JO de Tokyo: Samir Aït Saïd lesté de plomb pour accrocher l'or à ses anneaux

"Je me suis +pété+ avant de partir à Londres, je me suis +pété+ la jambe à Rio, j'irai chercher cette médaille olympique!": malgré les déconvenues et blessures, le gymnaste Samir Aït Saïd, spécialiste des anneaux, rêve toujours d'or olympique et, chaque jour, se hisse en l'air lesté de plomb.

Valery HACHE - AFP

"Je me suis +pété+ avant de partir à Londres, je me suis +pété+ la jambe à Rio, j'irai chercher cette médaille olympique!": malgré les déconvenues et blessures, le gymnaste Samir Aït Saïd, spécialiste des anneaux, rêve toujours d'or olympique et, chaque jour, se hisse en l'air lesté de plomb.

Il y a cinq ans, aux JO de Rio, son espoir olympique s'est fracassé en même temps que son tibia péroné à la réception d'un saut. Un an et quelques mois plus tard, il reprenait la compétition.

L'homme a du ressort. "Résilient" et "tenace", dit de lui son entraîneur depuis 2015, Rodolphe Bouché. Car il a fallu le retaper après sa blessure de 2016. "Beaucoup m'ont en quelque sorte enterré après Rio", raconte-il, en arrivant à l'entraînement, poussette en mains, avec sa compagne et sa petite fille de deux mois.

Après des années passées à l'Insep à Vincennes, Samir Aït Saïd est revenu en 2017 s'entraîner dans ce gymnase municipal d'Antibes, qui ne paie pas de mine mais où ont été formées des générations de gymnastes français. Les articles de Nice-Matin sur la star du club sont punaisés au mur aux côtés de justaucorps vintage siglés "Antibes".

Il y côtoie des gymnastes du pôle France comme Julien Gobaux, sacré champion de France au concours général début juin, mais Aït Said a lui fait l'impasse sur les "France", car il se préserve pour les JO.

- Boxe et jiu-jistu brésilien -

Samir Ait Said s'entraîne à Antibes avant les Jeux de Tokyo, le 1er juin 2021.

Samir Ait Said s'entraîne à Antibes avant les Jeux de Tokyo, le 1er juin 2021.

Valery HACHE - AFP

En mars, le tendon d'un de ses biceps a crié au secours, d'où son absence aussi aux Championnats d'Europe fin avril.

Il a repris l'entraînement doucement et utilise une technique d'occlusion sanguine, qui permet de faire travailler les muscles "avec des charges plus légères". Son entraîneur vient tout juste de recevoir du matériel d'Australie, aux allures de tensiomètre, pour continuer ces séances de travail.

Le report d'un an des Jeux en raison de la pandémie? "Ca m'a laissé plus de temps pour travailler", assure Aït Saïd, avant d'entamer une série d'exercices de musculation, puis d'enfiler un gilet lesté de trois kilos.

"Mon gilet pare-balles pour me faire mitrailler par mon entraîneur", plaisante-t-il, malicieux, avant de monter en équilibre aux barres parallèles et... d'y rester immobile.

Du poids en plus sur les épaules alors qu'il est lui-même au régime pour abandonner une dizaine de kilos superflus qui s'étaient greffés ces derniers mois. Cantonné à 1.500 calories par jour, sous le contrôle d'une appli, il est déjà passé de 78 à 69 kilos en quelques mois.

Tous les matins, il transpire soit en courant, soit en boxant, soit en pratiquant le jiu-jitsu brésilien. "Cela me fait travailler le cardio, après je suis rincé", raconte-t-il. "Il y a des sensations que je retrouve dans les anneaux et dans la boxe, quand on a les bras qui tétanisent", raconte-il. Il pratique des sports de combat depuis ses jeunes années.

- "Une surprise" à Tokyo-

Samir Ait Said (g) et son entraîneur Rodolphe Bouche (d) posent en marge d'un entraînement le 1er juin à Antibes.

Samir Ait Said (g) et son entraîneur Rodolphe Bouche (d) posent en marge d'un entraînement le 1er juin à Antibes.

Valery HACHE - AFP

Épinglé sur le tableau en liège, le programme de travail "3 Balandin, 3 Zanetti..." Kezako? "Des figures du nom des gymnastes qui les ont inventées", décrypte Rodolphe Bouché, qui garde l’œil perçant sur son énergique poulain de 31 ans. "Avec Samir, chaque jour, c'est un premier jour", confie-t-il.

Entre deux exercices de musculation, qui le font parfois grimacer, Samir Aït-Saïd vient parler à sa fille installée dans l'espace musculation, et regarde aussi les Championnats d'Europe d'athlétisme handisport, sur son smartphone, informant le gymnase des performances des Français.

La séance s'achève aux anneaux, suspendus à plus de 2,70 mètres du sol, des poids de 15 kilos de chaque côté en contrepoids.

Pour Tokyo, il promet "une surprise" et un nouvel enchaînement. Entre 40 et 50 secondes de force pure pour attraper la médaille. Le va-tout du gymnaste et de son entraîneur qui jouent parfois ensemble au poker. Mais pour voir, comme on dit aux cartes, il faudra attendre encore un mois et demi.

Par Déborah CLAUDE / Antibes (AFP) / © 2021 AFP