Roland-Garros: coup d'arrêt ou coup de grâce pour Nadal ?

Renversé par Novak Djokovic au bout d'un combat titanesque en demi-finales, Rafael Nadal, 35 ans depuis peu, a vu s'envoler sa quête d'un 14e sacre à Roland-Garros et d'un 21e trophée record en Grand Chelem. N'est-ce que partie remise ?

Christophe ARCHAMBAULT - AFP

Renversé par Novak Djokovic au bout d'un combat titanesque en demi-finales, Rafael Nadal, 35 ans depuis peu, a vu s'envoler sa quête d'un 14e sacre à Roland-Garros et d'un 21e trophée record en Grand Chelem. N'est-ce que partie remise ?

"Rafa" à Roland-Garros, jusqu'à ce vendredi soir éruptif, tant sur le court qu'en tribunes, c'était 105 victoires pour seulement deux défaites depuis 2005. Plus aucun revers depuis six ans (sans compter son forfait avant le troisième tour en 2016) et treize titres en seize participations.

Alors forcément, le voir mordre la poussière sur le court qu'il a transformé en forteresse quasi imprenable depuis une quinzaine d'années fait naître des interrogations.

Y a-t-il péril en la demeure ? Faut-il y voir une perte de contrôle sur son royaume ?

Répondre par l'affirmative serait sans doute tirer des conclusions hâtives.

Car pour déboulonner Nadal, il a fallu un Djokovic d'exception et plus de quatre heures d'efforts d'une intensité folle.

"Jusque-là, c'est un des meilleurs matchs que j'ai jamais vus. Performance incroyable de Djokovic", admirait sur Twitter l'ex-N.1 mondial et vainqueur de l'US Open 2003 Andy Roddick en plein troisième set.

"Vous ne pouvez pas jouer de meilleur tennis sur terre battue. C'est parfait", saluait à son tour Andy Murray, triple lauréat en Grand Chelem et lui aussi ex-N.1 mondial.

- "Les années passent" -

L'Espagnol Rafael Nadal lors de sa demi-finale de Roland-Garros face au Serbe Novak Djokovic, le 11 juin 2021

L'Espagnol Rafael Nadal lors de sa demi-finale de Roland-Garros face au Serbe Novak Djokovic, le 11 juin 2021

Anne-Christine POUJOULAT - AFP

"C'est une de ces nuits et un de ces matchs dont on se souvient pour toujours. Le plus grand match que j'ai joué ici, et dans le top 3 de tous les matchs de ma carrière", résume Djokovic.

Aux yeux de Nadal toutefois, il ne s'agissait ni du meilleur "Rafa", ni du meilleur "Nole".

"Je sais que je peux mieux jouer sur ce court, sans aucun doute, affirme-t-il. Mais j'ai donné tout ce que j'avais physiquement et mentalement."

"Mon match n'a pas été du tout un désastre. Mais j'ai joué contre un des meilleurs joueurs de l'histoire", poursuit l'Espagnol, en regrettant que sa balle n'ait pas fait "assez mal".

Il ne faut pas oublier qu'avant ce match, Nadal était idéalement lancé vers un vertigineux 14e titre à Roland-Garros. Le Majorquin s'était hissé en quarts de finale sans perdre le moindre set. Et s'il avait connu un flottement suspect à ce stade face à Diego Schwartzman (10e), il s'était repris avec brio.

Pour autant, même sur sa terre adorée, même sur le court Philippe-Chatrier où il s'est bâti un palmarès extraordinaire, "Rafa" n'est pas éternel.

"Je sais que les années passent et que mes chances de gagner ici ne sont pas éternelles", reconnaît-il.

- "Ascension de l'Everest" -

L'Espagnol Rafael Nadal lors de sa demi-finale de Roland-Garros face au Serbe Novak Djokovic, le 11 juin 2021

L'Espagnol Rafael Nadal lors de sa demi-finale de Roland-Garros face au Serbe Novak Djokovic, le 11 juin 2021

MARTIN BUREAU - AFP

A 35 ans et dix jours, une place en finale de Roland-Garros aurait fait de lui le joueur le plus âgé de l'ère Open à y parvenir, devant un autre Espagnol, Andres Gimeno, vainqueur en 1972 à 34 ans et 306 jours.

Quand il a triomphé pour la treizième fois l'automne dernier, il en était devenu, déjà, le deuxième vainqueur le plus âgé.

Cette fois battu, Nadal ne s'avouait néanmoins pas abattu.

"C'était une occasion importante" mais "je ne suis pas du genre à faire des grandes célébrations quand je gagne, ni un drame quand je perds", explique-t-il.

"C'est une défaite importante, mais de là à dramatiser, il y a un monde. Je suis triste, bien sûr, j'ai perdu dans le tournoi le plus important de la saison pour moi, mais la vie continue", ajoute le Majorquin.

"Je reviendrai avec l'envie et le travail qu'il faut pour me donner une nouvelle chance", prévient-il.

Et on peut imaginer que le faire dérailler risque de demander encore un effort colossal.

Ce que Djokovic résume ainsi: "A chaque fois que vous entrez sur ce court à ses côtés, vous savez que c'est comme si vous alliez vous attaquer à l'ascension de l'Everest."

Par Elodie SOINARD / Paris (AFP) / © 2021 AFP