Retranscription des premières minutes :
- Retrouvez la force de l'engagement avec AJP, épargne, retraite, assurance emprunteur, prévoyance, santé.
- Sud Radio, la force de l'engagement, 15h, 15h30, Muriel Reus.
- Bonjour à toutes et à tous, on se retrouve pour la cinquième saison de la force de l'engagement, l'émission qui donne la parole à celles et ceux qui font bouger la société, vous avez l'habitude maintenant.
- Mon invité aujourd'hui, c'est Karine Dufour, autrice, réalisatrice de documentaires.
- Depuis plusieurs années, son travail est consacré à la lutte contre les violences faites aux femmes, aux mécanismes qui les rendent possibles et à la manière dont la justice, les médias et la société les nomment ou refusent de les nommer.
- En 2025, elle a co-réalisé la série documentaire de rockstar à tueur, Le Cacanta, diffusée sur Netflix.
- En novembre de la même année, elle a signé Je vais te tuer, un documentaire percutant, diffusé sur Arte, consacré à la lutte contre les violences faites aux femmes.
- Elle a été consacrée au contrôle coercitif et tournée à la cour d'appel de Poitiers.
- Elle publie aujourd'hui chez Harper's Calling, Christina Raddy, les silences qui tuent.
- Christina, la femme de Bertrand Cantat, celle qu'il a quittée pour Marie Trintignant alors qu'elle était enceinte de leur deuxième enfant, celle qu'il a soutenue après la mort de l'actrice, celle qui a témoigné en sa faveur lors de son procès, celle qui est morte par suicide le 10 janvier 2010, elle avait 41 ans.
- Mais avant de démarrer cette conversation, Karine, je vous propose, de nous engager contre le mythe de la victime parfaite.
- Nous attendons des victimes de violences qu'elle parle.
- Nous attendons qu'elle le fasse au bon moment, d'une voix sûre, avec un récit clair, sans contradiction.
- Si une femme parle tardivement après les faits, nous lui demandons pourquoi elle a attendu.
- Si elle hésite, nous nous étonnons de ses imprécisions.
- Si elle retire une plainte, nous sommes tentés de penser qu'elle exagère.
- Si elle reste avec son conjoint, nous nous interrogeons sur la gravité de la situation.
- Et si elle le défend, nous en concluons qu'elle n'est pas en danger.
- Nous avons fabriqué une figure impossible.
- Celle de la victime parfaite.
- Une victime qui devrait être immédiatement lucide sur ce qu'elle vit, parfaitement cohérent dans son récit, détachée effectivement de celui qui lui fait du mal, économiquement autonome et prête à partir.
- Elle devrait porter plainte, ne jamais revenir, ne jamais douter.
- Nous oublions qu'une personne qui vit dans la peur n'est pas spectatrice de sa propre vie.
- Nous oublions qu'elle se nourrit de liens affectifs, de souvenirs heureux, qu'elle subit des dépendances matérielles, des responsabilités familiales et qu'elle cherche à protéger, envers et contre tout, ses enfants.
- Oui.
- Une victime peut aimer celui qui lui fait du mal.
- Oui, elle peut avoir peur de partir et avoir peur des conséquences de son départ.
- Oui, elle peut appeler une amie un soir pour lui dire qu'elle n'en peut plus, puis la rassurer le lendemain en affirmant que tout va bien.
- Oui, elle peut demander de l'aide, puis refuser celle qu'on lui propose.
- Non pas parce que le danger a disparu, mais parce que reconnaître ce danger peut l'obliger à affronter des conséquences qu'elle ne se sent pas encore capable de supporter.
- Ce que nous prenons pour une contradiction est une stratégie de survie.
- Ce que nous analysons comme une absence de volonté est un épuisement.
- Et ce que nous appelons un choix, c'est une décision prise quand il n'en reste plus d'autre.
- Et ce regard que nous posons sur les victimes, nous devons aussi les porter sur nous-mêmes, bien sûr, et sur nos institutions.
- Car elles savent recueillir un fait, une blessure, une menace, une plainte.
- Mais elles ne savent toujours pas reconstruire une trajectoire, observer ce qui se répète, ce qui s'aggrave, ce qui réduit progressivement les possibilités d'agir.
- Nous sommes organisés pour demander que s'est-il passé aujourd'hui.
- Nous ne sommes pas organisés, nous ne sommes toujours pas organisés pour comprendre ce qui s'exerce depuis des mois, parfois depuis des années.
- Nous attendons la preuve définitive avant de protéger, alors que protéger devrait précisément éviter que la situation ne devienne définitive.
- Et pendant que nous attendons cette preuve, que faisons-nous...
Transcription générée par IA