Invité de l’émission La France dans tous ses états sur Sud Radio, animée par Périco Légasse, Lionel Candelon, président de la Chambre d’agriculture du Gers et figure de la mobilisation paysanne, est revenu sur la crise profonde que traverse le monde agricole. Il y dénonce les fraudes à l’étiquetage, le maquillage des origines des produits alimentaires et la responsabilité conjointe de la grande distribution et de l’agro-industrie dans la mise en concurrence déloyale des agriculteurs français.
"Il faut vraiment qu'il y ait des contrôles et surtout, des sanctions"
Quelle est la position de la Coordination rurale par rapport à la fraude à l’étiquetage et au rôle de la grande distribution ?
"Alors moi, je ne vous pointerai pas que la grande distribution, mais également l'agro-industrie, parce que les industriels de l'agro-alimentaire sont les premiers responsables, puisque c'est eux qui transforment les produits et qui souvent maquillent les origines, et je parle bien de maquillage. Et après, à la Coordination rurale, il est hors de question de continuer dans un système où on cache les origines, où on les maquille, où même on met des drapeaux bleu-blanc-rouge alors que les produits sont importés. À un moment donné, il faut vraiment qu'il y ait des contrôles et surtout des sanctions, parce que des contrôles, aujourd'hui, on en fait partout, dans tous les magasins, y compris chez nos agro-industriels, qu'on pointe du doigt régulièrement, mais il n'y a jamais une sanction qui leur est appliquée."
🌿 La grande distribution ennemie des agriculteurs ?
— Sud Radio (@SudRadio) January 21, 2026
🗣️Lionel Candelon : "On a un problème d'étiquettage et de suivi mais surtout de sanctions !" #LaFranceDansTousSesEtats
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"Il faut arrêter de nous prendre pour des idiots !"
Estimez-vous que la situation actuelle est intolérable ?
"Aujourd'hui, c'est intolérable. Encore hier matin, dans l'Hérault, sur une base de Super U, on voyait des vins maquillés avec des AOP ( Appellation d'origine protégée) avec des étiquettes sur certains produits alimentaires paysans bretons, etc., alors que c'était que des produits espagnols. Donc, à un moment donné, il faut arrêter de nous prendre pour des idiots."
L’agro-industrie triche-t-elle pour rester compétitive ?
"Moi je peux vous emmener faire les tours des rayons, notamment sur du foie gras par exemple, c'est un produit que je maîtrise énormément, puisque je le produis. Vous avez des foie gras étrangers, des magrets étrangers, qui sont plus chers que nos produits à nous. Le problème il est là, c'est qu'on a tellement d'intermédiaires dans la chaîne agroalimentaire qu'en fait tout le monde prend sa marge au passage, sauf le paysan, et résultat des courses, on a des produits qui sont vendus plus cher dans les grandes surfaces que dans nos propres étals à nous. Et ça c'est plus tolérable."
"Le problème, c'est les sanctions"
Les labels français et les drapeaux tricolores sont-ils une garantie d’origine ?
"On a vu des viandes estampillées viandes de bovine française, alors qu'elles étaient nées, élevées, abattues partout dans le monde, sauf en France. Donc aujourd'hui, on a un problème d'étiquetage et de suivi, mais on a un problème de contrôle et de sanctions. Je le répète, le problème c'est les sanctions. Si vous mettez à un magasin 200 000 euros de pénalité parce qu'il a fraudé sur des origines, il ne va pas s'y amuser trois fois"
Pourquoi l’origine n’est-elle plus indiquée sur de nombreux produits transformés ?
"C'est comme ça partout. Aujourd'hui, vous avez tout ce qui est abats. Il n'y a aucune obligation de mettre les origines. Vous avez sur les produits transformés, tout ce qui est céréales, les légumes, etc., il n'y a plus une seule origine. Je vous garantis que si demain vous obligez aux industriels de marquer l'origine, et que vous les obligez à mettre français dans les étals des GMS, vous aurez les 80% des magasins vides."
"On nous met en concurrence déloyale avec tous les autres pays du monde entier"
Que pensez-vous des nouveaux accords de libre-échange après le Mercosur ?
"On continue de franchir les limites qu'on a déjà franchies il y a bien longtemps, qui étaient déjà inacceptables avec le CETA (Accord économique et commercial global ) et avec la Nouvelle-Zélande, et en fait on va continuer à ouvrir au monde entier toutes les portes que nous, on nous a fermées en interne au niveau de la France, c'est-à-dire à nous faire appliquer des normes agro-environnementales, et notamment pour les aléas climatiques et pour le réchauffement climatique. Sauf qu'on va faire profiter à tous les pays du monde qui sont responsables. Et je dis bien que ce sont eux qui sont responsables du réchauffement climatique, on va leur permettre de nous envoyer tous les produits que nous on nous interdit de produire parce qu'ils sont dangereux pour la consommation. Et on va leur laisser les portes ouvertes de l'Europe et de la France pour qu'ils nous vendent toute leur merde, il faut appeler un chat un chat, ils ne respectent rien au niveau de l'agro-écologie, de l'agro-environnementale, et surtout au niveau de la santé de nos Français."
Que demandez-vous concrètement pour protéger les agriculteurs français ?
"Aujourd'hui, il faut interdire dans toutes nos chaînes de distribution, dans toutes nos chaînes agro-alimentaires, tous les produits qui ne respectent ni nos normes phytosanitaires, ni nos normes agro-environnementales, et surtout nos normes sociales. Parce qu'aujourd'hui, les paysans français sont en train de crever, parce qu' on nous met en concurrence déloyale avec tous les autres pays du monde entier."