Bachir Gemayel a "modelé l'histoire du Liban jusqu'à aujourd'hui"

Youmna Gemayel, co-auteure de "Béchir Gemayel", avec Emmanuel Pezé, aux éditions Pardes (dans la collection "Qui suis-je ?"), était l’invitée de “Bercoff dans tous ses états".

Liban
Youmna Gemayel, invitée d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

"Aujourd’hui au Liban, on est passé par différentes crises, par différentes guerres. Ce qui est resté du Liban, c’est un peu un esprit libanais. C’est un esprit de coexistence où toutes les communautés vivent ensemble. C’est encore possible", juge Youmna Gemayel. "On l’a vécu en 1943 lors de notre indépendance. Il y avait les musulmans et les chrétiens qui se sont mis d’accord pour prendre leur indépendance du mandat français".

"On a aussi revu, durant l’époque de Bachir, durant ses 21 jours de mandat, cette union nationale autour du projet de Bachir. Les chrétiens et les musulmans avaient ensemble décidé de construire un Liban autour de ce jeune président élu mais qui n’a eu qu’un mandat de trois semaines. Ce sont 21 jours qui ont réussi à modeler l’histoire du Liban jusqu’à aujourd’hui. On en parle 40 ans après parce qu’il faut dire que Bachir a été assassiné il y a 40 ans. Aujourd’hui, il fait toujours partie du paysage politique", explique sa fille au micro de Sud Radio.

 

Liban : "Bachir rentrait dans le cœur des gens"

"Bachir s’est toujours battu pour le Liban. On répète souvent cette phrase qu’il a dite : ‘On nous a attaqué en tant que chrétiens et on s’est défendus en tant que Libanais’. L’identité libanaise était essentielle pour Bachir. C’était le cœur de son combat", explique Youmna Gemayel. "On dit que c'était le président des 10.452 km carrés, c’est-à-dire la superficie du Liban. Il a été tué parce que c’était le président de cette union, de ce Liban, de ces 10.452 km²".

"C’était, à mon avis, un leader atypique. Il était humble, très proche des gens, il disait toujours la vérité, il parlait aux Libanais en libanais parce que sinon, au Liban, on parle l’Arabe. Lui c’était le premier à parler en libanais, il rentrait dans le cœur de chacun des gens", juge-t-elle. "Il a réussi à se faire comprendre par tout le monde et à incarner un certain patriotisme qui est devenu contagieux par la suite".

 

"Son parcours politique a été très court"

"Bachir n’avait que 34 ans quand il a été élu président et qu’il a été assassiné. Son parcours politique a été très court en fait. En 7 ans, Bachir a réussi à faire ce que les hommes politiques libanais n’ont pas réussi à faire en 70 ans de carrière politique. À mon avis, il a été assassiné par tous les gens qui détestent le Liban. Par ceux qui détestent l’existence de ce Liban prospère, ce Liban démocratique, ce Liban de libertés, ce Liban où il y a la dignité de l’homme, etc.".

"Vous savez que 35 ans après la mort de Bachir, en 2018, on a eu le jugement. Ce n’est pas l’État libanais qui a demandé à ce qu’il y ait justice. C’est nous, la famille, qui avons été partie civile", raconte la fille de l’homme politique. "En 2005, après le retrait des troupes syriennes, nous avons remis en marche l’appareil judiciaire. De 2005 à 20018, donc treize ans plus tard, on a réussi à avoir le jugement. La personne qui a été condamnée est Habib Tanious Chartouni. Il s’agit d’un membre du parti national syrien. Ceux qui ont tué Bachir, c’était les Syriens à l’époque mais ce qu’on sait, c’est qu’il y avait trois ou quatre parties extérieures au Liban qui voulaient le tuer. Ce sont les Syriens qui ont réussi en premier", explique-t-elle.

 

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