Comment la VAR va révolutionner le football ?

VAR
Franck Fife / AFP

Le rapport publié par la Direction Technique de l'Arbitrage met en avant les avancées positives qu'a amené la VAR en Ligue 1 : des joueurs plus respectueux des règles, moins de fautes commises, une grande part d'erreurs corrigées, etc. Mais peut-on voir le verre à moitié plein quand on s'attend aux révolutions suivantes ?  

Si on prend l'exemple que l'on connaît le mieux - notre Ligue 1 - l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR) apporte des chiffres probants. 55 erreurs corrigées sur les 82 recensées, des joueurs plus respectueux des règles (-7% de fautes commises) et surtout de moins en moins de cartons contrairement aux idée reçues (-17% de cartons jaunes et -4% de cartons rouges). Beaucoup craignaient un jeu dénaturé et rallongé mais "le temps de jeu effectif est resté le même par rapport à la saison passée", selon l'enquête de la Direction Technique de l'Arbitrage (DTA). Autant d’éléments positifs qui préparent le terrain pour de nouvelles évolutions (toutes positives ?) dans le domaine...

Une touch-line technology ?

Alors que les Bataves menaient 2-0 au Bernabeu, l'épisode du tacle de Mazraoui lors du huitième de finale de C1, Real-Ajax , a suscité un tollé sans nom. Sans nom, vraiment ? Cet imbroglio a peut-être été l'embryon d'une technologie qui s'installera inéluctablement sur les terrains d'ici quelques saisons : la touch-line technology. En effet, alors qu'on joue la 62ème minute de jeu, le latéral droit de l'Ajax se jette pour sauver le ballon d'une sortie en touche. Tout va très vite, trop vite pour le juge de ligne qui ne lève pas le drapeau en premier lieu.

Résultat de recherche d'images pour "mazraoui tackle ball out of bounds"

De cette récupération de balle s'amorce un contre éclair conclu par un but de Dusan Tadic. L'Ajax prend le large mais n'exulte pas encore car l'arbitre principal passe deux minutes à revisualiser les images.

L'incertitude est telle que M. Brych finit par trancher en faveur du "respect du jeu" et accorde le but. Il ne s'agit pas de débattre de si ce ballon était vraiment sorti ou non - bien qu'il semble être collé à la ligne donc valable - mais de la technologie qui pourrait débarquer à l'heure du foot-business. Déjà adoptée en tennis, en volley-ball, en athlétisme pour la photo-finish et dans bien d'autres sports, la "Hawk-eye technology" est certes coûteuse mais infaillible. Dès lors, seuls les grands stades où jouent les équipes à forte marge financière ont les moyens de s'équiper d'une telle technologie, ce qui poserait évidemment problème pour l'harmonisation des règles d'un même championnat. Reste à savoir si ce dispositif serait consultatif ou automatique, à savoir si la montre de l'arbitre recevrait un signal à chaque sortie de balle ou si ce dernier ne l'utiliserait que pour infirmer ou confirmer une décision préalable.

Une limite de "challenges" par match pour éviter les consultations à outrance ?

En Série A, sur 218 matches, la VAR a été utilisée 1078 fois soit 5 fois par match en moyenne environ. D'autant plus que dans seulement 5% des cas, cela a servi à rectifier une décision. Beaucoup de temps perdu donc pour peu de résultats significatifs sur ce point. Il est donc de mise de limiter ce chiffre qui joue en défaveur de l'arbitrage vidéo. L'exemple du tennis, encore une fois, est à suivre. Les joueurs ont droit à 3 challenges par set joué, plus 1 si tie-break. Si on déclinait ça pour le football, cela équivaudrait à accorder à chaque équipe un certain nombre de "challenges" pour faire appel à la VAR (2 ou 3 maximum pour éviter les abus) et 1 en plus en cas de prolongations. Cela permettrait aussi de réduire une injustice désormais indéniable des "petits" discriminés face aux "gros". Maroc-Espagne à la Coupe du Monde, PSG-Manchester United, le penalty sifflé après simulation de Suarez contre Lyon, les récits malheureux de cette saison seraient sûrement tout autre avec cette mesure plus équitable...

Vers un temps de jeu effectif à l'américaine ?

Si la DTA considère que "le temps de jeu effectif est resté le même par rapport à la saison passée", d'autres chiffres contredisent cette version. En effet, en tout et pour tout, à la Coupe du Monde en Russie où s'est invitée la VAR, il y avait une moyenne d'arrêts de jeu de 39 minutes par match entre les coups de pied arrêtés, les remplacements et les blessures. Il est donc envisagé dans les instances d'instaurer un temps de jeu effectif de 60 minutes séparé en deux par une mi-temps et d'arrêter le chrono à chaque arrêt de jeu. Cela permettrait, subversivement aussi, d'éviter les gains de temps malhonnêtes ou l'anti-jeu. Attention toutefois aux dérives inspirées des sports US où on voit les footballeurs américains, notamment, se désaltérer toutes les 3 minutes et préparer mille et une tactiques en faussant ainsi le caractère "spontané" du sport. Les "temps morts" vont à l'encontre du dynamisme du jeu et de sa "glorieuse incertitude".

"La VAR ne me plaît pas. J’ai l’impression de jouer au water-polo. On ne peut pas s’arrêter toutes les trois minutes. Ça sera un instrument très utile quand il sera utilisé avec parcimonie. Là, les arbitres ne prennent plus de décision. Ils risquent de perdre leur sensibilité". Gianluigi Buffon a donné son avis sans langue de bois mais paradoxalement réclamait la VAR en C1 au sortir de l'élimination de la Juventus contre le Real l'an passé. L'incarnation parfaite du dilemme que pose l'assistance vidéo.

Un "sport de contact" aseptisé ?

Les chiffres du Mondial russe, durant lequel la VAR a fait son apparition, le démontrent : 29 penalties furent sifflés alors que le précédent record de la compétition était de 18. Nul doute que les défenseurs réfléchissent désormais à deux fois avant de flirter avec les règles car au moindre contact ou aux fautes de main, même involontaires, l'arbitre a tendance à siffler ; Presnel Kimpembe peut en témoigner. Finis donc les coups en douce à la "latino", les "trashtalk" entre joueurs, les dérapages dans le dos de l'arbitre qui font le charme d'un sport électrique ? Déjà que les joueurs avaient tendance à plonger au moindre contact provocateur, mais certains risquent d'en abuser un peu plus avec la vidéo...

 

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