Retranscription des premières minutes :
- « Le Grand Matin Sud Radio, 7h10, Patrick Roger. » Décidément, il est 7h41 sur Sud Radio. Décidément, ça n'en finit pas.
- Entre Trump et puis les Européens, Sud Radio vous explique ce matin le bazooka commercial.
- De quoi s'agit-il ? Parce que le président de la République, Emmanuel Macron, va demander au nom de la France l'activation de cet instrument anti-coercition de l'Union Européenne.
- Nous sommes avec Sylvain Kahn, qui est professeur au Centre d'Histoire de Sciences Po, auteur de « L'Europe, un État qui s'ignore et l'Atlantisme est mort ». Bonjour.
- Bonjour.
- Alors, expliquons ce qu'est ce bazooka commercial.
- Je précise, en fait, juste avant, c'est parce que Trump a indiqué ce week-end qu'il allait augmenter les droits de douane à l'égard des pays européens qui envoient des militaires, des troupes au Groenland, à la demande évidemment du Danemark, face aux menaces de Donald Trump, que l'Europe pourrait sortir ce bazooka commercial.
- Ça vaut le coup quand même d'essayer de le décrire, ce que c'est, Sylvain Kahn.
- Oui, écoutez, c'est assez simple.
- Le nom complet, c'est « instrument anti-coercition ».
- Oui.
- C'est une loi.
- C'est une loi qui a été votée par l'ensemble des députés européens en 2023 à la demande des gouvernements.
- Et il s'agit de déployer toutes les mesures de rétorsion possibles et imaginables quand il arrive qu'un État extérieur à l'Union européenne utilise lui-même des mesures de répression commerciales qui sont complètement injustifiées et qui sont unilatérales.
- Je vous donne un exemple.
- Oui.
- Si jamais Donald Trump fait ce qu'il a menacé de faire, c'est-à-dire que si au 1er février prochain, il augmente les droits de douane de tous les produits européens qui rentrent aux États-Unis unilatéralement de 10 % et qui recommencent au 1er juin en rajoutant 15 % de plus, sans aucune discussion, sans aucune négociation, les Européens peuvent décider soit carrément d'interdire toutes les importations américaines, soit d'interdire des importations de certains produits américains ou de certains services américains.
- Les Européens peuvent décider de fermer l'accès au marché public à toutes les entreprises américaines.
- Voilà, c'est ce genre de choses.
- Ou bien d'augmenter des droits de douane en réponse à l'augmentation unilatérale des droits de douane.
- C'est une guerre commerciale qui...
- Mais alors, elle marche sur le droit international du commerce, non ? Oui, c'est-à-dire qu'en fait, à l'origine, en 2023, c'est quand la Lituanie, qui est donc un des États membres, un des 27 États membres de l'Union européenne, qui a subi des pressions extrêmement fortes de la Chine parce que la Lituanie avait envoyé une ambassade à Taïwan, donc la Chine a riposté.
- Alors, la Lituanie, c'est un pays de 2 millions d'habitants, donc c'était vraiment David contre Goliath.
- Donc, à la suite de ça, les Européens ont dit, « Bon, pour que ça n'arrive plus, ce genre de choses, il faut que tout pays extérieur sache que s'il s'en prend à l'un de nous, notamment des tout petits pays, eh bien, ça sera l'ensemble de l'Union européenne qui réagira. » Et effectivement, vous avez raison, Patrick Roger, de dire qu'on n'est plus dans le cadre du droit international du commerce, de l'Organisation mondiale du commerce.
- Mais ça, malheureusement, ça fait quand même une dizaine d'années que l'Organisation mondiale du commerce est un peu tombée en désuétude parce qu'il y a un certain nombre de pays, comme la Chine, comme les États-Unis, comme la Turquie, parfois le Brésil, qui considèrent que l'OMC, c'était bien dans les années 2000, mais maintenant, on est passé à autre chose.
- Les Européens, ils font pareil.
- Finalement, c'est de la guerre commerciale, dent pour dent, œil pour œil.
- C'est-à-dire que, Trump, tu nous menaces, nous, on va te menacer aussi d'un point de vue commercial.
- Est-ce qu'on est capable de tenir tête à Donald Trump et aux États-Unis ? Quand on dit, par exemple, « Ben oui, on priverait, les entreprises américaines d'accéder à nos marchés publics » ou des choses comme ça.
- Quand on sait combien, aujourd'hui, on est dépendant, notamment, des GAFAM, si on se lance dans cette guerre, il y a quand même des risques, non, Sylvain Kahn ? Vous avez raison, mais si j'ose dire, les risques seront partagés.
-...
Transcription générée par IA