Diego Maradona, "un Dieu aux jeux du cirque", une légende au firmament

Diego Maradona est décédé ce mercredi 25 novembre à l'âge de 60 ans. Plus qu'un footballeur aux pieds d'or, peut-être le plus grand de tous les temps, son personnage fascinait les foules, de Naples à Buenos Aires. Pour Sud Radio, deux anciens joueurs du TFC qui l'ont affronté - et battu - ont des souvenirs gravés à jamais, tout comme l'international français Manuel Amoros.

Cette cérémonie d'hommage à Diego Maradona, de son vivant en 2008, illustre à merveille la verve, l'irrationnel qu'il suscitait. (Photo Deshakalyan Chowdhury / AFP)

Propos recueillis par Mathilde Choin, écrit par Augustin Moriaux.

 

Là où le football frôle la religion, en Argentine, il était l'élu, en atteste cette sobre et superbe Une de l'Équipe : "Dieu est mort". Vainqueur de la coupe du monde en 1986, Ballon d'Or la même année, il est sûrement le plus grand joueur de tous les temps, au mano a mano avec Pelé. L'ancien international français Manuel Amoros n'a rien oublié des coups de rein de l'Argentin.

"C'était quelqu'un qui prenait toujours ses responsabilités sur le terrain, il jouait quand il en avait envie mais dès qu'il jouait, c'était difficile de l'arrêter. Je me souviens de ce match contre l'Angleterre (quarts de finale de la Coupe du monde 1986) où il marque de la main, et sur le deuxième but, il dribble tout le monde. J'ai eu la chance de le rencontrer deux fois dans ma carrière de footballeur. Ce sont des moments très difficiles en tant que joueur, parce qu'il est inarrêtable, et fabuleux parce que vous rencontrez un joueur que plus jamais vous ne rencontrerez."

 

 

Indélébile 1er octobre 1986 : le jour où Toulouse a éliminé le Napoli de Diego

L'ancien milieu polyvalent du "Téf", Jean-Philippe Durand, garde un souvenir ému de ses deux matchs, à Naples puis à Toulouse, face au Pibe de Oro.

"Ce que je retiens de lui, c'est son entrée sur le terrain au match aller à Naples, dans un stade en folie. Il devait y avoir 90 000 personnes. On aurait dit un Dieu qui rentrait au milieu des jeux du cirque. Tous les regards étaient focalisés sur lui. Il donnait la sensation de marcher sur l'eau et nous, à côté, n'étions que des faire-valoir."

 

Pascal Despeyroux devait être au marquage sur Maradona, il en fut autrement, "sinon je n'aurais pas fini le match"

 

"80 000 personnes au San Paolo, au moins autant dehors, c'était une grande messe dont Diego était le roi", se souvient Pascal Despeyroux, lui, le petit jeunot de "la bande à Santini". Titulaire à vingt ans devant la défense, il allait selon toute vraisemblance devoir se coltiner le marquage du numéro 10 argentin. Un baptême du feu qui, sur le papier, avait tout du calvaire. C'est alors que Jacques Santini, son entraîneur, en décide autrement. "Avec mon mètre 88, Jacques a changé de joueur au marquage, ce n'était plus à moi de le surveiller de près. Heureusement, sinon je n'aurais pas fini le match. Il venait d'être champion du monde. Je suis passé du poster quand j'étais adolescent à l'affronter en chair et en os. C'était un vrai meneur d'hommes, à la tête d'une délégation de l'Italie du Sud en conquête contre l'Italie du Nord. En dehors du terrain, c'était quelqu'un de très bienveillant. Il avait un respect profond pour les joueurs, pas pour les dirigeants. Il y avait deux Maradona : Diego, le père aimant de ses deux filles, l'époux, et puis Maradona comme clan. Son tir au but raté contre nous ? Il avait peut-être un peu trop fêté le titre de champion du monde", s'amuse Pascal Despeyroux, les trémolo dans la voix. "L'âme de Diego est encore un peu dans le Stadium, nous sommes le seul public en France à l'avoir vu évoluer 90 minutes."

Maradona, c'est aussi ce transfert rêvé par Bernard Tapie et le peuple marseillais, sans jamais conclure. Michel Hidalgo, alors directeur technique de l'OM, l'avait même rencontré à Naples et le capitaine napolitain semblait intéressé. "Ce transfert lui aurait sûrement évité ses problèmes de fin de carrière, parce qu'il faut rappeler qu'il a terminé en étant suspendu par la Fifa pendant un an après avoir été contrôlé positif à la cocaïne", rappelle Pascal Despeyroux. Peut-être avec Tapie, eut-ce été différent, mais personne ne pourra réécrire l'Histoire, Diego l'a déjà faite.