Journal de bord du Vendée Globe: sortie du Pot au Noir, Pip Hare a "retrouvé la liberté"

"J'ai retrouvé ma liberté": empêtrée dans le terrible Pot au Noir, Pip Hare s'en est extirpée épuisée mais tellement heureuse d'enfin aller "quelque part", comme le livre la navigatrice à l'AFP dans le carnet de bord de son premier Vendée Globe.

Loic VENANCE - AFP/Archives

"J'ai retrouvé ma liberté": empêtrée dans le terrible Pot au Noir, Pip Hare s'en est extirpée épuisée mais tellement heureuse d'enfin aller "quelque part", comme le livre la navigatrice à l'AFP dans le carnet de bord de son premier Vendée Globe.

L'Anglaise de 46 ans, qui participe à son premier tour du monde en solitaire à bord d'un bateau construit il y a 20 ans (Medallia) pointe jeudi à la 23e place de la flotte, sur les 32 skippers encore en course.

"Fatiguée. Je suis tellement fatiguée. Ce serait facile de supposer que le Pot au Noir, une zone connue pour ses vents légers, donnerait à un navigateur solitaire comme moi un peu de répit et du temps pour se reposer, réparer des choses et se préparer pour la prochaine grosse tempête. Mais en réalité, c’est l’inverse. Sans beaucoup de brise remplissant les voiles, Medallia roule sur les vagues, et ça tape ou ça claque. Le mouvement est vacillant et inconfortable. Et il y a les nuages que vous scrutez en permanence. Ils apportent des vents violents mais qui viennent de directions aléatoires. Cela veut dire des changements de voile et des changements de cap. Ce qui veut dire des heures sur le pont à manipuler tout ce matériel très lourd. Et puis il y a la chaleur. Ca monte jusqu’à 39 degrés dans ma cabine. Tout ça cumulé mène à l’exténuation. Argh.

Mais c’était il y a quelques jours et maintenant je suis en train de passer l’équateur, dans les alizés sud-est. J’ai déjà traversé cette marque importante sept fois, mais le faire pour le Vendée Globe est spécial. Et le faire à la 20e place (23e) est génial. Quand on sait que Medallia est l’un des plus vieux et plus lents bateaux de la flotte, je suis vraiment ravie de notre performance. Ça méritait bien d'être fêté. Alors j’ai pris mon perroquet gonflable (tous les bateaux devraient en avoir un), mis quelques tubes de musique brésilienne et je me suis lancée dans une bonne vieille danse.

La navigatrice britannique Pip Hare à bord de son monocoque Medallia, le 23 octobre 2020 aux Sables d'Olonne, quelques jours avant le départ du Vendée Globe

La navigatrice britannique Pip Hare à bord de son monocoque Medallia, le 23 octobre 2020 aux Sables d'Olonne, quelques jours avant le départ du Vendée Globe

Loic VENANCE - AFP/Archives

Me libérer du Pot au Noir, c'était comme retrouver ma liberté. Pouvoir avancer, et gagner un peu de stabilité au final, c'était comme si on m'autorisait à nouveau à faire mon métier. Maintenant j'ai troqué ces conditions à se taper la tête contre les murs pour une vie pleine d’entrain, qui d'une certaine façon et en étant honnête sont difficiles mais au moins je vais quelque part.

Medallia gîte pleinement --elle est penchée entre 20 et 25 degrés-- ce qui rend chaque chose difficile. Imaginez que vous bougez toute votre maison à cet angle pour y vivre comme ça pendant 3 jours. Chaque tâche que vous accomplissez, que ce soit cuisiner, régler les voiles, marcher dans le bateau pour faire les checks quotidiens, vous luttez contre la gravité. Assise, il faut être bien calée, debout, vous êtes en permanence ballotée dans ce mouvement de gîte, avec les jambes et les genoux fléchis quand le bateau s'écrase sur les vagues. Chaque chose dont vous avez besoin doit être soit attachée à vous ou alors placée quelque part où elle ne peut pas tomber, tout ce qui aura échappé à votre attention ne restera pas là où vous l'avez laissé.

Depuis une semaine à peu près, je navigue dans un petit groupe avec trois autres skippers. Mais là, mon petit peloton de bateaux plus récents m’a dépassée et maintenant mon travail consiste à les coller le plus possible. C’est un travail incessant, qui demande une énorme quantité d’attention mais j’adore ce genre de défi à durée indéterminée.

Je vais m'y atteler pleinement pour les prochains jours, et si j'arrive à rester au contact, c'est qu'il y a des possibilités, et quand il y a des possibilités tout peut arriver."

Propos recueillis par Sabine COLPART

Par Sabine COLPART / En mer (AFP) / © 2020 AFP