Droits TV de L1: épilogue en vue, Canal + et beIN proches de rafler la mise

Le feuilleton des droits TV de la Ligue 1, en quête d'un diffuseur pérenne après le fiasco Mediapro, touche peut-être à sa fin: une décision de l'Autorité de la concurrence vendredi pourrait accélérer un accord avec Canal+ et beIN, selon des sources proches des négociations.

Franck FIFE - AFP/Archives

Le feuilleton des droits TV de la Ligue 1, en quête d'un diffuseur pérenne après le fiasco Mediapro, touche peut-être à sa fin: une décision de l'Autorité de la concurrence vendredi pourrait accélérer un accord avec Canal+ et beIN, selon des sources proches des négociations.

La chaîne cryptée, qui a endossé le rôle du sauveur du football français cet hiver en rachetant à prix cassé les droits restants de la fin de saison après le retrait du diffuseur Mediapro, est très probablement en passe de gagner son pari.

L'urgence dans laquelle se trouve la L1, sans diffuseur à moins de 2 mois de la reprise de la saison 2021-2022 début août, avec des clubs devant présenter un budget cohérent avec leurs revenus télévisuels le 14 juin devant la DNCG, laisse peu de marge de manœuvre au football français, peu aidé par un marché sinistré et la frilosité d'autres éventuels diffuseurs.

"Ça fait des mois que Canal négocie avec la LFP et avec beIN, et les clubs d'ailleurs sont demandeurs. Il se rendent bien compte qu'a priori il n'y pas vraiment d'autre choix que de resigner avec eux", explique une source proche des négociations.

- "Saada a le pouvoir" -

Un obstacle important devrait être levé vendredi par l'Autorité de la concurrence, saisie par Canal+ qui reprochait à la LFP "un abus de position dominante" dans son mode de réattribution des droits délaissés par Mediapro. Cette décision, attendue vendredi matin, devrait "dégager l'horizon juridique", selon une autre source proche des négociations, et accélérer un accord, probablement dans la journée vendredi.

"C'est le seul timing possible", a assuré cette source.

Quid de l'hypothèse d'un invité de dernière minute qui surenchérirait pour empêcher Canal+ et beIN de rafler la mise? "Même la LFP n'y croit plus", assure à l'AFP Pierre Maes, auteur d'un livre sur les droits TV du football.

Le patron de Canal+, Maxime Saada, à Paris, le 12 mars 2021

Le patron de Canal+, Maxime Saada, à Paris, le 12 mars 2021

Thomas SAMSON - POOL/AFP/Archives

Pourtant mercredi soir, le patron de Canal+ Maxime Saada, invité de la radio RMC, a tenté de réinsuffler du suspense dans une négociation qui en semble dépourvue. "Je ne suis pas certain" que la L1 "soit sur Canal+ l'année prochaine", a-t-il lancé, égrenant tous les opérateurs qui sont venus concurrencer la chaîne cryptée ces dernières années.

"Cela fait partie du jeu des négociations de faire planer une menace. Saada a le pouvoir et il montre qu'il a le pouvoir", analyse Pierre Maes.

Canal+, qui a déjà obtenu une partie de ce qu'elle souhaitait avec la réduction de la L1 à 18 clubs dès 2023 (censée offrir une élite plus resserrée et de meilleures affiches), ne désire que les meilleurs matches de la L1, et semble avoir convaincu beIN de s'associer pour que la chaîne qatarie diffuse le reste.

"Si on arrive à monter un dispositif avec Canal et beIN, on diffuserait l'expérience Ligue 1 dans sa totalité", a d'ailleurs promis Maxime Saada jeudi.

L'hypothèse d'une chaîne ad hoc lancée par la Ligue pour accompagner Canal+, présentée en mai en conseil d'administration de la LFP, "ne tient pas la corde", selon l'une des sources proches des négociations.

- "Le produit s'est détérioré" -

Quant au prix, la LFP doit s'attendre à retrouver un train de vie bien loin du 1,1 milliard d'euros par saison que lui avait fait miroiter le groupe sino-espagnol.

"Je pense que le contrat signé avec Mediapro était une erreur, parce que les montants étaient décorrélés d'une réalité", a d'ailleurs estimé jeudi le président français Emmanuel Macron dans une interview sur BFM TV et RMC.

"Je souhaite qu'il puisse y avoir une sortie par le haut de ce sujet, que (les clubs) puissent retrouver des chiffres viables pour tout le monde", a-t-il fait valoir, symbole de l'intérêt récurrent du pouvoir politique, ces dernières décennies, pour ce dossier épineux.

Le montant final du nouveau contrat sera de toute façon nettement en baisse: "On ne sera pas très loin des cycles précédents", a promis Maxime Saada. "La moyenne, c'est 650 millions d'euros par an depuis 2005."

"Les droits TV vont être divisés par 2", anticipe déjà Pierre Maes.

"Est-ce que ça va changer le niveau du foot français? Est-ce qu'on a vu le niveau du foot français exploser vers le haut avec l'argent de Mediapro que les clubs avaient budgété? La dernière campagne européenne des club de L1 l'a montré. La L1 est resté un championnat de transition", tranche-t-il.

Par Cyril TOUAUX / Paris (AFP) / © 2021 AFP