JO-2020: dans les petits papiers de Caeleb Dressel

Sous son lit, dorment des années d'entraînement et de vie consignées jour après jour dans deux journaux de bord, distincts. Depuis qu'il est adolescent, Caeleb Dressel couche minutieusement sur le papier son quotidien, dans les bassins comme en dehors.

Oli SCARFF - AFP

Sous son lit, dorment des années d'entraînement et de vie consignées jour après jour dans deux journaux de bord, distincts. Depuis qu'il est adolescent, Caeleb Dressel couche minutieusement sur le papier son quotidien, dans les bassins comme en dehors.

L'Américain Dressel, qui a remporté cinq titres olympiques à Tokyo (50 et 100 m libre, 100 m papillon, relais 4x100 m, relais 4x100 m quatre nages), explique sa démarche.

"Je devais avoir autour de 14 ans quand j'ai commencé, et j'ai gardé tous les cahiers que j'ai écrits depuis, alors j'en ai beaucoup. Ils sont rangés sous mon lit. Ca fait une grande bibliothèque."

"En général, je les identifie par saison et je donne à chaque saison un titre, sur la manière dont elle s'est passée. Par exemple, disons que 2015 était une année correcte, pour 2016-2017, le thème de ce journal, ce serait ce sur quoi je veux travailler, ce que j'ai commencé à comprendre, que je dois être plus agressif ou tout autre chose… Donc je donne un titre à chaque journal, j'inscris la date dessus, et j'écris exactement ce que je fais à l'entraînement chaque jour."

Le nageur américain Caeleb Dressel lors de la finale du 100 m papillon, le 31 juillet à Tokyo

Le nageur américain Caeleb Dressel lors de la finale du 100 m papillon, le 31 juillet à Tokyo

Oli SCARFF - AFP

"J'écris la date en haut de la page, et après, tout ce que j'ai fait, la distance, etc. Je mets une coche ou une croix, selon si c'était bien ou mauvais. Je m'évalue selon ce que j'ai fait auparavant. C'est simple : ou j'ai progressé, ou pas. Après, j'écris ce que j'ai fait à cet entraînement, tous les chronos et toutes les pensées qui me traversent : contre qui j'ai nagé ? Qui j'ai battu ? Contre qui j'ai perdu ? Les points techniques auxquels j'ai pensé, si je me suis énervé contre Troy (Gregg Troy, son entraîneur, ndlr), si Troy s'est énervé contre moi… Je couche tout sur le papier, je tourne la page et je passe à autre chose. Ca m'aide beaucoup."

- Ecrire pour "passer à autre chose" -

"Je fais la même chose dans un autre journal pour ce qui n'est pas lié à la natation. C'est aussi important, je pense. J'écris mon +swim journal+ après mes entraînements, et mon +life journal+ avant d'aller me coucher."

"J'écris beaucoup de choses négatives. Des positives aussi bien sûr. Je veux dire : je suis heureux dans ma vie, je suis heureux du nageur que je suis, heureux de l'homme que je suis. Dans ces journaux, ce sont peut-être des fausses pensées, c'est peut-être n'importe quoi, mais les écrire, ça m'aide à me les sortir de la tête, et à passer à autre chose."

S'y replonge-t-il parfois ?

Le nageur américain Caeleb Dressel pose avec sa médaille d'or du 100 m nage libre, lors des Jeux olympiques de Tokyo, le 29 juillet 2021

Le nageur américain Caeleb Dressel pose avec sa médaille d'or du 100 m nage libre, lors des Jeux olympiques de Tokyo, le 29 juillet 2021

Odd ANDERSEN - AFP

"Je ne l'ai jamais fait. Jamais. Je les referme et c'est terminé. J'ai dit à Meghan (sa femme) : +Si jamais je meurs, tu pourras tout à fait les lire pour avoir une idée de comment je travaillais, comment je fonctionnais, et des choses que j'avais en tête jour après jour. Je n'y écris pas du tout que des choses négatives, juste celles que j'ai à l'esprit, celles pour lesquelles je suis fier de moi ce jour-là, des choses sur lesquelles je voulais travailler et que j'ai réussi à travailler ce jour-là, ou, au contraire, pas. C'est un mélange, un peu de tout. En fait, c'est ma vie que j'écris dans ce journal, et ma vie de nageur dans l'autre."

"Personne n'a le droit de les lire, à part Meghan, comme je le disais. Parce que c'est moi en tant que personne qui ai écrit ces pages."

Propos recueillis par Elodie SOINARD

Par Elodie SOINARD / Tokyo (AFP) / © 2021 AFP