Le fait du jour : Le conflit entre l’Ukraine et la Russie et le rôle de l’Europe. Le Face à face avec Klaus Kinzler, enseignant en civilisation allemande à Sciences Po Grenoble, récemment suspendu par la direction de son établissement, et qui publie "L'islamogauchisme ne m'a pas tué" aux éditions du Rocher.

Depuis 26 ans, Klaus Kinzler était professeur de civilisation allemande à l’IEP de Grenoble. Peu de temps après l’assassinat de Samuel Paty, ce professeur est affiché comme fasciste, islamophobe, par un syndicat étudiant. Klaus Kinzler s’en défend et prend alors la parole dans plusieurs médias, dont Sud Radio. Une liberté d’expression qui n’a visiblement pas plu à sa hiérarchie, qui le limoge sans coup férir.

Une histoire de lâcheté

Plusieurs mois après sa révocation, Klaus Kinzler fait son retour sur Sud Radio, après avoir publié L’islamogauchisme ne m’a pas tué, publié aux éditions du Rocher. Une histoire qui pose très sérieusement la question de la liberté d’expression des fonctionnaires, des enseignants plus particulièrement, et le curseur à placer quant à leur devoir de réserve.

Depuis sa mise à pied, Klaus Kinzler n’a cessé de ressasser cette histoire. Il la raconte dans le détail dans son livre, avec force documents à l’appui. "Depuis cette histoire, le mot lâcheté m’est revenu souvent à l’esprit. Ce n’est la réponse, mais c’est le début d’une réflexion. J’ai 35 ans d’enseignement. L’histoire allemande, avec ses chapitres extrêmement noirs, a occupé une partie considérable dans cet enseignement. Et la lâcheté est un concept dont on a besoin pour comprendre comment des catastrophes peuvent se produire dans l’humanité", explique-t-il au micro d’André Bercoff.

Un monde où les actes ont rarement des conséquences

Cette lâcheté, Klaus Kinzler ne l’a pas observée dans un drame de l’humanité, mais dans un microcosme, dans un écosystème qu’on ne croit même pas possible. "Le milieu universitaire s’y prête particulièrement. C’est un monde où vos actes ont rarement des conséquences. Dans une entreprise privée, vous perdez votre boulot. Dans une université, théoriquement, tout ce que vous faites ne porte pas à conséquence. Si une petite minorité abolit l’État de droit au milieu de l’IEP, ça passe comme une lettre à la poste", ajoute l’enseignant.

Klaus Kinzler l’affirme. Tout le monde n’est pas comme cela. Il s’agit bien d’une minorité. "Cette minorité a besoin de la passivité de la majorité. Nous avons 15-20% d’extrémistes chez les enseignants, et chez les étudiants. Mais la majorité n’ose pas. Vous avez les réseaux sociaux. Vous pouvez plonger les gens dans la dépression", lance ce professeur, qui affirme que de nombreux cadres de l’IEP ont déserté les bancs de Sciences Po, totalement déprimés.

Une minorité qui entretient la peur

Face à cette situation, Klaus Kinzler a été confronté à sa hiérarchie qui a tenté de taire cette histoire, "pour ne pas voir qu’elle a failli à ses obligations, de mettre de l’ordre à l’IEP". "Les inspecteurs généraux dans leur rapport ont parlé d’un climat de peur, où plus personne n’ose dire ce qu’il a à dire. Et cela perdure. Il y a toujours des harcèlements en ligne de la part d’étudiants, par téléphone également", précise l’enseignant.

Aujourd’hui, Klaus Kinzler dénonce cette minorité d’enseignants, qui tire les ficelles, et qui remet en cause les valeurs républicaines. "Il y a une nouvelle directrice, qui n’est pas une idéologue, et qui ne peut rien faire face à ces personnes. Elle n’ose pas affronter cela". Bref, une omerta qui aura coûté son poste à Klaus Kinzler. Un événement qui n’aura pas atteint la liberté d’expression de cet enseignant, libre.

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