Tennis: Roland-Garros en équilibriste face au Covid-19

Face à l'irruption du Covid-19 en début d'année, Roland-Garros s'est d'abord repositionné illico presto. Mais quatre mois après son habituelle programmation au printemps, son édition 2020 automnale, qui s'ouvre dimanche, continue de s'écrire au rythme du nouveau coronavirus.

Philippe LOPEZ - AFP/Archives

Face à l'irruption du Covid-19 en début d'année, Roland-Garros s'est d'abord repositionné illico presto. Mais quatre mois après son habituelle programmation au printemps, son édition 2020 automnale, qui s'ouvre dimanche, continue de s'écrire au rythme du nouveau coronavirus.

. Report presto

"Excusez-moi ???", tweete l'ex-N.1 mondiale Naomi Osaka à l'annonce, mi-mars, du report surprise de Roland-Garros de la fin du printemps au début de l'automne par la Fédération française de tennis (FFT). Un étonnement majeur, exprimé en français dans le texte par la joueuse japonaise, qui traduit bien le sentiment général du moment.

S'il affirme avoir "échangé avec" l'ATP, la WTA et la Fédération internationale "avant la prise de décision" et "informé" les trois autres tournois du Grand Chelem, le président de la FFT Bernard Giudicelli assume un choix unilatéral: "c'est vrai que c'est une décision qui nous appartient au final", reconnaît-il alors.

"L'option qui nous semblait complètement inenvisageable, c'était de supprimer Roland-Garros du calendrier. C'est juste impensable", défend-il.

Et tant pis si cette décision a valu au Grand Chelem parisien de s'attirer les foudres de l'ensemble des autres instances gouvernantes du tennis, qui, à l'unisson, ont vivement déploré qu'elle ait été prise sans concertation adéquate.

. Jauge decrescendo

L'optimisme du début de l'été a laissé place au réalisme de la rentrée, marquée par la recrudescence de la pandémie en Europe.

D'un maximum de 20.000 spectateurs quotidiens qu'il ambitionnait d'accueillir début juillet, soit "de 50 à 60% de sa jauge habituelle" maximale, voilà Roland-Garros tombé, à ce stade, à 5.000 par jour, la limite fixée par le gouvernement dans les départements où la circulation virale est forte.

A deux reprises depuis début septembre, la dégradation de la situation sanitaire dans le pays et la menace d'une deuxième vague ont rattrapé le tournoi.

Le court central de Roland-Garros Philippe Chatrier, désormais entièrement couvert, le 27 mai 2020, s'apprête à recevoir le Grand Chelem sur terre battue

Le court central de Roland-Garros Philippe Chatrier, désormais entièrement couvert, le 27 mai 2020, s'apprête à recevoir le Grand Chelem sur terre battue

FRANCK FIFE - AFP/Archives

Dans un premier temps, a été validé par les autorités sanitaires le découpage de son stade de 12 hectares et 1 km de long en trois secteurs "hermétiques, indépendants et autonomes", organisés autour de ses trois courts principaux. Mais cette option, qui lui permettait de recevoir jusqu'à 11.500 spectateurs quotidiens, 5.000 sur le Philippe-Chatrier, autant sur le Suzanne-Lenglen et 1.500 sur le Simonne-Mathieu, dans le jardin des serres d'Auteuil, n'a pas résisté.

A dix jours de son lancement, Roland-Garros n'a pas eu d'autre choix que de resserrer encore les boulons: il n'y aura que 5.000 spectateurs dans ses tribunes, au mieux. Un nouvel abaissement de la jauge ne semblant pas exclu, à entendre les autorités sanitaires.

"Nous étudions de nouvelles mesures, forcément plus contraignantes, en fonction de l'évolution de la situation dans les prochains jours", parmi lesquelles la "limitation du nombre de participants aux grands événements sportifs", déclarait le directeur de l'Agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France Aurélien Rousseau dans le Journal du Dimanche.

Les qualifications, qui ont débuté lundi, se disputent elles à huis clos.

. Protocole sanitaire fortissimo

Si l'organisation se garde bien de décrire son protocole sanitaire comme une bulle étanche, les mesures restrictives sont considérables pour joueuses et joueurs comme pour leur entourage, réduit en l'occurrence.

Il y a d'abord le couperet répété des tests PCR, les deux premiers en l'espace de 48h à l'arrivée à Paris, les suivants tous les quatre ou cinq jours suivant la programmation des matches, explique le responsable du département médical de la FFT Bernard Montalvan.

Il y a aussi l'obligation stricte de loger dans un des deux hôtels qui leur sont réservés en quasi-exclusivité. Plus celle de ne pas en sortir, au risque de se voir retirer son accréditation, sauf pour se rendre au stade - uniquement ses jours de match - et à l'entraînement, ou pour impératif médical. "Mais même pour ça, ce sera très cadré, avec une voiture dédiée et un rendez-vous fixé", souligne Bernard Montalvan.

Selon l'entraîneur Sven Groeneveld, qui accompagne le Japonais Taro Daniel, il est demandé aux coaches de porter le masque même à l'entraînement depuis ce mardi matin.

Pas question donc de balade le nez au vent dans la capitale. "Dimanche, un joueur était bloqué dans un encombrement à 500 mètres de l'hôtel à cause du Tour de France après son entraînement", raconte le médecin. "Il a appelé pour savoir s'il pouvait descendre" et rentrer à pied, "on lui a répondu non".

Par Elodie SOINARD / Paris (AFP) / © 2020 AFP