Retranscription des premières minutes :
- Midi 14h, Sud Radio, la France dans tous ses états, le face-à-face.
- Bonjour, François-Olivier Gisbert. Bonjour.
- Vous n'imaginez pas mon plaisir à vous recevoir. On se connaît depuis longtemps, on va dire la vérité.
- Et nous nous sommes rapprochés par un homme que nous avons beaucoup aimé, qui est Jean-François Kahn, qui pour vous a été un complice, un ami. Un maître, par moments, d'ailleurs.
- Alors si vous dites pas que pour moi, il était de fait un père spirituel. Voilà. Jean-François Kahn était pour moi ce que Julien Grine était pour vous.
- C'était mon grand frère. Je ne comprends pas les styles. Voilà. Je ne suis que Péricault Légas avec Jean-François Kahn.
- Vous êtes François-Olivier Gisbert avec Julien Grine. Et vous avez commis parmi vos nombreux ouvrages.
- Vous aimez écrire, ça se voit, et vous écrivez bien. Je vais d'abord commencer par vous flatter, parce que vous le méritez.
- Après, vous allez cogner. Après, cognez. Oui, oui, il n'y a pas de problème.
- Voilà.
- Je connais. Je connais. C'est le jeu.
- Vous flattez parce que « Voyage dans la France » d'avant, édité chez Gallimard sous votre signature, est l'une des plus belles anthologies du génie français que j'ai jamais lu. J'ai pas tout lu. Voilà.
- Votre usage de la langue est académique.
- Après, je pense que les coups ne porteront plus.
- Ne vous inquiétez pas. Laissez-moi finir ma flatterie. Donc votre usage de la langue est académique.
- Et vous auriez fait un excellent académicien. Je sais que vous ne tenterez plus, mais vous avez tenté d'y être.
- L'esprit de vos propos n'a rien à envier à l'élite de notre littérature. Vous avez détourné la phrase et un style d'écriture.
- Ah ben, je travaille, hein. Je crois qu'on ne voit pas ça. Écrire bien, tout le monde peut écrire bien.
- Je sais.
- C'est juste beaucoup de travail.
- Non, mais vous vous levez à 4h du matin pour écrire.
- Oui, oui, je travaille. Je refais. Je refais. Je réécris.
- Vous dirigez des journaux tels que L'Obs ou Le Figaro, et vous trouviez le temps. Vous disiez « Mais c'est pas possible. Comment il fait ? » Ben, il a une énergie de normand. On va parler de votre enfance à Elbeuf, qui sont des chapitres absolument...
- ...délicieux et succulents, pour donner l'image que j'ai eue de votre voyage dans la France d'avant, qui est un document politique historique, qui est à la fois une plaidoirie à un réquisitoire terrible contre ce que la France est en train de devenir.
- J'oscille pour prendre des métaphores par rapport à des grands ouvrages de notre littérature, entre les confessions de Fogg, que c'est pas les confessions de Rousseau, et puis vous faites une retranscription transposée aux mots et aux dégâts de notre époque, genre « L'étrange défaite de Marc Bloch ».
- C'est un petit peu l'étrange défaite.
- L'étrange défaite de la France à travers vous. Voilà comment j'ai vu cet ouvrage magistral. Moi, j'en suis sorti bouleversé.
- Alors je l'ai lu il y a un certain temps, parce que d'abord, j'ai l'impression que vous... Sur les aspects alimentaires, j'ai l'impression de me relire.
- Je dis pas du tout que vous m'avez copié, mais ça veut dire qu'on avait les mêmes lectures, qu'on avait les mêmes valeurs.
- Oui, parce que j'ai toujours été...
- C'est du patrimoine, là-dessus, on sera d'accord. Par contre... Alors c'est là où je vais être un peu moins flatteur.
- On se connaît depuis longtemps. Je vous suis vos débats. J'ai lu vos éditos dans le Nouvel Obs, dans le Figaro, dans Le Point.
- J'ai envie de vous dire que les coupables de cette trahison, de cet abandon de la France, les auteurs de ces reniements, les complices de ces trahisons, vous les connaissez. Vous les avez souvent côtoyés, peut-être servis, parfois aimés.
- Vous teniez un peu, je vous accuse, vous teniez les manteaux au moment de la lépidation de Saint-Etienne.
- Saint-Etienne, vous voyez, Saint-Paul tenait les manteaux. Et puis bon, aujourd'hui, tel que je vois ce que vous écrivez, j'ai envie de vous dire...
- Non pas que ce serait injurieux de vous être un résistant à la 25e heure, mais pour avoir écrit la moitié de ce que...
Transcription générée par IA