Retranscription des premières minutes :
- Et bonjour à vous. Bienvenue, Frédéric Brun. Oui, bonjour.
- Bonjour. Ravi de vous recevoir. Vous êtes restauratrice de livres anciens à Versailles, des livres que l'on conserve toute sa vie et que l'on vous confie parce qu'ils sont parfois très abîmés.
- Frédéric Brun, quand on vient vous voir, qui vient vous voir d'ailleurs ? Ce sont des collectionneurs, des bibliophiles, des particuliers ? Alors qui vient me voir ? D'abord, je n'ai pas de magasin. Je travaille chez Rendez-vous avec un site Internet et les pages jaunes.
- Comme ça, ça me permet d'être libre dans la semaine de pouvoir gérer mon travail, les rendez-vous, les personnes avec lesquelles je travaille.
- Donc je travaille beaucoup avec les bibliothèques.
- Les particuliers, les libraires de temps en temps, quoique.
- Et je donne surtout des cours et je suis très impliquée dans la transmission du savoir et l'enseignement.
- Voilà, c'est un peu mon parcours atypique, nous dirons.
- Un métier étonnant au moment où le livre est en recul.
- Les gens nous lisent, pas seulement les Français, je veux dire les Français, mais c'est mondial.
- Nous écrivons de plus en plus, nous publions de plus en plus.
- Et nous lisons de moins en moins, ce qui est un paradoxe.
- Donc dans votre atelier, j'imagine, vous recevez toutes sortes de livres.
- Quels sont ces livres, grosso modo ? Alors en fait, on restaure les livres du XVIe au début du XXe.
- D'accord.
- Sachant que le livre ancien, la période ancienne est considérée jusqu'à la guerre de XIV.
- Après, c'est le livre semi-moderne et le livre moderne.
- Donc ça, à la limite, je m'en occupe beaucoup moins.
- C'est plutôt le livre ancien.
- Et il y a quand même une particularité.
- C'est qu'on ne restaure pas le livre très ancien, c'est-à-dire l'Incunable.
- L'Incunable, pour ceux qui ne connaissent pas tellement le livre, ce sont les livres qui ont été imprimés jusqu'au 31 décembre 1500 inclus, c'est-à-dire après Gutenberg et avant François Ier.
- Ceux-là, on ne les restaure pas.
- On ne défait pas une couture de cette époque-là.
- On les met dans une boîte et on fait des restaurations à minima.
- Les autres, on restaure les livres cuir, les cartonnages.
- Les cartonnages du XIXe, toutes sortes de livres, des dictionnaires.
- Tout y passe, dans la mesure du possible.
- Vous travaillez toutes sortes de matières, j'imagine, Frédéric Brun.
- Oui, le papier, le cuir, la percaline, le parchemin, tout ce qui entre dans la fabrication du livre.
- Quand le livre est abîmé, celui qu'on vous amène pour une restauration, est-ce qu'il peut y avoir des pages effacées, des caractères qui ont disparu, qu'il faut savoir restaurer ? Oui.
- Non.
- Je vous arrête tout de suite.
- On ne refait pas à l'identique.
- On refait simplement quelques traits au bord des feuilles, mais on ne refait jamais des caractères.
- C'est impossible.
- Vous rentrez dans le faux.
- Quand on répare des livres, des papiers qui ont des lacunes, par exemple, on prend du papier japonais, on comble, mais on ne refait pas les caractères.
- Voilà, ça, c'est un point.
- Oui.
- Et la restauration doit être...
- C'est un point réversible.
- C'est-à-dire qu'après moi, dans 100 ans, dans 200 ans, si les méthodes ont changé, on pourra enlever ce que j'ai fait pour refaire autrement.
- Voilà, ça, c'est très important.
- Est-ce que vous restituez les ouvrages à l'identique ? J'imagine un vieux livre...
- J'essaye.
- Alors, voilà, c'est ça, les difficultés.
- J'essaye toujours d'être au plus près du livre.
- Alors, après, il y a des choses...
- C'est limite.
- Il y a des papiers qui sont tellement abîmés qu'on est obligé de les doubler.
- Mais oui, je ne vais pas inclure...
- C'est quelque chose de moderne dans un livre ancien.
- Sauf le papier japonais et le cuir que l'on achète lorsqu'on trouve du cuir pour la restauration.
- Sachant que quand j'achète du cuir, ce, c'est du veau couleur naturelle, donc couleur de votre peau.
- Et c'est moi qui fais mes teintes.
- Ah oui, vous...
- Comme ça, je n'ai pas à acheter.
- Oui.
- D'accord.
- Parce que je n'ai pas à acheter...
- Si quelqu'un me demande du bleu, ça ne va jamais être le bleu que je vais avoir.
- Donc, je prends le cuir couleur chair et je...
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