Les haltérophiles chinois sous le poids des préjugés

Ils ne soulèvent pas seulement des barres de 50 ou 100 kilos... Même si leur pays fait des étincelles dans la discipline olympique, les haltérophiles chinois luttent aussi contre un préjugé bien ancré selon lequel leur sport rendrait petit et difforme.

STR - AFP/Archives

Ils ne soulèvent pas seulement des barres de 50 ou 100 kilos... Même si leur pays fait des étincelles dans la discipline olympique, les haltérophiles chinois luttent aussi contre un préjugé bien ancré selon lequel leur sport rendrait petit et difforme.

"On voit à la télévision des athlètes avec des grosses fesses, des grosses cuisses et le visage tout rouge en train de soulever des haltères aux Jeux olympiques", explique Gabriella Qu, qui tient une salle de sport en sous-sol à Shanghai.

"C'est là que les gens se disent: c'est pas très beau, c'est pas l'image que j'ai envie de donner de moi", ajoute la sportive trentenaire, dont le club répond au nom délicat de "Vénus haltérophilie".

En particulier, le sport ne se marie guère avec l'image de grâce et de fragilité attendue traditionnellement des Chinoises.

Xu Weiya, 28 ans, dit avoir entendu "beaucoup de commentaires" de ses parents après s'être lancée dans la discipline à l'instigation de son mari, lui-même haltérophile amateur.

- "Pas pour toi" -

"Ma mère me disait que les haltérophiles sont tous petits et costauds et que ce sport n'était pas pour moi", raconte-t-elle à l'AFP.

La photo d'une haltérophile chinoise grimaçant en plein effort aux JO a fait polémique sur les réseaux sociaux, l'ambassade de Chine au Sri Lanka accusant l'agence de presse occidentale à l'origine du cliché d'avoir délibérément voulu donner une mauvaise image des athlètes du pays.

La Chinoise Gabriella Qu (c), propriétaire de la salle de sports Venus Haltérophilie, le 31 juillet 2021 à Shanghai

La Chinoise Gabriella Qu (c), propriétaire de la salle de sports Venus Haltérophilie, le 31 juillet 2021 à Shanghai

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La photo en question avait pourtant été reprise sans sourciller par plusieurs médias chinois.

Gabriella Qu explique avoir ouvert sa salle de sport en 2015 précisément pour promouvoir l'haltérophilie, une activité qu'elle pratique et qu'elle enseigne.

En dépit de la moisson de médailles récoltées dans la discipline par la Chine aux Jeux de Tokyo, grâce à des athlètes qui suivent un entraînement intense dès l'enfance, ce sport est peu accessible au citoyen lambda.

Les amateurs rencontrés chez Gabriella n'en espèrent pas moins que la réussite chinoise sur la scène des JO rende le sport plus populaire dans le pays.

"Les haltères ne rendent ni petit ni gros. Elles ne font que vous donner une bonne santé", assure Xu Weiya, qui ne s'inquiète pas de savoir ce que les autres pensent d'elle.

"La beauté n'existe pas sous une seule forme", assure-t-elle.

Par Vivian LIN / Shanghai (AFP) / © 2021 AFP