Open d'Australie: Gulbis, ce drôle d'oiseau qui renaît de ses cendres

Jet privé, grande gueule, arrestation, prostituées et alcool, mais un tennis qui l'a porté à la 10e place mondiale. Ces temps sont révolus: c'est un Ernests Gulbis assagi mais 256e à l'ATP que Gaël Monfils affrontera au 3e tour de l'Open d'Australie samedi.

DAVID GRAY - AFP

Jet privé, grande gueule, arrestation, prostituées et alcool, mais un tennis qui l'a porté à la 10e place mondiale. Ces temps sont révolus: c'est un Ernests Gulbis assagi mais 256e à l'ATP que Gaël Monfils affrontera au 3e tour de l'Open d'Australie samedi.

"Je ne retournerai jamais en Suède: si vous sortez pour rencontrer des filles, ils vous mettent immédiatement en prison !", avait-il commenté après une nuit au poste de police à Stockholm pour sollicitation de prostituées en 2009.

"Si je commence à boire, je vais boire jusqu'au petit matin. Je ne peux pas aller en boîte et juste m'enfiler quatre bières. Si je sors, je sors vraiment toute la nuit !", avait-il également lancé à des journalistes.

Issu d'une famille riche et doté d'un très grand talent tennistique, il avait atteint les quarts de finale de Roland-Garros en 2008 à 19 ans. Mais il avait traversé un premier trou d'air en 2012 avant de revenir encore plus fort en 2014: demi-finale à Roland-Garros et Top 10 mondial.

En 2018, contrairement à ce qu'il avait annoncé, il retourne à Stockholm où il atteint la finale mais s'incline devant Stefanos Tsitsipas.

Ernests Gulbis face à Aljaz Bedene peu avant sa victoire à l'Open d'Australie à Melbourne, le 23 janvier 2020

Ernests Gulbis face à Aljaz Bedene peu avant sa victoire à l'Open d'Australie à Melbourne, le 23 janvier 2020

DAVID GRAY - AFP

De nouveau, la suite est une longue descente au-delà de la 250e place mondiale, les matchs sur le circuit Challenger, la deuxième division du tennis professionnel, les qualifications des tournois ATP 250.

Alors à Melbourne, où il est passé par les qualifications avant d'éliminer un prometteur joueur de la jeune génération, le Canadien Felix Auger-Aliassime (22e mondial) puis, jeudi, le Slovène Aljaz Bedene (55e), Gulbis savoure à 31 ans les fastes réservés à l'élite.

- "Je ne devrais pas dire ça" -

"Les Challengers ne sont pas au niveau, à commencer par les juges de ligne... lâche-t-il d'une voix lancinante. Je ne devrais pas dire ça, mais vous savez, avec l'âge..."

Et même s'il est marié et père de famille, dans ce dernier bout de phrase pointe l'énergumène qu'il a été, lui qui s'est rendu en jet privé au Challenger d'Aix-en-Provence en 2018.

En septembre dernier, c'est dans un van plein de gens qu'il ne connaissait pas qu'il a effectué le trajet de Paris à Orléans pour y participer au Challenger.

Gaël Monfils vainqueur du Croate Ivo Karlovic au 2e tour de l'Open d'Australie, à Melbourne, le 23 janvier 2020

Gaël Monfils vainqueur du Croate Ivo Karlovic au 2e tour de l'Open d'Australie, à Melbourne, le 23 janvier 2020

William WEST - AFP

"On a récupéré sept autres personnes qui n'étaient pas du tout des joueurs. C'étaient juste des gens qui avaient commandé un taxi. Si j'avais su, j'aurais pris le train ou loué une voiture (...) A 18 ans, ça m'aurait peut-être un peu plus amusé, mais là, j'ai une famille et je préfère passer du temps avec eux plutôt que de rouler des heures dans un taxi rempli de gens que je ne connais pas", a-t-il raconté après sa victoire contre Auger-Aliassime.

Désormais, à 31 ans, il veut de nouveau retrouver un classement plus digne de son talent.

"Je veux revenir le plus vite possible dans le Top 100, alors chaque point ATP que je marque est important", a-t-il expliqué.

- "Moments furtifs" -

Monfils, lui, assure que l'homme a changé.

"Plus jeune, il a eu des moments un peu plus furtifs... (sourire entendu), mais c'est un gars super, vraiment gentil. Il a pris de la maturité sur plein de choses", assure le Français.

Ernests Gulbis salue Novak Djokovic après s'être incliné devant lui en demi-finale de Roland-Garros, le 6 juin 2014

Ernests Gulbis salue Novak Djokovic après s'être incliné devant lui en demi-finale de Roland-Garros, le 6 juin 2014

MIGUEL MEDINA - AFP/Archives

"Il a une bonne image dans le vestiaire, tout le monde le trouve sympa. On se marre avec lui, il est apprécié", poursuit Monfils, pas tout à fait rassuré à l'idée de l'affronter à Melbourne, alors qu'il l'a battu lors de leurs deux affrontements sur le circuit principal.

"Il aime bien les Grands Chelems. C'est quelqu'un qui aime les grands matchs: il a fait une demie à Roland, il a été dans le Top 10. Il a battu les plus forts, il sait les gérer...", analyse Monfils.

Aujourd'hui, c'est lui le N.10 mondial. Mais il se souvient de ce quart de finale contre Gulbis au Challenger de Kaohsiung à Taiwan en septembre 2018. "Je n'avais pas rigolé. J'avais gagné, mais ça avait été très accroché", relève-t-il.

Gulbis, lui, se délecte. A un journaliste qui commence sa question par "vous avez dit", il coupe la parole: "Oh j'ai dit tellement de choses, j'essaie de me taire maintenant..."

Par Igor GEDILAGHINE / Melbourne (AFP) / © 2020 AFP