Vendée Globe: Le "skipper-sauveteur", une histoire de bons marins

Jean Le Cam a troqué mardi sa combinaison de participant du Vendée Globe pour celle de sauveteur de Kevin Escoffier: la solidarité entre marins est un principe cardinal de la voile et les sauvetages ont contribué à la légende de cette course en solitaire.

Loic VENANCE - AFP/Archives

Jean Le Cam a troqué mardi sa combinaison de participant du Vendée Globe pour celle de sauveteur de Kevin Escoffier: la solidarité entre marins est un principe cardinal de la voile et les sauvetages ont contribué à la légende de cette course en solitaire.

Ces actes de bravoure ne sont pas inscrits dans le règlement, il appartient à la direction de course de demander à un ou plusieurs concurrents de se dérouter pour porter assistance à un navigateur en détresse.

Le directeur du Vendée Globe, Jacques Caraës, pose le 7 novembre 2020 aux Sables-d'Olonne, à la veille du départ de la course autour de monde seul et sans escales

Le directeur du Vendée Globe, Jacques Caraës, pose le 7 novembre 2020 aux Sables-d'Olonne, à la veille du départ de la course autour de monde seul et sans escales

Loic VENANCE - AFP/Archives

"Ca fait partie de la course, c'est la logique maritime de porter assistance à une personne en danger, ce sont les valeurs des marins", rappelle à l'AFP le directeur de course, Jacques Caraës, qui précise que "laisser sa course en suspens ce n'est pas dire 'abandonner sa course'".

Une fois que le marin en difficultés est en sécurité à bord du bateau de son sauveur, tout est fait pour que le skipper sauveteur reprenne le cours de sa course. Et tous les navigateurs ayant été déroutés pour porter assistance bénéficient de bonifications en temps une fois leur circumnavigation accomplie.

Le PC Course peut aussi choisir de faire appel à un cargo pour venir au secours, mais ils sont loin, qui plus est dans les mers du sud, réputées désertiques. Et comme le souligne l'ancienne membre du comité de course, Sylvie Viant, "c'est hyper dangereux de monter sur un cargo".

"On se souvient de Bernard Stamm et de son équipier qui rentraient en convoyage du Brésil en 2013. Le bateau était cassé, il y a d'abord eu un hélico, puis c'est un cargo qui est venu, ça a été dantesque, ils ont failli se faire écraser par le cargo. On s'adresse à des marins qui savent faire", raconte-t-elle.

- Peyron sauve Poupon -

Le monocoque de Philippe Poupon, "Fleury Michon X", est couché sur le flanc dans les 40es Rugissants, le 29 décembre 1989, lors de la 1ère édition du Vendée Globe

PHILIP LITTLETON - AFP/Archives

Effectivement ces sauvetages sont épiques. Le tout premier s'est produit le 29 décembre 1989 lors de la première édition. Abattu par une déferlante, le monocoque de Philippe Poupon (Fleury-Michon X) se couche sur le flanc dans les 40e Rugissants. Loïck Peyron (Lada Poch III) se déroute. L'espace de deux heures, Peyron a remorqué, en vain, son rival et ami, avant de lui demander de se séparer de son mât d'artimon. Une fois fait, le bateau de Poupon s'est relevé d'un seul coup. Peyron est parvenu à redresser le bateau tout en filmant la scène.

Le navigateur français Raphaël Dinelli est secouru par le skipper britannique Pete Goss, après son naufrage, le 27 novembre 1996 à quelque 2200 km au sud-ouest de Perth (Australie)

Le navigateur français Raphaël Dinelli est secouru par le skipper britannique Pete Goss, après son naufrage, le 27 novembre 1996 à quelque 2200 km au sud-ouest de Perth (Australie)

- - AFP/Archives

Le 25 décembre 1996, Raphaël Dinelli (Algimouss), 28 ans, se retourne au sud de l'Australie. Pendant plus de 36 heures, il s'accroche à son bateau en train de couler, dans une eau glacée. Trempé, en hypothermie, il est récupéré par le Britannique Pete Goss. Le médecin de la course demande à Goss de prendre Dinelli avec lui dans son sac de couchage et de le réchauffer corps à corps pendant une douzaine d'heures.

- De sauvé à sauveur -

Le navigateur français Yann Elies, est transporté en ambulance après avoir été secouru par la marine australienne, le 29 décembre 2008 au large de Perth, suite à son naufrage à bord de son monocoque "Generali"

GREG WOOD - AFP/Archives

Le 18 décembre 2008, Yann Eliès (Générali) est éjecté de son bateau au sud de l'Australie, il se casse le fémur, mais réussit néanmoins à remonter à bord. Il réussit à ramper jusqu'au cockpit de son bateau, avant de s'allonger sur sa couchette. Incapable de bouger, il souffre le martyre pendant 36 heures, à 1.500 km de la première côte habitée, avant d'être rejoint par Marc Guillemot (Safran). Le skipper tourne autour du bateau de Eliès pendant des heures pour lui soutenir le moral avant que la marine australienne arrive.

Le mononocque "VM Matériaux" du navigateur français Jean Le Cam est retrouvé, retourné quille en l'air, le 6 janvier 2009, après son naufrage lors de la course du Vendée Globe

- CHILEAN NAVY/AFP/Archives

Quelques jours plus tard, dans la nuit du 5 au 6 janvier 2009, Jean Le Cam (VM Matériaux) fait naufrage dans le Pacifique, au large du Cap Horn. Le Cam est enfermé sous son bateau retourné, mât dans l'eau et quille à l'air, amputée de son bulbe. Vincent Riou (PRB) arrive sur place et récupère Le Cam, dix-neuf heures après le chavirage, lors d'une opération de sauvetage mouvementée, provoquant une grosse avarie sur PRB. Le 7 janvier, PRB démâte. Il est remorqué par un navire de la marine chilienne jusqu'à Puerto Williams (Chili).

L'histoire s'inverse onze plus tard pour le Cam (Yes We Cam!), qui passe de sauvé à sauveteur.

Dans la nuit de lundi à mardi, il est allé récupérer dans une mer agitée Kevin Escoffier (PRB), en détresse dans un radeau de survie au large du Cap de Bonne-Espérance après que son bateau se fut coupé en deux.

Par Sabine COLPART / En mer (AFP) / © 2020 AFP