l'aide aux plus pauvres et d'une façon générale toutes les protections sociales qui viennent entraver la lutte pour la vie ou plutôt la survie. "Fainéants de CDI, fainéants de fonctionnaires, fainéants de chômeurs". Naturellement, les fainéants ce sont toujours les autres. Si peu l'assume ouvertement, beaucoup parmi ceux qui occupent des postes à responsabilité le pensent et agissent en fonction de cette philosophie, en construisant une société fondée sur le culte exclusif de la performance, de la gestion par le stress, de la mise sous tension de l'entreprise, c'est-à-dire une société qui fait la part belle à ceux qui réussissent parce qu'ils sont les plus forts et méprisent les autres qui ne sont rien, qui sont des fainéants.

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