MotoGP: l'Espagne, où l'ado Quartararo a tenté le diable

Le premier Français à remporter le titre de champion du monde en MotoGP doit beaucoup à l'Espagne: c'est là que Fabio Quartararo s'est exilé très jeune, s'y forgeant un destin et un surnom: "El Diablo".

Lionel BONAVENTURE - AFP/Archives

Le premier Français à remporter le titre de champion du monde en MotoGP doit beaucoup à l'Espagne: c'est là que Fabio Quartararo s'est exilé très jeune, s'y forgeant un destin et un surnom: "El Diablo".

"Quand on a entre 13 et 16 ans, c'est là qu'on s'amuse le plus. Moi, c'est là que j'ai pris le plus de maturité."

A l'adolescence, Quartararo savait déjà ce qu'il voulait: être champion du monde. Comme en France, il aurait survolé ses catégories d'âge, il est parti en Espagne, où les championnats junior sont bien plus relevés. Il les a survolées tout de même.

C'est en fait dès 7 ans qu'il va, certains week-ends, en pèlerinage dans cette Mecque de la vitesse moto. De chez lui à Nice, où il est né le 20 avril 1999, son père, ancien champion de France en 125 cm3, le conduit en camion.

Le pilote français Fabio Quartararo, au guidon de sa Honda, lors des essais libres de Moto3 du Grand Prix d'Argentine, le 17 avril 2015 sur le circuit de Termas de Rio Hondo à Santiago del Esterovainqueur de la course du championnat d'Espagne Moto 3 (CEV), programmée au Mans, le 17 mai 2014

Le pilote français Fabio Quartararo, au guidon de sa Honda, lors des essais libres de Moto3 du Grand Prix d'Argentine, le 17 avril 2015 sur le circuit de Termas de Rio Hondo à Santiago del Esterovainqueur de la course du championnat d'Espagne Moto 3 (CEV), programmée au Mans, le 17 mai 2014

JUAN MABROMATA - AFP/Archives

"C'était minimum 1200 km aller-retour", expliquait Quartararo à l'AFP en février, dans sa maison en Andorre. "Ce sont les meilleurs souvenirs, c'était de l'amusement, on ne pensait à rien d'autre. J'allais jouer avec mes copains, quand c'était l'heure de faire de la moto, je faisais de la moto. Il n'y avait aucun stress, c'était un amusement pur."

- "Ça a changé ma vie" -

Puis, à 13 ans, fini l'amusement. Fabio quitte le foyer familial et s'installe chez son manager d'alors, à Alfaz del Pi, sur la Costa Blanca, près d'Alicante (sud-est). "Maison, entraînement, cours particuliers, entraînement, maison, tous les jours. C'était difficile, c'était un travail. Ca a changé ma vie."

Nous sommes en 2013. Juan Borja, entraîneur de Wild Wolf Racing en Championnat d'Espagne de vitesse (CEV), a trouvé en l'adolescent français le pilote qu'il cherchait. "Fabio était le meilleur", expliquait l'Espagnol à l'AFP en début d'année. "Il se rendait les choses faciles, tout paraissait facile et ça faisait la différence".

"C'était un garçon normal, une très bonne personne, à l'image de sa famille. Il aimait surtout l'entraînement. Plus il montait sur une moto, plus il était heureux. Il pensait toujours moto, moto, moto."

Fabio poursuit son idée fixe dans le très compétitif CEV. Il se rappelle: "On était plus de cinquante sur la grille, certains ne pouvaient pas être qualifiés, ça m'a appris tellement de choses. Quand on a 13, 14 ans, qu'il y a des personnes de 16, 18 voire 20, 21 ans, et que l'on sait que c'est le championnat le plus relevé au monde, on se dit +je vais essayer de faire de mon mieux+."

Le pilote français de l'écurie Honda, Fabio Quartararo, vainqueur de la course du championnat d'Espagne Moto 3 (CEV), programmée au Mans, le 17 mai 2014

Le pilote français de l'écurie Honda, Fabio Quartararo, vainqueur de la course du championnat d'Espagne Moto 3 (CEV), programmée au Mans, le 17 mai 2014

JEAN-FRANCOIS MONIER - AFP/Archives

Il se rend compte que "son mieux" est LE mieux : "dès la première course sous la pluie, je fais deuxième, je suis premier du championnat après deux courses. Donc, rapidement, je me dis +je suis là pour gagner+, et j'ai gagné la première année (avec Wild Wolf, NDLR), puis la 2e (avec une autre équipe). Extraordinaire".

- A l'origine d'"El Diablo" -

Borja explique: "n'importe quel pilote qui vient ici et gagne va ensuite en Championnat du monde pour jouer les premiers rôles".

Le pilote français de l'écurie Speed Up, Fabio Quartararo, vainqueur de la course de Moto2 du Grand Prix de Catalogne, le 17 juin 2018 sur le circuit de Montmelo

Le pilote français de l'écurie Speed Up, Fabio Quartararo, vainqueur de la course de Moto2 du Grand Prix de Catalogne, le 17 juin 2018 sur le circuit de Montmelo

Josep LAGO - AFP/Archives

C'est ce que fait Quartararo en Moto3 (2015, 2016), en Moto2 (2017, 2018), puis en MotoGP à partir de 2019, pour enfin briller au niveau mondial. A 22 ans, pour sa troisième saison dans l'élite, le Niçois savait qu'il pouvait viser le Graal, étant promu dans l'écurie officielle Yamaha.

"Bien sûr qu'il peut le faire s'il a la moto qui lui convient et si Yamaha travaille pour qu'il ait tout ce dont il a besoin", estimait alors Borja.

Car "l'unique défaut que je peux lui trouver, c'est quand il n'avait pas la moto qu'il désirait, il s'énervait beaucoup, peut-être trop. C'était un enfant, il voulait toujours le mieux et parfois ce n'était pas possible".

Le pilote français de l'écurie Petronas Yamaha SRT, Fabio Quartararo, lors des qualifications du Grand Prix de France de MotoGP, le 10 octobre 2020 sur le circuit du Mans

Le pilote français de l'écurie Petronas Yamaha SRT, Fabio Quartararo, lors des qualifications du Grand Prix de France de MotoGP, le 10 octobre 2020 sur le circuit du Mans

JEAN-FRANCOIS MONIER - AFP/Archives

En Espagne, Quartararo a développé son niveau, façonné son caractère et aussi trouvé son surnom "El Diablo", référence au diable dessiné sur son casque d'enfant, réplique de celui de l'ancien pilote italien Roberto Locatelli.

En 2020, en Espagne toujours, il a remporté ses trois premières victoires en MotoGP. Mais, sans réussir à gagner ailleurs, il n'a pas fait mieux qu'une 8e place mondiale finale.

En 2021, "l'Espagnol" Quartararo a pris son envol, gagnant cinq Grands Prix hors d'Espagne... et aucun sur les terres de ses premiers exploits. Avant, pour finir l'année en beauté, un succès à Valence le 14 novembre ?

Par Olivier LEVRAULT / La Massana (Andorre) (AFP) / © 2021 AFP