Mamoudou Gassama décoré : "Il y a toujours des gens pour lancer des rumeurs"

Reportage Sud Radio. Alors que Mamoudou Gassama doit être décoré ce lundi par la ville de Paris, le débat sur son sauvetage d’un enfant la semaine dernière continue d’animer le quartier.

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Après la régularisation, place à la médaille Grand Vermeil pour Mamoudou Gassama, une décoration que la ville de Paris octroie en récompense d’actes de bravoure. Distingué pour avoir sauvé la semaine dernière un enfant en danger de mort car suspendu à un balcon du quatrième étage d’un immeuble parisien, celui qui a décroché depuis un contrat de service civique chez les sapeurs-pompiers de Paris reste au centre de l’actualité, son sauvetage faisant beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux. Alors que des sceptiques se posent aujourd’hui de nombreuses questions, les habitants du quartiers ont tous leur avis.

"Il était tremblant, il était terrorisé !"

"Il y avait une centaine de personnes en bas, des témoins ! Je ne vois pas l’utilité de mettre un enfant de quatre ans sur un balcon et de faire une mise en scène, on a vu les images !", s’exclame Armande, une lycéenne de 17 ans. Habitante de l’immeuble en question, Marie vit au 3ème étage, juste en-dessous du balcon auquel s'est accroché le petit garçon, et ne comprend pas les théories du complot qui remettent en cause l'action de Mamoudou Gassama. "Je lève la tête en haut, et je vois le petit garçon suspendu dans le vide ! Il fallait voir la peur sur le visage du petit, et tout… Il fallait être là pour voir ! Il était tremblant, il était terrorisé !", se rappelle-t-elle au micro de Sud Radio.

Et alors que certains se demandent pourquoi le voisin qui a assisté à la scène n’est pas venu en aide au petit, Marie les invite à venir constater sur place la configuration des lieux. "Je ne comprends pas les gens qui se demandent comment le voisin a fait pour ne pas attraper le garçon et tout, mais encore une fois il faut venir sur le balcon voir comment c’est configuré ! Il était obligé de mettre ses pieds comme ça tout en sachant qu’il y a une cloison qui sépare les deux balcons… Vous voyez, ce n’est pas évident. Il risquait de lâcher l’enfant ou de se blesser lui-même !", assure-t-elle.

Dans l'immeuble parisien où Mamoudou Gassama a sauvé un enfant suspendu à un balcon, une configuation exiguë (©Margaux Malinge - Sud Radio).jpg

"J'ai tout vu de ma fenêtre et depuis, je ne dors pas bien"

Un autre habitant de l'immeuble confie être encore choqué par cette histoire."Comment peut on remettre en cause ce qu'il s'est passé ? J'ai tout vu de ma fenêtre et depuis, je ne dors pas bien. Je suis un peu traumatisé, j'ai eu tellement peur que l'enfant tombe. J'ai appelé un psychologue pour prendre rendez-vous, parce que là je me sens encore très choqué", explique-t-il. Mais d’autres habitants du quartier ne veulent toujours pas y croire. Hervé* est persuadé que cette histoire est "un coup monté". "Vous avez déjà vu, vous, un enfant tenir aussi longtemps suspendu dans le vide ? En plus on le voit bien : le voisin le maintenait !", clame-t-il.

Pour Ian Brossat, adjoint à la mairie de Paris, ces doutes n'ont aucun sens. "Il y a toujours des gens pour lancer des rumeurs et des fake news. De temps en temps, des actes exceptionnels sont réalisés par des gens et il faut simplement savourer le plaisir de voir que notre société peut être aussi une société dans laquelle des actes de bravoure exceptionnelle sont réalisées. Par ailleurs, il y a d’autres vidéos qui ont été diffusées depuis et qui ne laissent aucune place à l’ambiguïté. Une enquête fera la lumière sur la manière dont les événements se sont déroulés, en attendant on ferait mieux de le célébrer plutôt que d’essayer de le débiner par des procédés pathétiques", assure-t-il avant de rappeler la dimension symbolique de l’octroi à Mamoudou Gassama de la médaille Grand Vermeil.

"Si ça permet de changer un peu le regard de la société sur les migrants..."

"L’histoire de Mamoudou Gassama ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Il y a encore beaucoup à faire pour accueillir correctement les migrants. Si cette histoire permet de changer un peu le regard de la société française sur la situation des migrants, dont il faut rappeler qu’ils ne sont pas seulement des chiffres, des flux et des stocks, mais aussi des visages et des gens qui font parfois preuve d’un réel courage, ce sera tant mieux. Au regard de cette actualité, cette remise de médaille prend une dimension symbolique extrêmement forte", conclut-il.

*Le prénom a été changé

Un reportage de Margaux Malinge