Hervé Lehman : "Le Syndicat de la Magistrature milite contre une justice de classe"

Hervé Lehman, ancien juge d’instruction et avocat au barreau de Paris, auteur de "Soyez partiaux ! - Itinéraire de la gauche judiciaire" (Éditions du Cerf), était l'invité de "Bercoff dans tous ses états".

Hervé Lehman
Hervé Lehman, invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Au cours de cet entretien, Hervé Lehman est revenu sur l'histoire et les valeurs du Syndicat de la Magistrature.

 

Hervé Lehman : "Le Syndicat de la Magistrature considère que la prison est un instrument de la bourgeoisie pour surveiller et punir"

"Le Syndicat de la Magistrature est créé en juin 1968, dans la foulée du mouvement de mai 1968, qui est un mouvement contre l’ordre établi, contre la bourgeoisie. Et vous avez de jeunes magistrats qui créent ce syndicat résolument à gauche, résolument marxiste, entre la gauche et l’extrême gauche. L’idée était que la justice est du côté des puissants, c’est une justice bourgeoise, une justice de classe. Cela, alors que les magistrats doivent défendre les opprimés, on doit donc créer une justice qui soit rendue au nom du peuple. Le peuple par opposition à la bourgeoisie. Dans leur pratique quotidienne, les magistrats du Syndicat de la Magistrature sont imprégnés de cette culture, on le voit dans la jurisprudence au fil des années.

Cela peut paraître paradoxal, mais le Syndicat de la Magistrature est contre la prison. Donc, toute l’action du Syndicat de la Magistrature depuis un demi-siècle est de limiter la possibilité d’emprisonnement. Ces magistrats considèrent que la prison, c’est l’école de la récidive. Ils considèrent que la prison est un instrument de la bourgeoisie pour surveiller et punir. On prône donc toutes les réformes qui limitent l’emprisonnement : le sursis, le sursis avec mise à l’épreuve, l’interdiction des courtes peines…", a raconté Hervé Lehman.

 


 

"À chaque fois que la gauche arrive au pouvoir, les militants du syndicat de la magistrature sont nommés à des postes très importants"

"Il y a toujours eu des liens, compliqués et quelquefois pervers, entre la justice et le pouvoir politique. Il y a un vieux proverbe qui dit : "'lorsque la politique entre dans le prétoire, la justice en sort'. À chaque fois que la gauche arrive au pouvoir, les militants du syndicat de la magistrature sont nommés à des postes très importants : chef de juridiction, chef de cour d’appel, chef du Parquet général, à des postes au ministère de la Justice… Le syndicat de la magistrature a un poids beaucoup plus important que le nombre de ses membres", a poursuivi Hervé Lehman.

Quel jugement Hervé Lehman porte-il sur l’affaire du "Mur des cons" ? "Le Mur des cons, c’était lamentable. Sur le Mur des cons étaient affichés les ennemis du syndicat de la magistrature : les personnalités politiques de droite, c’est une évidence. Mais ce qui est le plus frappant, c’est qu’il y avait les pères de deux jeunes filles, dont l’une a été assassinée et l’autre violée et assassinée. S’ils étaient épinglés, c’est parce qu’ils militaient dans des associations qui voulaient renforcer la répression contre les délinquants sexuels. Ils étaient donc dans le mauvais camp, parce qu’ils voulaient davantage de répression."

 

 

 

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