Tour de France: Wout van Aert, le grand écart

Sprinteur, rouleur et grimpeur, le Belge Wout van Aert réalise un Tour de France étourdissant. L'arme N.1 de Jumbo, capable de s'imposer sur des arrivées massives comme d'éliminer les concurrents de son leader Primoz Roglic, brouille les repères du cyclisme.

KENZO TRIBOUILLARD - AFP/Archives

Sprinteur, rouleur et grimpeur, le Belge Wout van Aert réalise un Tour de France étourdissant. L'arme N.1 de Jumbo, capable de s'imposer sur des arrivées massives comme d'éliminer les concurrents de son leader Primoz Roglic, brouille les repères du cyclisme.

Finisseur battant Caleb Ewan et Sam Bennett dans un sprint massif à Privas un jour; équipier de luxe du maillot jaune en montagne signant le podium d'une étape de près de 5.000 mètres de dénivelé positif à La Roche-sur-Foron un autre jour: Wout van Aert paraît concilier l'inconciliable à vélo.

"Il gagne des chronos, des sprint massifs et on l'a vu très fort en montagne pour épauler son leader", énumère Julian Alaphilippe, qui ne s'estime "pas au niveau cette année" du Belge de 26 ans.

Sa puissance pour s'imposer au sprint, le grand public la connaît déjà depuis son succès à Albi sur le Tour 2019. Quand le triple champion du monde de cyclo-cross s'était imposé devant l'Italien Elia Viviani, à son meilleur niveau, et la fusée australienne Caleb Ewan.

La nouveauté ? Son énorme progression quand la route s'élève franchement. L'an dernier, après avoir enfilé le maillot de meilleur jeune à l'issue du contre-la-montre par équipe (2e étape), le Belge affichait ses propres limites sur les longues pentes: "Jusqu'ici, je me sens bien, mais je pèse 78 kg alors je ne serai pas capable de garder ce maillot blanc dans la montagne. Mais j'espère que le rêve ne va pas s'arrêter trop vite."

- 20e du classement général -

(g à d) L'Espagnol Marc Soler, le Belge Wout van Aert et l'Espagnol Luis Leon Sanchez lors de la 18e étape du Tour de France, entre Méribel et La Roche-sur-Foron, le 17 septembre 2020

(g à d) L'Espagnol Marc Soler, le Belge Wout van Aert et l'Espagnol Luis Leon Sanchez lors de la 18e étape du Tour de France, entre Méribel et La Roche-sur-Foron, le 17 septembre 2020

KENZO TRIBOUILLARD - AFP

Jeudi, lors de la dernière étape alpestre, il a devancé de plus de deux minutes et demie des leaders comme Adam Yates, Guillaume Martin ou encore Rigoberto Uran. Au point de s'installer à la 20e place du classement général -- toutefois à plus d'une heure du top 10. De quoi étonner les suiveurs sur les réseaux sociaux comme certains coureurs.

"C'est le premier dans cette catégorie de poids à grimper aussi bien", note auprès de l'AFP l'Allemand Maximilian Schachmann qui sera un de ses rivaux au prochain championnat du monde à Imola (Italie).

Parmi les coursiers de plus de 75 kg aussi à l'aise dans les cols viennent à l'esprit Fabian Cancellara ou Miguel Indurain.

Plus récemment, le champion olympique Greg Van Avermaet, 74 kg sur la balance actuellement selon son équipe CCC, s'est imposé au Lioran, dans le Cantal, sur le Tour 2016 à l'issue d'un parcours comprenant notamment le col de Neronne et le Pas de Peyrol gravis cette année lors de l'étape du Puy Mary, rappelle le directeur de la performance d'AG2R Jean-Baptiste Quiclet.

"(Greg van Avermaet) est un peu plus léger, mais il a aussi remporté la course en ligne des Jeux olympiques la même année sur un parcours avec un dénivelé positif de l'ordre de 3.000 mètres", détaille-t-il.

- "Pas d'autres exemples" -

Le Belge Wout van Aert vainqueur de la 7e étape du Tour de France, entre Millau et Lavaur, le 4 septembre 2020

Le Belge Wout van Aert vainqueur de la 7e étape du Tour de France, entre Millau et Lavaur, le 4 septembre 2020

BENOIT TESSIER - POOL/AFP/Archives

Mais c'étaient deux coups d'éclat d'une journée, une situation différente de trois semaines de soutien à un leader. "Je n'ai pas d'autres exemples", lâche Jean-Baptiste Quiclet.

"Son passage par le cyclo-cross a dû lui permettre de développer sa VO2 max ou des capacités anaérobie, ébauche-t-il. Des capacités qu'il a ensuite dû transférer sur la route".

De là à gagner un Tour de France? "Malgré tout, je ne pense pas", tranchait Guillaume Martin en début de semaine.

Même Patrick Lefevere, le patron de l'équipe Deceuninck, qui se trompe rarement dans le choix d'un coureur, n'imaginait pas une telle progression chez son compatriote.

Il avait préféré ne pas le recruter en raison de la situation contractuelle incertaine de l'espoir belge vis-à-vis de son ancienne équipe.

"Je n'ai jamais pensé que Wout deviendrait aussi bon qu'il l'est maintenant, a malgré tout reconnu Lefevere dans le quotidien belge Het Nieuwsblad. Quiconque prétend le contraire peut obtenir un diplôme de conférencier".

Par Clément VARANGES / Champagnole (France) (AFP) / © 2020 AFP