Vincent Duluc : "Dans une Coupe du monde, il faut savoir choisir les coiffeurs"

Vincent Duluc, journaliste sportif à L'Équipe et auteur du livre Éloge des coiffeurs (éd. Marabout), était l'invité du Grand Matin Sud Radio.

Thumbnail

Le compte à rebours pour la Russie est lancé. La Coupe du monde 2018 de football débute dans un mois et demi et l'attente grandit autour de la liste des joueurs qui composeront l'équipe de France, liste qui sera annoncée le 15 mai par le sélectionneur Didier Deschamps.

La grande messe de l'annonce des joueurs au journal télévisé de TF1 sera l'occasion de nombreuses confirmations, pour les joueurs incontournables, mais également de possibles surprises, notamment quant aux noms des coiffeurs, ces joueurs destinés, en premier lieu, à un rôle de remplaçant tout au long de la compétition.

C'est à ce rôle, affublé d'un surnom un brin moqueur, que le journaliste sportif du quotidien L'Équipe, Vincent Duluc, consacre un livre, intitulé Éloge des coiffeurs (éd. Marabout).

Invité du Grand Matin Sud Radio, il explique que "derrière le vocable de coiffeur, il y a tout l'impact des relations sociales dans une équipe sur les résultats sportifs"

"Les grands échecs de l'équipe de France, c'est quand il n'y avait pas de hiérarchie sociale, pas de séparation d'être entre ceux qui jouaient et ceux qui devaient aider ceux qui jouaient", explique-t-il. L'exemple le plus emblématique restant celui de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, un fiasco inégalé dans l'histoire du football tricolore : "2010 est un bon exemple de ce qu'il ne faut pas faire. Il faut savoir choisir les coiffeurs, savoir choisir les remplaçants, ceux qui vont accepter leur statut et qui, en même temps, vont le combattre, pour pousser les titulaires à donner le meilleur d'eux-mêmes. Mais surtout, il faut bien savoir identifier les leaders. En 2010, il y a eu une erreur sur les leaders. Au lieu de les emmener vers le haut, ils les ont amené dans le mur."

Savoir choisir les coiffeurs, donc, mais savoir aussi respecter un équilibre dans un groupe, ce qui a notamment fait défaut en 2002, campagne catastrophique en Corée du Sud et au Japon, marquée par la blessure de Zinedine Zidane en préparation : "Il s'était blessé dans un match amical en Corée, donc il avait déjà fait le voyage. Et c'était Zidane. L'équipe de France était championne du monde en titre, championne d'Europe en titre, donc c'était compliqué de ne pas tout faire pour garder Zidane. On savait qu'il allait être absent 15 jours ou trois semaines. Pour l'équipe de France, ça ne devait être que la moitié de la compétition. On ne pouvait pas deviner que ça allait être toute la compétition et qu'il reviendrait trop tard."

Le résultat est connu. Trois petits matchs et c'est tout pour des Bleus balayés par le Sénégal en ouverture, muets face à l'Uruguay et qui n'ont pas pu rivaliser avec le Danemark, malgré le retour, précipité, de leur numéro 10 sur le dernier match. Et un sélectionneur qui s'est retrouvé fragilisé par la situation : "Je me souviens avoir vu Roger Lemerre, le sélectionneur de l'époque, peu après. Il m'avait dit que les remplaçants étaient venus le voir et lui avaient dit 'Il n'y en a que pour Zidane. Et nous, on est des cons ?'"

Dans son livre, Vincent Duluc évoque l'importance des coiffeurs dans un groupe et de l'équilibre à préserver avec les leaders. Justement, quels seront les leaders de l'équipe de France en Russie cet été ? "J'ai peur que le joueur dominant soit toujours Didier Deschamps", explique Vincent Duluc, pour qui "les vrais leaders de groupe sont plutôt des gens discrets, comme Hugo Lloris, Laurent Koscielny, Blaise Matuidi ou Raphaël Varane. Il n'y a pas un leader émergent, en tout cas."

Écoutez l'interview de Vincent Duluc, invité du Grand Matin Sud Radio, présenté par Patrick Roger et Sophie Gaillard