Euro: des "Three Lions" anglais aux griffes émoussées

La qualification pour les 8e de finale de l'Euro est loin d'être compromise pour l'Angleterre après son 0-0 contre l’Écosse vendredi, mais la grogne monte contre le sélectionneur Gareth Southgate après des prestations décevantes avec une attaque sans tonus.

Matt Dunham - POOL/AFP

La qualification pour les 8e de finale de l'Euro est loin d'être compromise pour l'Angleterre après son 0-0 contre l’Écosse vendredi, mais la grogne monte contre le sélectionneur Gareth Southgate après des prestations décevantes avec une attaque sans tonus.

Rien ne trahit plus la déception d'une prestation mièvre que des éléments de langages répétés à l'envi après-match.

"Quand on ne peut pas gagner, il faut savoir ne pas le perdre", "ce point est un pas de plus vers notre véritable objectif: la qualification en huitièmes"...

Vendredi soir, après le morne nul contre une Écosse qui aurait presque mérité mieux, de Tyrone Mings à Harry Kane et de Jordan Pickford à Southgate, les interventions anglaises devant la presse avaient des allures de communication de crise.

Entrée dans le tournoi portée par un enthousiasme populaire qu'elle n'avait pas connu depuis 25 ans et l'Euro à domicile, la sélection anglaise abordera un tournant périlleux lors de son dernier match de poule, contre la République tchèque, mardi.

Une victoire lui offrirait la première place du groupe, un huitième de finale "à domicile" -- même si l'adversaire viendra du "groupe de la mort" avec France, Allemagne ou Portugal -- avant un quart à Rome, et un éventuel retour pour les demies et la finale à Wembley.

- Les sifflets, un signal d'alarme -

Un nul serait synonyme de deuxième place derrière les Tchèques à la différence de buts (+2 contre +1) et un huitième à Copenhague, a priori plus abordable, contre le 2e du groupe E (Espagne, Suède, Pologne, Slovaquie).

Et en cas de défaite, il faudra sortir les calculettes, en fonction du résultat d'Écosse-Croatie et éventuellement des troisièmes des autres groupes.

Les premiers sifflets qui ont retenti au coup de sifflet final, vendredi, sont un signal d'alarme pour Southgate.

"Les fans ont le droit de réagir comme ils veulent. On était aussi déçus de notre prestation et je comprends tout à fait leur réaction", a-t-il désamorcé après la rencontre, mais ses choix pour le prochain match, où il ne pourra pas faire tourner son effectif, seront scrutés.

L'attaquant anglais Harry Kane lors de son remplacement contre l'Ecosse à l'Euro le 18 juin 2021 à Wembley

L'attaquant anglais Harry Kane lors de son remplacement contre l'Ecosse à l'Euro le 18 juin 2021 à Wembley

Matt Dunham - POOL/AFP

Il faudra trouver des solutions pour redynamiser une attaque qui a été épisodiquement intéressante contre la Croatie, mais mollassonne face à l'Écosse.

Kane, souvent englué dans des prises à deux ou à trois, et aux antipodes des ses prestations du Mondial-2018 ou en Premier League cette saison, avec trois tentatives, aucun tir cadré et six ballons touchés dans la surface adverse en 156 minutes de jeu, symbolise ce malaise.

- Un autre football est possible -

"Toute l'équipe doit regarder la prestation dans son ensemble et la façon dont on a utilisé le ballon pour voir où on peut s'améliorer. C'est vrai pour tous, pas que pour une personne", a insisté Southgate, qui l'a tout de même remplacé à la 74e par Marcus Rashford. Sans résultat.

Le peu de danger créé par le trio qu'il forme avec Raheem Sterling et Phil Foden, de Manchester City, où la presse envoie Kane avec insistance en cas de départ de Tottenham cet été, interroge.

Le milieu anglais Jack Grealish ballon au pied contre l'Ecosse à l'Euro le 18 juin 2021 à Wembley

Le milieu anglais Jack Grealish ballon au pied contre l'Ecosse à l'Euro le 18 juin 2021 à Wembley

JUSTIN TALLIS - POOL/AFP

La vox populi réclame l'abandon du double pivot Kalvin Phillips-Declan Rice - "ça ne marche pas, ce sont deux joueurs sortis du même moule", s'est emporté l'ancien international écossais Graeme Souness après le match - au profit de l'élégant meneur de jeu excentré d'Aston Villa, Jack Grealish, pour plus de créativité.

Au-delà de la ligne d'attaque, l'absence des aboyeurs Harry Maguire et Jordan Henderson s'est fait cruellement sentir dans la plus jeune équipe jamais alignée par l'Angleterre (25 ans 31 jours de moyenne d'âge) dans un grand tournoi.

Cette jeunesse n'a pas empêché l'Angleterre - dont les clubs ont eu des saisons denses et longues, avec trois clubs parmi les quatre finalistes des compétitions européennes - de paraître émoussée contre l'Écosse, malgré une température bien plus clémente que contre la Croatie.

Il lui reste quatre jours pour retrouver du tonus et éviter de finir à bout de souffle.

Par Frédéric HAPPE / Londres (AFP) / © 2021 AFP