Retranscription des premières minutes :
- Sud Radio, le grand matin week-end, 6h-10h, Laurence Perrault.
- Dans quelques minutes, sur l'antenne de Sud Radio, nous allons recevoir Nicolas Legrand-Zorgetti, les restaurateurs. Il a tout perdu, tout a été détruit, son entrepôt, par le feu en Gironde.
- Mais juste avant, par rapport à la question que nous vous posons depuis ce matin, face aux incendies, peut-on continuer de vivre à côté des forêts ? Eh bien nous avons le plaisir d'accueillir Christian Pinaudeau, qui est avec nous en studio.
- Bonjour, Christian.
- Bonjour, madame.
- Laurence.
- Vous êtes consultant en politique forestière et gestion des risques.
- Alors j'avoue qu'avant tous ces incendies, je ne savais même pas que ce métier existait, cette particularité. Qu'est-ce qu'un consultant en politique forestière, gestion des risques ? J'ai une petite idée.
- En fait, je suis à la retraite depuis quelques années maintenant.
- Mais avant, j'ai passé 40 ans de ma vie professionnelle à travailler dans le milieu forestier et en particulier sur l'organisation.
- C'est-à-dire l'organisation de la défense des forêts contre l'incendie.
- Ce qui fait qu'à la retraite, je propose mon expérience professionnelle aux parlementaires et autres pour peut-être influencer et orienter la politique forestière, c'est-à-dire les dispositifs juridiques, de manière un peu différente, puisqu'on n'est plus en 1980, on est en 2026.
- Monsieur Pinaudeau, vous avez parlé de politique forestière.
- Et quand on a préparé cet entretien, vous m'avez dit qu'il suffirait au moins qu'il y en ait une. On va aller mettre les pieds dans le plat.
- Il n'y en a pas, en France, de politique forestière ? Il y en a eu. Il y a longtemps de ça.
- Et effectivement, aujourd'hui, on cherche une cohérence.
- C'est pour ça qu'il faut faire des propositions aujourd'hui.
- La politique forestière est dépassée, si j'ose dire.
- D'autant plus qu'elle était très faible.
- À partir de quel moment, vous, les spécialistes, vous avez senti que ça vrillait et qu'il n'y avait pratiquement plus de politique forestière en France ? Depuis les années 90, à peu près.
- Ah oui.
- Ce n'est pas d'hier, quoi.
- Non, ce n'est pas d'hier.
- C'est dû à quoi ? Parce que tout ce qui se passe aujourd'hui était complètement prévu et prévisible en matière de risque incendie.
- On a fourni, dès les années 2000, la cartographie de l'extension des zones à risque feu de forêt.
- Et on voyait très bien que ça remontait sur Angers, puis sur Fontainebleau, Paris, et sur les Vosges, sur la Côte d'Or, de la même façon.
- C'était chronique de difficultés ou de catastrophes annoncées.
- Mais à cause du changement climatique ? Ou pas seulement ? À cause de la non-gestion des forêts ? Alors, le changement climatique est une des causes de l'extension des zones à risque, puisque le réchauffement est indiscutable.
- Voilà, à moins d'être...
- Même si on est sourd et aveugle, on le sent quand même.
- On le sent quand même, voilà.
- Mais alors concrètement, c'est la gestion des forêts aussi qui est aussi à l'origine de ces zones à risque qui ont...
- Non, mais la gestion des forêts, il faut bien intégrer le fait que là, on ne cultive pas des tomates ni des radis.
- C'est ça.
- La gestion des forêts, ça se compte en décennies.
- C'est-à-dire que la forêt, à l'échelle de millénaires, a toujours été nomade.
- C'est-à-dire que les essences se sont déplacées au rythme des changements climatiques, sauf que ces rythmes-là n'ont strictement rien à voir avec le rythme humain.
- Et donc les forêts bougent, mais à l'échelle de millénaires.
- Et donc nos forêts vont bouger, mais on ne va pas le voir à l'œil nu.
- Et dans certains cas, il faudra peut-être...
- Avec des essences plus adoptées, avec de l'amélioration génétique aussi, j'ose le dire, on pourra peut-être aller anticiper un peu le changement climatique, mais on le subira, comme tout le monde.
- Vous dites « j'ose le dire ».
- Pourquoi ? C'est tabou de dire qu'il va falloir génétiquement travailler ? L'amélioration génétique, quand vous entendez certaines personnes, il ne faut surtout pas en faire.
- Or, sur le plan de la santé, c'est un progrès considérable, et sur le plan forestier aussi.
- Et il y a une grande structure de l'INRA, en Géronde, qui a brûlé, d'ailleurs.
-...
Transcription générée par IA