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Pour Thibaud Gibelin, "c'est pas tellement la Hongrie qui change que l'Europe qui change"

Par Adélaïde Motte

La Hongrie, sa démographie, son économie, ses forces, ses faiblesses : André Bercoff en parle sur Sud Radio le 13 décembre.

hongrie
Thibaud Gibelin invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Thibaud Gibelin, spécialiste de l'Europe centrale et auteur de “Pourquoi Viktor Orbán joue et gagne” éd. Fauves, est venu chez André Bercoff expliquer le contexte dans lequel la Hongrie évolue aujourd'hui.

Viktor Orban "défend un consensus démocratique fort"

Viktor Orban fait couler beaucoup d'encre dans l'Union européenne, tant il est vu comme le mouton noir, celui qui empêche Bruxelles de façonner l'Europe comme elle l'entend. Pour Thibaud Gibelin, "c'est pas tellement la Hongrie qui change que l'Europe qui change." Ainsi, la doxa européenne "se constitue alors que la Hongrie, elle, et particulièrement Viktor Orban, conserve une ligne démocrate chrétienne qui est assez similaire à ce qu'elle était il y a 25 ans", "aujourd'hui on condamne la Hongrie pour des griefs qui n'existaient pas du temps du traité de Lisbonne", constitution de l'Union européenne entré en vigueur en 2009.

Viktor Orban tient donc à défendre l'identité culturelle de son pays, et la population lui en sait gré. Lors de l'effondrement du rideau de fer, à 26 ans, "il a clamé ce que désiraient les populations d'Europe de l'ouest". S'en est ensuivie une carrière politique classique, puis son élection en 2010. "Ce Orban qu'on connaît c'est le Orban revenu au pouvoir dans la quarantaine, en 2010 il arrive au pouvoir avec une majorité considérable, une vraie majorité forte." Car en 2010, explique Thibaud Gibelin, il y a un "grand souhait de changement chez les Hongrois", qui viennent de subir des gouvernements socialistes qui ont "très mal géré la crise de 2008". Orban emporte donc une forte majorité, confortée tous les quatre ans "toujours en renouvelant une majorité des deux tiers, ce qui en Europe est très rare et ce qui explique la ténacité de Orban".

"La Hongrie a la politique familiale la plus ambitieuse d'Europe, et même du monde"

Fort de ses deux tiers de soutien électoral, Viktor Orban défend "l'Europe comme une association d'Etats membres, il considère que l'Europe n'est forte que de nations fortes." Pour la Hongrie, la force est dans la démographie. "La Hongrie a la politique familiale la plus ambitieuse d'Europe, et même du monde." Il faut dire que le pays revient de loin. Après une décroissance démographique continue depuis les années 90, le taux de natalité est à 1,11 enfant par femme lorsque Viktor Orban arrive au pouvoir, en 2010. Aujourd'hui, il stagne à 1,5 enfant par femme, ce qui reste insuffisant pour le renouvellement des populations.

Pour atteindre ce résultat et le dépasser, Viktor Orban multiplie les mesures en faveur des familles : prêts pour les jeunes couples qui ne sont plus à rembourser à partir du troisième enfant, exonération de l'impôt sur le revenu pour les femmes ayant trois enfants et plus, bouclier pour limiter le prix de l'énergie pour les foyers, sans parler d'un travail pour "réhabiliter l'image de la famille nombreuse". La Hongrie fait "ce que peut faire un Etat qui respecte la famille comme une entité qui préexiste à l'Etat." Autrement dit, "on ne peut pas forcer les gens.", rappelle Thibaud Gibelin. Le prix de l'énergie faible, permis par le gaz russe, couplé au fait que la Hongrie contient "énormément de propriétaires", "rend possible d'avoir des familles nombreuses même si on est sur un pays à bas salaires."

La Hongrie a réussi à "s'affranchir des aides européennes"

Pour avoir les moyens d'éviter "d'être le cul-de-sac de l'Union européenne et d'être soumise aux diktats", la Hongrie a besoin d'avoir une économie suffisamment forte. "En 2010 et 2020 le nombre de personnes actives augmente de 50%, le chômage est résorbé", ce qui permet à la Hongrie de "s'affranchir des aides européennes". "Grâce aux investissements, notamment de Corée du sud, Chine, la Hongrie arrive à mobiliser suffisamment de capitaux pour ne pas avoir besoin de fonds européens." "La Hongrie a une économie qui est suffisamment dynamique pour se permettre de dire non à Bruxelles", confirme Thibaud Gibelin.

L'Etat hongrois semble donc aujourd'hui bien implanté, même si "le scénario parfois commence à échapper aux scénaristes." De la même façon que pour Viktor Orban, "le rejet de l'Union européenne est son carburant" et que "l'Union européenne est un spectre qui fait peur aux Hongrois, ils le sentent comme ça", de l'autre côté, "tout ce qui ne va pas dans l'UE il faut un mouton noir, ce sera Orban." Seulement, aujourd'hui, "chaque partie est prisonnière de son discours."

 

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Retrouvez “Le face à face” d’André Bercoff du lundi au jeudi  à 13h dans Bercoff dans tous ses états Sud Radio.

 

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