Barrage Top 14/Pro D2: Biarritz retrouve l'élite au terme d'un derby fou

Irrespirable! Epique! Historique! Dans une ambiance survoltée, le barrage Top 14/Pro D2 a tenu samedi toutes ses promesses en termes d'engagement et de dramaturgie, avec une victoire aux tirs au but de Biarritz sur Bayonne.

Thibault SOUNY - AFP

Irrespirable! Epique! Historique! Dans une ambiance survoltée, le barrage Top 14/Pro D2 a tenu samedi toutes ses promesses en termes d'engagement et de dramaturgie, avec une victoire aux tirs au but de Biarritz sur Bayonne.

Le BO retrouvera donc l'élite la saison prochaine à la place de son malheureux voisin bayonnais.

Portés par leur bouillant public, les Biarrots, en deuxième division depuis sept ans, ont eu les nerfs plus solides face aux poteaux, après 100 minutes d'un énorme combat dans ce 113e derby de l'histoire entre les frères ennemis du Pays basque, l'une des rivalités les plus prononcées du rugby français.

Le pied du troisième ligne et capitaine du BO, Steffon Armitage, n'a pas tremblé, depuis la ligne des 22 mètres, pour envoyer les siens en Top 14. Et délivrer ses supporters qui ont aussitôt envahi le terrain après avoir longtemps retenu leur souffle.

La jauge réglementaire de 5.000 supporters a largement été dépassée dans les tribunes du parc des sports d'Aguiléra, quasiment recouvertes de rouge (beaucoup) et de bleu ciel (un peu) dans un respect très relatif des consignes sanitaires.

Le ton avait été donné dès l'arrivée des cars des deux équipes, à l'heure habituelle de la sieste, sous les fumigènes et/ou les huées. Il est encore monté d'un cran à l'entrée des joueurs sur la pelouse, dans une clameur folle et peut-être entendue, selon la direction du vent, jusqu'aux faubourgs de Bayonne, distante d'à peine cinq kilomètres.

Dans cette ambiance d'avant-Covid, sans doute la plus chaude de la saison rugbystique en France, l'entame de match a forcément été intense, avec un engagement énorme des deux côtés, trois joueurs sortis dès le premier quart d'heure et un essai refusé à l'ailier de l'Aviron, Joseva Ravouvou, pour un en-avant de passe.

- En Top 14... à Lille ? -

Le deuxième ligne canadien de Biarritz, Evan Olmstead, attrape le ballon en match d'accession au Top 14 à domicile contre Bayonne, le 12 juin 2021

Le deuxième ligne canadien de Biarritz, Evan Olmstead, attrape le ballon en match d'accession au Top 14 à domicile contre Bayonne, le 12 juin 2021

Thibault SOUNY - AFP

Emportés par leur enthousiasme, les Biarrots ont manqué de justesse pour s'approcher de l'en-but adverse, mais ils ont réussi, dans ce désordre permanent, à faire déjouer des Bayonnais tombés dans le piège de l'émotion.

Ils s'y étaient pourtant préparés cette semaine, avec un entraînement dans le bruit pour se réhabituer à la présence du public. Mais un derby ne s'anticipe pas, il se vit, et la division d'écart entre les deux rivaux basques a été gommée par l'enjeu.

Dans un match aussi tendu et fermé, la décision n'a pas tenu à grand-chose. A ce péché d'orgueil du pensionnaire de Top 14, allé deux fois en touche à un quart d'heure de la fin plutôt que de prendre les points.

A ce drop que les Bayonnais n'ont pas osé tenter à la sirène lors d'une interminable séquence de pilonnage sur la ligne, finalement infructueuse. Ou à ce tir au but manqué, sous la pression, par le jeune Aymeric Luc, pourtant l'un des meilleurs joueurs de l'Aviron cette saison.

Sèchement battu par Perpignan (33-14) la semaine dernière en finale de Pro D2, Biarritz a su saisir sa deuxième chance dans ce derby complètement fou.

C'est un succès personnel pour Jean-Baptiste Aldigé, président controversé du BO. Installé en juin 2018 à la tête du club par son nouvel actionnaire majoritaire, l'homme d'affaires Louis-Vincent Gave, dont il est proche, le dirigeant de 37 ans, personnage clivant et atypique, détonne dans le milieu du rugby.

En conflit avec la mairie au sujet du développement d'Aguiléra, il agite depuis des mois le spectre d'une délocalisation de son club à... Lille. Il a encore redit vendredi, à la veille du match, que son club n'était "absolument pas prêt" pour le Top 14 "en termes de structures".

"Il faut considérer le chemin parcouru depuis trois ans", a-t-il toutefois relevé. Menacé de rétrogradation administrative en Fédérale 1 à son arrivée, le BO, quintuple champion de France, retrouve aujourd'hui l'élite et n'a sans doute pas fini de faire parler de lui.

Par Sébastien DUVAL / Biarritz (AFP) / © 2021 AFP