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Pornographie : "Si on habitue un enfant, une fois adulte il va continuer à en consommer"

Par Adélaïde Motte

Pornographie : André Bercoff en parle sur Sud Radio le 8 janvier.

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Thérèse Hargot, invitée d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Thérèse Hargot, sexologue et auteure de Tout le monde en regarde (ou presque), comment le porno détruit l'amour, éd. Albin Michel, présente son livre dans le Face-à-Face avec André Bercoff.

Sur les sites porno, "il faut générer du trafic sur la plateforme"

La pornographie d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec celle des années 70. "Quand je vois de la pornographie des années 70, explique Thérèse Argot, je trouve que c'est de l'érotisme très joli, ça ne rejoint plus ce que nos enfants regardent actuellement, on parle d'une industrie qui s'est transformée". "c'est une industrie qui a énormément évolué avec Internet". "Aujourd'hui, quand je parle de la pornographie qui est une drogue dure, je parle de cette nouvelle pornographie."

La principale raison de cette transformation est la recherche d'un profit. "Il faut générer du trafic sur la plateforme", ce qui est fait en attirant "beaucoup d'utilisateurs et qu'ils soient accros." Le tout afin, tout simplement, de générer de la publicité, "c'est comme ça que ça génère de l'argent". Il faut donc "générer un système de dépendance." D'après Thérèse Argot, "pour faire du profit, pour faire en sorte qu'il y ait beaucoup d'utilisateurs accros", les plateformes "vont faire en sorte que des enfants tombent sur ces contenus parce que si on habitue un enfant à utiliser ces contenus-là, on s'assure qu'une fois adulte il va continuer à en consommer."

Le porno, une "drogue dure" ?

Pourquoi, aujourd'hui, rencontre-t-on de plus en plus de personnes accros à la pornographie ? Le porno gratuit correspond à "l'éveil d'une pulsion qui demande une satisfaction immédiate", "le porno qui était payant, c'est pas le même rapport". De plus, l'exposition des mineurs à la pornographie génère "un rapport compulsif au sexe". "Si je suis dans un état émotionnel qui est déséquilibré, comme le sont souvent les collégiens", explique Thérèse Argot, "si je me sens dans un état super agréable, ça ne va pas résoudre le problème, c'est un mauvais moyen pour répondre à un vrai besoin." De plus, "le cerveau n'est pas encore mature, on n'est pas capable de faire face à ce genre de contenus". "Ce que je veux dénoncer, c'est cette fameuse hypocrisie, la moitié des garçons de 12-13 ans regardent des vidéos plusieurs fois par mois, avec une violence explicite, on peut s'inquiéter de l'effet que ça a sur les enfants."

Il est donc primordial de protéger les enfants de la pornographie, et les parents ne peuvent pas y suffire. "Il faut passer à la vitesse supérieure en terme de régulation." Même si "la prévention et l'éducation est nécessaire", " je ne peux pas protéger 100% mes enfants, on a beau être au courant c'est compliqué de protéger ses enfants, on se sent vraiment démuni." Une fois que l'on a averti, que l'on a mis en place des filtres, "on a besoin en tant que parents que le gouvernement nous aide." Et il ne s'agit pas uniquement de contrôle moral sur des images dégradantes ou obscènes. La pornographie répond à une pulsion "composée d'un amas d'émotions désagréables qui cherchent à sortir", mais "la pulsion elle s'éduque, on va pas l'assouvir tout de suite."

"L'une des façons d'en sortir, c'est de rendre la pornographie à nouveau payante"

"L'une des façons d'en sortir, c'est de rendre la pornographie à nouveau payante, rendre le porno payant pour réguler cette industrie, résoudre un problème majeur, maltraitance d'acteurs, d'actrices, parce qu'il y a une course à la production d'images, contrôle sur ce produit, il y a une piste qui existe et qui peut être appliquée tout de suite, ça demande juste une volonté politique." "Ce n'est pas du tout le symbole d'une liberté sexuelle, on doit arrêter d'associer ce produit à la liberté." Et cela quelles que soient les plateformes, y compris dans les vidéos présentées comme amateur. "Il y a eu un très gros scandale aux États-Unis, on s'est rendu compte que ses vidéos postées sur une très grosse plateforme ne respectaient pas toutes le consentement."

La pornographie payante serait aussi une façon de limiter son impact dans la société, impact particulièrement important. "Mon cabinet est plein à craquer d'hommes et de femmes qui ont des problèmes dans leur vie relationnelle dus à la pornographie, qui sont habitués à ressentir des pulsions sexuelles devant un certain type de corps et qui ne ressentent plus d'attirance sexuelle face aux corps de la vraie vie." On rencontre aussi des problèmes de performance, par des personnes inquiètes de ne pas se comporter avec autant de vigueur que les acteurs pornographiques. Or, "le pire ennemi dans la sexualité, c'est la peur". "Comme ça s'impose comme l'unique modèle, ça a une influence très importante pour nous," conclut Thérèse Argot.

L'objectif c'est de rester longtemps, fumer sa cigarette quand on a 40 ans, on risque pas vraiment de devenir dépendants, je pense que le discours sur la masturbation est très réducteur, je ne suis pas du tout opposée à l'érotisme, c'est parce que je suis pro-sexe que je suis contre la pornographie, on peut très bien avoir goût à la masturbation sans regarder de la pornographie, je vous propose de dissocier les deux, c'est deux sujets très différents, on a tort de les confondre, je parle de cette nouvelle pornographie, qui existe depuis l'arrivée d'Internet, pour mieux contrôler cette industrie, il y a des hommes et des femmes qui vont être habités par des fantasmes sexuels qu'ils n'auraient jamais eus s'ils n'avaient pas été exposés à la pornographie, tout va dépendre de l'état émotionnel dans lequel on est quand on va consommer de la pornographie, ça ne veux pas non plus dire arrêter de fantasmer, d'explorer votre érotisme, protéger avec des filtres, mais après, la pulsion, la temporalité, les vidéos gratuites, il n'y a plus cette temporalité, on a des adultes qui ont un rapport compulsif, je ferais une différence par rapport à l'accessibilité de ces images-là, derrière le produit, il y a des hommes et des femmes qui travaillent, on ne sait pas si tout le monde est d'accord, les adolescents qui monétisent c'est un vrai sujet, si on apprend qu'on peut monétiser tout ça, c'est devenu ultra accessible à n'importe qui, de nouveaux dans quelles conditions, dans quel contexte, on en revient à cette question du consentement, c'est un sujet qui est essentiel mais qui est extrêmement complexe, on ne peut pas tout réduire à une question de consentement, le consommateur devient responsable aussi, en tant que client."

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Retrouvez “Le face à face” d’André Bercoff du lundi au jeudi  à 13h dans Bercoff dans tous ses états Sud Radio.

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