Real Madrid: Bale, un mariage raté et un goût d'inachevé

Arrivé au Real Madrid comme le joueur le plus cher de l'histoire et l'héritier de Cristiano Ronaldo en 2013, l'attaquant gallois Gareth Bale (31 ans) va retourner à Tottenham après sept années de déceptions, de rendez-vous manqués, et de trop rares coup d'éclats.

JAVIER SORIANO - AFP/Archives

Arrivé au Real Madrid comme le joueur le plus cher de l'histoire et l'héritier de Cristiano Ronaldo en 2013, l'attaquant gallois Gareth Bale (31 ans) va retourner à Tottenham après sept années de déceptions, de rendez-vous manqués, et de trop rares coup d'éclats.

Les supporters peuvent pousser un soupir de soulagement: avec ce prêt d'un an chez les Spurs le Real Madrid s'est enfin débarrassé d'un de ses plus hauts salaires (environ 30 M d'EUR par an), peu aimé des fans et qui ne justifiait pas sa valeur sur le terrain. La fin d'un long mariage sans amour.

"Le prix du transfert n'a rien à voir avec moi", s'était justifié par avance l'international gallois (83 sélections) en septembre 2013, alors que son transfert à 100 M d'EUR avait fait de lui le joueur le plus cher (et le plus attendu) du monde, dans le sillage de la légende merengue Cristiano Ronaldo.

Mais Bale a subi 33 blessures en sept saisons et a été absent 403 jours au total à cause de ses pépins physiques, soit plus d'une année. Ces convalescences à répétition ont contribué à créer autour du joueur un climat de scepticisme... qui n'a cessé de croître à mesure que les joueurs achetés encore plus cher que lui le surclassaient.

Hors des terrains, son espagnol balbutiant après sept années passées à Madrid, sa passion pour le golf ainsi que son manque d'implication ont été considérés par les supporters comme des signes de désintérêt.

"Je suis carrément plus excité à l'idée de jouer pour le Pays de Galles", avait même maladroitement affirmé l'ailier droit madrilène l'an dernier.

- Coups d'éclat -

L'attaquant gallois du Real Madrid, Gareth Bale (g), buteur lors de la finale de la Coupe du Roi contre le FC Barcelone, à Valence, le 16 avril 2014

L'attaquant gallois du Real Madrid, Gareth Bale (g), buteur lors de la finale de la Coupe du Roi contre le FC Barcelone, à Valence, le 16 avril 2014

Jose Jordan - AFP/Archives

Pourtant, Bale a marqué le plus beau but de toutes les finales de Coupe du Roi, en 2014, avec cette chevauchée folle débutée sur la ligne médiane, dérivée par-delà la ligne de touche pour déposer Marc Bartra à la course, et terminée d'un pointu du pied gauche dans les filets de Pinto pour battre le FC Barcelone (2-1).

Et il est également l'auteur d'un des plus beaux buts d'une finale de Ligue des champions, en 2018 contre Liverpool, en reprenant le centre de Marcelo d'un superbe retourné acrobatique... peut-être plus magnifique encore que la reprise du gauche de Zinédine Zidane, 16 ans plus tôt contre le Bayer Leverkusen.

Il y a eu aussi cette tête cruciale contre l'Atlético Madrid en prolongation lors de la finale de C1 2014, la volée chez le Borussia Dortmund (2017), ce ballon piqué contre Schalke 04 (2014) et cette course folle débutée devant sa propre surface de réparation et terminée dans les cages du Rayo Vallecano (2014).

Mais tous ces moments d'éclat n'ont pas suffi à redorer l'image d'un footballeur certes très talentueux, mais trop irrégulier et trop clivant pour la très policée Maison blanche, qui a eu du mal à l'apprécier.

- L'égide Zidane, fissurée -

Et quand la figure du club Cristiano Ronaldo est parti pour la Juventus de Turin en 2018, il était déjà trop tard: Bale était un trentenaire qui n'avait plus les jambes de sa jeunesse, et son déclin n'a fait que s'aggraver sous l'ère Zidane.

L'entraîneur français du Real Madrid, Zinédine Zidane, regarde son attaquant gallois, Gareth Bale, lors du match de Liga contre le Real Valladolid, à Madrid, le 24 août 2019

L'entraîneur français du Real Madrid, Zinédine Zidane, regarde son attaquant gallois, Gareth Bale, lors du match de Liga contre le Real Valladolid, à Madrid, le 24 août 2019

GABRIEL BOUYS - AFP/Archives

Le technicien français a (jusqu'à récemment) toujours laissé sa chance au Gallois lors des grandes rencontres, et l'a toujours protégé devant la presse.

L'an dernier, quand Bale est retourné à Londres pour discuter avec son agent, Zidane a précisé qu'il lui avait donné sa permission. Quand Bale, avec la sélection galloise, a fanfaronné derrière une banderole affichant "Galles. Golf. Madrid. Dans cet ordre", Zidane l'a considéré comme une plaisanterie. Quand Bale a fait semblant de s'endormir dans les gradins, Zidane a convaincu le club de ne pas le sanctionner d'une amende.

Mais, résigné, Zizou a fini par le laisser sur le banc. Et s'en est très bien sorti sans lui, avec une Liga remportée en juillet.

Le 16 juillet, quand ses coéquipiers lançaient Zidane dans les airs de bonheur, Bale regardait la scène les bras en croix, un peu plus loin, sa médaille autour du cou. C'est sa dernière apparition comme joueur du Real Madrid. Une longue relation ponctuée de moments inoubliables, mais surtout de regrets latents.

AFP / Londres (AFP) / © 2020 AFP